Être dans le Canada sans être fédéraliste

À l’origine, la CAQ refusait de définir sa position afin d’éviter de participer à «ce débat stérile entre souverainistes et fédéralistes».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne À l’origine, la CAQ refusait de définir sa position afin d’éviter de participer à «ce débat stérile entre souverainistes et fédéralistes».

La Coalition avenir Québec n’est pas un parti fédéraliste, même si elle doit adopter à son congrès l’« article 1 » de son programme qui l’engage à « assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur du Canada ».

Le président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec, n’a pas aimé que Radio-Canada affirme qu’avec cet article 1, le parti de François Legault devient fédéraliste. « Je veux vraiment m’inscrire en faux », a-t-il clamé dans un entretien accordé au Devoir.

Être fédéraliste, pour Stéphane Le Bouyonnec, c’est défendre le statu quo.« Je crois qu’il y a beaucoup de Québécois qui pensent qu’il y a une troisième voie qui est possible entre le statu quo du fédéralisme actuel et la sécession. »

Il y a un an presque jour pour jour, au Conseil général de la CAQ à Laval, François Legault présentait son « virage nationaliste » et une liste de 21 demandes que son parti, une fois élu, présenterait à Ottawa. Parmi ces demandes figuraient notamment la déclaration fiscale unique, dont se chargerait le Québec, la responsabilité de la sélection de tous les immigrants, y compris les réfugiés, le rapatriement des sommes que dépensent le gouvernement fédéral pour la culture et le transfert en bloc des budgets fédéraux en infrastructures.

Réunis à Drummondville samedi et dimanche prochains, les militants caquistes devront se prononcer sur cet article 1 qui se lit comme suit : « La Coalition avenir Québec est un parti nationaliste moderne dont l’objectif premier est d’assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture. »

Libeller ce texte minimaliste et le faire adopter par les élus et la direction du parti n’a pas été chose facile, a signalé le président de la CAQ. Au sein de la coalition, « c’est facile de réunir tous ces gens-là sur les thèmes de l’économie, etc. C’est un petit peu plus difficile de les faire coexister dans un dialogue constructif autour de la question constitutionnelle. Ça, je vous en passe un papier », a dit Stéphane Le Bouyonnec.

À l’origine, la CAQ refusait de définir sa position afin d’éviter de participer à « ce débat stérile entre souverainistes et fédéralistes », a-t-il rappelé. Mais la dernière élection a montré que la CAQ ne pouvait pas demeurer dans les limbes. « On a atteint un niveau de maturité », a-t-il avancé. Une coalition, c’est « éphémère » ; il fallait que la CAQ adopte une position « si on voulait s’inscrire dans la durée ».

26 commentaires
  • Jean-Marc Cormier - Abonné 8 novembre 2016 04 h 37

    Entre l'arbre et l'écorce

    Entre l'arbre et l'écorce il y a à peine un peu de sève. Est-ce assez pour réaliser la quadrature du cercle?

    Une position? À peine celle de la colle derrière l'affiche ou d'une façade à deux faces qui se contredisent l'une l'autre.

    Pitié!

  • Claude Bariteau - Abonné 8 novembre 2016 06 h 11

    De quelle nation est-il question ?


    La CAQ entend faire la promotion de la nation québécoise dans le Canada avec 21 revendications.

    Or, revendiquer est le propre des nations ethnoculturelles subjuguées, ce que plusieurs anthropologues ont mis en relief.

    Le faire au nom d’une nation nécessite de préciser cette dernière, ce que ne fait pas la CAQ.

    Dans sa nation, s'y retrouvent-ils les Autochtones, les Québécois et Québécoises de langue anglaise ou issues de l'immigration et les Québécois et Québécoises associés aux descendants des « canayens » et à ceux assimilés ?

    Comprend-elle tous les habitants du territoire du Québec qui votent et participent aux choix du Québec de sorte qu'on peut parler d'une nation à l'image de la nation française et de la nation suédoise d'un État indépendant ?

    À l’évidence, non. Une telle nation existera seulement lorsque le Québec sera un pays assumant le contrôle politique sur son territoire. Alors, qui se retrouve dans la nation de la CAQ ?

    Comme cette nation est définie québécoise à l’intérieur du Canada, il est imaginable qu'il s'agisse de la nation des descendants des « canayens » et les assimités. Dans l'histoire du Québec, cette nation a constamment été imaginée.

