Projet de loi 62: les médecins spécialistes craignent un alourdissement des soins

Diane Francoeur, présidente de la fédération des médecins spécialistes du Québec
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Diane Francoeur, présidente de la fédération des médecins spécialistes du Québec

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, craint de voir les demandes d’accommodement religieux « alourdir le processus de la prestation de soins » de santé, dans la foulée de l’adoption du projet de loi 62 par l’Assemblée nationale.

Elle presse à son tour le gouvernement libéral de fixer des « balises ». « D’[accommodement] raisonnable à excessif, il y a tout un monde entre les deux. […] Il faut que les règles soient claires », a-t-elle fait valoir lors de son passage sur la colline parlementaire, mardi.

« En 2008, on remarquait qu’une nouvelle forme de discrimination fondée sur des préceptes religieux donnait lieu à des demandes d’accommodement inacceptables dans certains centres hospitaliers de la métropole. La situation perdure [et elle perdurera à moins d’]actions concrètes à mettre en vigueur dans tous les établissements », a-t-elle souligné dans un mémoire de 15 pages déposé à la commission des institutions.

Ayant déjà « les pattes aux fesses », le personnel soignant est incapable d’acquiescer à toutes les demandes d’accommodement religieux, dont certaines dégénèrent en « exigences » ou « pressions indues » prenant la forme d’« agressions verbales, de violence physique, de menaces répétées ou d’intimidation », selon Mme Francoeur. « Dans les soins aigus, c’est quelque chose qu’on ne peut pas remplir comme obligation. C’est impossible », a-t-elle répété devant les élus chargés d’étudier le projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État.

L’obstétricienne-gynécologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine a donné un aperçu à la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, de demandes d’accommodement religieux faites en milieu hospitalier.

Plusieurs patientes exigent d’être accouchées par une femme, quitte à être transférées dans un autre hôpital ou encore à « [se] faire accoucher par l’étudiante qui n’a jamais fait d’accouchement de sa vie », avec l’assurance que le médecin spécialiste demeure en retrait « à côté de la porte, mais qui n’entre pas dans la chambre parce qu’on refuse de voir un homme ». « Ce sont des demandes qui sont tout à fait non recevables. […] Dans une situation d’urgence, on ne peut pas commencer à prendre le téléphone et à appeler partout autour [pour demander] : “Est-ce qu’il y a une femme qui est là ?” », a fait valoir Mme Francoeur, soulignant l’atmosphère tendue qui règne dans certains cas. « C’est clair que ce ne sont pas les femmes qui nous sautent à la gorge. »

Mme Francoeur a également observé des femmes annuler leur présence à une consultation dans un centre hospitalier, après avoir constaté qu’un médecin les attendait, et non une médecin. « Il y a un enjeu de coût, là. Quand il y a des listes d’attente qui n’en finissent plus, annuler des rendez-vous à répétition, c’est tout le monde qui paie autour, parce que les délais s’allongent », a-t-elle fait remarquer lors de la dernière journée d’audiences publiques sur le projet de loi 62.

Selon la FMSQ, le visage découvert — obligation prévue dans la première partie du projet de loi 62 pour toute personne donnant ou recevant des services de l’État — constitue une condition sine qua non de l’établissement d’un « bon contact médecin-patient ». « Les sentiments, ça s’exprime par le visage. […] Si le patient a le visage couvert, pour nous, c’est impossible de comprendre son inquiétude, sa méfiance, sa peine, sa douleur, sa tristesse », a insisté Mme Francoeur.

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2 commentaires
  • Michèle Lévesque - Abonnée 9 novembre 2016 10 h 14

    100 % d'accord

    La pitbull des médecins spécialistes du Québec a 100% raison.

    Une image valant mille mots :

    "... Mme Francoeur, soulignant l’atmosphère tendue qui règne dans certains cas. « C’est clair que ce ne sont pas les femmes qui nous sautent à la gorge. »"

    Et retour au nerf de la guerre :

    "Selon la FMSQ, le visage découvert — obligation prévue dans la première partie du projet de loi 62 pour toute personne donnant ou recevant des services de l’État — constitue une condition sine qua non de l’établissement d’un « bon contact médecin-patient »."

  • Colette Pagé - Inscrite 9 novembre 2016 13 h 34

    Le Mou attire le Mou !

    Il serait surprenant que la pleutre abonnée au rétropédalage, la Ministre de la justice démontre le courage, l'audace et la détermination pour faire de ce projet de Loi une avancée significative en regard de l'identité, de la laïcité et de l'égalité hommes-femmes.

    Quant aux accommodements déraisonnables exigées par certaines femmes musulmanes souvent malheureusement sous le contrôle de leurs maris, dans un État laïque, elles ne devraient pas être permises. Car, dans l'intérêt du patient, la santé n'a pas de sexe.

    Autrement, une fois ce pas franchi la porte sera ouverte à toutes les dérives : piscines unisexe, enseignement à la maison pour les enfants des juifs hassidiques les privant ainsi d'une éducation de qualité, etc...