Un parti usé et délaissé par ses militants

Le Parti libéral du Québec, dirigé par Philippe Couillard, a perdu tout près de 29 % de ses membres depuis un an et demi.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le Parti libéral du Québec, dirigé par Philippe Couillard, a perdu tout près de 29 % de ses membres depuis un an et demi.

Le Parti libéral du Québec est un parti « éteignoir » dont l’effectif est en chute libre, un parti usé, centralisé, inféodé à son aile parlementaire et miné par la culture du silence, juge le président sortant de sa Commission politique, Jérôme Turcotte, qui, malgré tout, n’a pas perdu espoir que le PLQ puisse changer.

« Je crois profondément à la capacité de renouvellement du Parti libéral du Québec », a livré au Devoir Jérôme Turcotte, qui est redevenu simple militant en septembre pour finir la rédaction de sa thèse de doctorat en droit. En plus d’assumer la présidence de la Commission politique du parti, il a été membre de son Conseil de direction, de son Conseil exécutif et de son Comité d’audit.

Jérôme Turcotte a rédigé un document intitulé Analyse des défis à relever pour relancer le militantisme au PLQ, qu’il a remis à la direction du parti cet été et qui devait manifestement demeurer confidentiel. « À l’heure actuelle, plusieurs militants, dont moi-même, ont le sentiment que le PLQ est de plus en plus en train de devenir une marque de commerce servant à faire élire une aile parlementaire qui a délaissé le militantisme et est de moins en moins un réel parti ancré dans une participation citoyenne active », écrit-il. L’ex-président de la Commission politique dénonce « la participation tiède de nombreux élus à nos événements militants, le choix presque systématique de candidats vedettes étrangers ».

« Pour subsister [à] travers les âges, le confort est notre pire ennemi et le militantisme notre planche de salut », plaide-t-il. « Or, il est nécessaire de prendre conscience que notre parti a été au pouvoir de façon quasi continue depuis plus d’une décennie maintenant et qu’une certaine torpeur ainsi qu’un excès de confiance semblent s’être emparés de ce dernier alors même que notre base militante est en chute libre », poursuit-il.

La « situation critique » dans lequel se trouve le PLQ se traduit par la défection de nombreux militants, note Jérôme Turcotte. Ainsi, le parti dirigé par Philippe Couillard a perdu tout près de 29 % de ses membres depuis un an et demi : ils ne sont plus que 37 020. Tout près de 60 % d’entre eux ont plus de 65 ans tandis que 8 % seulement ont moins de 35 ans. Le financement populaire du parti ne va pas très bien non plus : les objectifs fixés pour les circonscriptions n’ont été remplis qu’à 51 %.

Il existe un « climat toxique » qui nuit au militantisme dans les partis, estime Jérôme Turcotte. « On ne fait que parler politique en terme d’éthique, de lançage de boue et de suspicion », a-t-il affirmé, alors que des fraudes présumées comme celles révélées à la Société immobilière du Québec (SIQ) ne sont le fait que de « 4 ou 5 personnes » parmi les dizaines de milliers de militants libéraux.

Le directeur des communications du PLQ, Maxime Roy, a avancé que le document nourrissait « davantage » une « réflexion » que le parti avait déjà amorcée « sur le rôle et la place des militants ».

5 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 8 novembre 2016 07 h 50

    CAUSE PERDUE

    On ne peut pas être néolibéral et se renouveler.

    Les paradigmes du néolibéralisme sont trop simplistes, trop reptiliens pour espérer que quoi que ce soit sorte le PLQ du marasme social qu'il engendre et dans lequel il finira par s'engloutir.

    Il est sa propre fin.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 8 novembre 2016 08 h 38

    Et si «cet effectif en chute libre» s'était vu...

    ...remplacé par un groupe sélect d'individus du genre de celles et ceux rôdant dans cet autre scandale qu'est celui de la SIQ ?