    Une nation de cet ordre institue des frontières entre les habitants d'un territoire plutôt que de sceller des liens politiques. Du coup, l'inscrire dans le champ politique élague l’égalité des citoyennes et des citoyens et une démarche qui mène à la création d'un pays.

    La nation de la CAQ fait objectivement de ce parti un promoteur d'une modulation différente de la citoyenneté canadienne, ce qu'ont voulu le PLQ et le PQ sans y parvenir.

    Au Québec, il importe plutôt de déployer une démarche qui mène à créer un État indépendant promoteur d'une nouvelle nation en valorisant le contrôle des citoyens et des citoyennes sur le pouvoir politique. S'y refuser conduit à revendiquer et revendiquer ad nauseam, qui est une façon d'accepter sa subjugation.

    • Raymond Labelle - Abonné 8 novembre 2016 11 h 23

      Pour quelles raisons faudrait-il créer un nouvel "État-nation" plutôt que de tenter de faire valoir ses préférences politiques aux États canadien et québécois existants par le biais des institutions démocratiques dans leurs champs de compétence respectives?

      Oui, nous vivons sous la monarchie, mais le gouvernement est quand même élu et le gouvernement élu est celui qui dirige effectivement le pays.

      Les États les plus progressistes au monde: Danemark, Suède, Norvège, sont des monarchies constitutionnelles. Pas de relation de cause à effet, bien entendu, mais simplement pour mentionner que le fait d'être une monarchie constitutionnelle n'est pas un obstacle important pour adopter de bonnes politiques.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 novembre 2016 13 h 03

      Monsieur Labelle,

      Les trois États que vous identifiez sont effectivement des monarchies constitutionnelles.

      Il faut toutfois savoir que la Norvège s'est libérée de la Suède et a offert la couronne à un prince danois.

      Pour ce qui est de la Suède, il s'agit d'une monarchie constitutionnelle comme la Grande-Bretagne.

      Quant au Danemark, c’est fort différent.

      En Europe du Nord, le royaume du Danemark contrôla un temps l’Angleterre, la Suède, la Norvège, la mer Baltique, aussi des territoires aujourd’hui allemands.

      En 1523, la Suède s’en détacha et la Norvège en 1814.

      Au moment de la deuxième révolution républicaine en France en 1848, le royaume du Danemark devint une monarchie constitutionnelle, comme la Grande-Bretagne avec un régime politique intégrant le scrutin proportionnel mixte.

      Le Danemark fait partie de l’UE. La Norvège en fait partie avec sa propre monnaie et bénéficie d’un opting out. Quant à la Norvège, elle n’a pas choisi comme la Suisse et l’Islande de faire partie de l’UE.

      Cela étant, ces trois pays étaient des royaumes avant de devenir des États indépendants qui ont façonnés leur nation.

      Le cas du Québec est différent. Le territoire et la population passèrent de la France à la Grande-Bretagne avant que la Grande-Bretagne crée le Dominion of Canada en 1867.

      Le Canada est devenu un État souverain en 1931 et s'est défini en nation par la suite, faisant des provinces des gouvernements locaux.

      Vous dites que le fait d'être des monarchies constitutionnelles n'empêche pas ces pays d'adopter de bonnes politiques. C'est vrai, mais ces pays sont des pays, ce que n'est pas le Québec et je doute dort que, pays devenu, le Québec se définisse en monarchie constitutionnelle, ce qu'est le Canada.

    • Claude Bariteau - Abonné 8 novembre 2016 13 h 03

      Monsieur Labelle,

      Les trois États que vous identifiez sont effectivement des monarchies constitutionnelles.

      Il faut toutfois savoir que la Norvège s'est libérée de la Suède et a offert la couronne à un prince danois.

      Pour ce qui est de la Suède, il s'agit d'une monarchie constitutionnelle comme la Grande-Bretagne.

      Quant au Danemark, c’est fort différent.

      En Europe du Nord, le royaume du Danemark contrôla un temps l’Angleterre, la Suède, la Norvège, la mer Baltique, aussi des territoires aujourd’hui allemands.

      En 1523, la Suède s’en détacha et la Norvège en 1814.

      Au moment de la deuxième révolution républicaine en France en 1848, le royaume du Danemark devint une monarchie constitutionnelle, comme la Grande-Bretagne avec un régime politique intégrant le scrutin proportionnel mixte.

      Le Danemark fait partie de l’UE. La Norvège en fait partie avec sa propre monnaie et bénéficie d’un opting out. Quant à la Norvège, elle n’a pas choisi comme la Suisse et l’Islande de faire partie de l’UE.

      Cela étant, ces trois pays étaient des royaumes avant de devenir des États indépendants qui ont façonnés leur nation.

      Le cas du Québec est différent. Le territoire et la population passèrent de la France à la Grande-Bretagne avant que la Grande-Bretagne crée le Dominion of Canada en 1867.

      Le Canada est devenu un État souverain en 1931 et s'est défini en nation par la suite, faisant des provinces des gouvernements locaux.

      Vous dites que le fait d'être des monarchies constitutionnelles n'empêche pas ces pays d'adopter de bonnes politiques. C'est vrai, mais ces pays sont des pays, ce que n'est pas le Québec et je doute dort que, pays devenu, le Québec se définisse en monarchie constitutionnelle, ce qu'est le Canada.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 novembre 2016 06 h 22

    … nouveau ?

    « La Coalition avenir Québec est un parti nationaliste moderne dont l’objectif premier est d’assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur du Canada … » (Article 1, CAQ)

    Moderne ou selon, ce genre d’article tend à rappeler, à moins de se tromper ?, le « nationalisme » des Duplessis qui, d’autrefois, revendiquaient tout autant l’autonomie du Québec devant le « Canada » que son éventuel drapeau (Fleur de Lys) !

    Bref, un nationalisme-histoire à réinventer de …

    … nouveau ? - 8 nov 2016 -

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 8 novembre 2016 06 h 25

    La CAQ et ses convictions

    François Legault
    De la vie politique péquiste à la vie de famille.
    De la vie de famille à la politique caquiste.
    De péquiste à familliste à caquiste, c'est de souverainiste à fédéraliste.
    Québécois ou Canadien. Qui a payé pour ce carrousel d'idées fragiles.

    « La Coalition avenir Québec est un parti nationaliste moderne dont l’objectif premier est d’assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture. » Art.1 du programme caquiste

    Les membres de la CAQ sont de futures transfuges et ils veulent défendre leurs valeurs et leur culture ? Ils n'ont même pas une conviction profonde de leurs idées politiques

    Stéphane Le Bouyonnec, prés. de la CAQ
    Né en France
    Ingénieur industriel de polytechnique de Montréal, ancien membre de Lavalin ing.-conseil, (voir commission Charbonneau) participe à la fondation du Bloc Québécois et de la CAQ, ancien membre du PQ. De la conviction fragile. Bientôt il passera aux libéraux comme tout bon CAQiste.

    Gaétan Barette de la CAQ aux libéraux
    Dominique Anglade de la CAQ aux libéraux
    Frédéric Schaufaud,(vol de documents)Yan Plante (vol de documents); de conservateur fédéral à caquiste et à libéral.
    Peut-on faire confiance à des voleurs transfiges libéraux? Est-ce la culture que l'on veut défendre ?

    Tout les caquistes sont à l'image de leur chef et de ses idées instables.
    Qui paie pour tout ce twirling de péquiste à caquiste à libéraliste.

    • Gilles Théberge - Abonné 8 novembre 2016 10 h 00

      Vous oubliez le ministre de l'éducation, Proulx, qui fut jadis adéquiste.

      ADQ et CAQ c'est le bonnet blanc, du blanc bonnet.

  • Raynald Rouette - Abonné 8 novembre 2016 07 h 18

    Pitoyable comme position!


    Le Québec n'a aucun avenir avec la Coalition Avenir Québec!

    Notre système politique est fait pour le bipartisme uniquement. Tout autres partis n'ont pour unique effet que de diviser la population, ce qui fait l'affaire du fédéralisme bien entendu...

    Idem pour« Québec Solidaire», il est suicidaire pour ses partisans de maintenir ou participer au statu quo.

    • Marc Therrien - Abonné 8 novembre 2016 18 h 37

      Et quel avenir pour la CAQ elle-même?

      "Une coalition, c’est « éphémère » ; il fallait que la CAQ adopte une position « si on voulait s’inscrire dans la durée ».

      La CAQ est-elle encore une coalition comme sa dénomination l'exprime?
      Si oui, quelle durée d'avenir pour Coalition Avenir Québec si une coalition est éphémère? Il me semble qu'un nom, ça s'inscrit davantage dans la durée qu'une position.
      Est-ce cela un nationalisme moderne? Marqué par la confusion identitaire au point de vouloir tout être, la chose et son contraire, pour échapper au néant?

      Marc Therrien