    Pouvoir et argent: deux énormes «bibittes» très difficiles, pour l'Homme, à gérer sainement, proprement.

    S'il était demandé à monsieur Turcotte pourquoi ce «climat toxique» et comment ce dernier s'est-il installé ?

    Bien d'accord, monsieur Turcotte que «les fraudes présumées ne sont le fait que 4 ou 5 personnes». Vous êtes-vous déjà interrogé sur le(s) pouvoir(s) de ces 4 ou 5 personnes ? Oh! Que j'y penserais...au moins...deux fois avant de m'y aventurer.

    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Jean Santerre - Abonné 8 novembre 2016 08 h 55

    Quel étonnement!

    Il n'y a jamais eu autant de manigances cupides que depuis le rapatriement de John James Charest au PLQ qui vient faire la leçon aux provinciaux que nous sommes, pour nous montrer la voie à suivre afin d'exploiter le bien public pour fin partisane, voire personnelle.
    La mafia ne se comporte pas autrement.
    Ces commettants sont indignes d'être élus pour diriger notre patrimoine.
    Tous pour nous et nous pour nous.
    Nous voulons votre bien et nous l'obtiendrons.
    Croyons-nous vraiment que l'effritement des valeurs morales origine de nulle part, si ce n'est que des plus hauts niveaux de gouvernance.
    Comme exemple de valeurs on a l’indifférence, l’ignorance ou le mépris, le mensonge, l’évitement, la dissimulation, la transgression de la loi littéralement ou dans leurs intentions et le plaidoyer de coïncidences qui n’en ont jamais été.
    La défection des militants libéraux n’est pas surprenante et est plutôt souhaitable, sinon prévisible dans une véritable démocratie.

    Les libéraux organisent une mutinerie de l’institution politique que personne ne souhaite.

  • Bernard Terreault - Abonné 8 novembre 2016 09 h 00

    Normal

    Rien de plus normal. Le PLQ n'a pas besoin de réfléchir, pas besoin de nouvelles idées, c'est le parti du statu quo, que ce soit en relations avec le fédéral, en matière linguistique et culturelle, en économie par dessus tout. Entre la droite vaguement nationaliste un peu échevelée de la CAQ, le centre-gauche indépendantiste du PQ et la gauche à tout crin de QS, il y a place pour un parti de ceux qui n'ont aucun goût pour le changement, surtout chez les anglophones et les biens nantis.

  • Jean-Charles Morin - Inscrit 8 novembre 2016 09 h 06

    Un parti en déroute au plan idéologique.

    Depuis le départ de son aile progressiste qui a suivi René Lévesque en 1968, l'histoire du PLQ est celle d'une régression idéologique suivie d'une fuite en arrière qui s'est accélérée avec le temps.

    À partir de 1982 avec le rapatriement de la constitution, l'attitude de blocage du gouvernement fédéral et du ROC empêche désormais toute revendication d'aboutir. En refusant d'autre part de signer la constitution telle qu'elle est, le PLQ s'est peinturé dans le coin car il n'a aucune revendication à faire valoir. Le cul-de-sac est total. Certains prétendront que le fruit n'est pas mûr; en fait il a séché sur la branche: l'étape du mûrissement est terminée depuis un bon moment déjà.

    Le PLQ, à l'image de ce fruit, est devenu un cadavre desséché qui n'a rien d'autre à offrir que la recherche individuelle d'une carrière "prestigieuse" dans la fonction publique provinciale (dixit l'ineffable Monique Jérôme-Forget) et du profit personnel immédiat, tout gangrené qu'il est par la corruption maintenant généralisée. Si le fameux "vote ethnique" ne lui était pas acquis d'avance de façon automatique à chaque élection, ce parti se serait trouvé depuis longtemps au fond de la poubelle de l'Histoire.

    Avec les années, le PLQ est devenu le plus formidable frein à l'évolution du Québec. Quand donc le Québec sera-t-il enfin libéré des Libéraux?