Le patron de la SIQ doit remonter le moral de ses troupes

L'ex-ministre libérale Monique Jérôme-Forget a confié dans le dernier reportage de l'émission «Enquête» qu’elle n’avait aucun intérêt pour la SQI.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L'ex-ministre libérale Monique Jérôme-Forget a confié dans le dernier reportage de l'émission «Enquête» qu’elle n’avait aucun intérêt pour la SQI.

Les employés de la Société québécoise des infrastructures (SQI) sont bouleversés par les révélations de fraudes présumées au sein de la Société immobilière du Québec (SIQ), entité que la SQI a absorbée en 2013. Mais ils sont surtout outrés par les propos tenus par Monique Jérôme-Forget, l’ex-présidente du Conseil du trésor, qui a traité la SIQ de « gang de pas bons ». Tellement, que le p.-d.g. de la SQI, Luc Meunier, a senti le besoin d’intervenir auprès d’eux.

« C’est important, dans la confusion, qu’il y a pu avoir dans certains propos hier [jeudi] de bien les rassurer en leur disant : ces gens-là sont des professionnels, ils travaillent dans l’intérêt public », a livré au Devoir Luc Meunier vendredi.

Le p.-d.g. a fait parvenir au personnel de la SQI un message à la suite de la diffusion d’un reportage de Radio-Canada sur des présumées fraudes de plusieurs millions qui auraient profité, entre 2004 et 2006, à quatre libéraux notoires, soit Marc-André Fortier, alors président de la SIQ, un organisateur, William Bartlett, et deux importants collecteurs de fonds, Franco Fava et Charles Rondeau.

« Vous êtes sans doute nombreux à avoir regardé le reportage diffusé à Enquête hier [jeudi] soir, et je comprends que vous puissiez être ébranlés et choqués par les révélations qui y ont été faites et par les propos durs tenus par certains intervenants », écrit Luc Meunier dans son message.
 

Ces gens-là sont des professionnels, ils travaillent dans l’intérêt public

Dans ce reportage, Monique Jérôme-Forget, la ministre qui était responsable de la SIQ, a confié qu’elle n’avait aucun intérêt pour cette société d’État qui n’avait « pas d’envergure ». Impossible d’attirer à son conseil d’administration des gens compétents, estimait-elle. « C’est une gang de pas bons », a-t-elle dit.

En désaccord

Luc Meunier n’est évidemment pas de cet avis. « Je crois fièrement en la mission de notre organisation et au rôle essentiel qu’elle accomplit au sein de l’État québécois. Je crois également à votre professionnalisme, votre compétence et votre dévouement », écrit-il.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, vendredi matin, pour refuser une entrevue radiophonique, Monique Jérôme-Forget a qualifié de « malheureuse » l’expression de « pas bons ». L’ancienne ministre écrit qu’elle les trouvait « sans envergure », mais qu’elle ne les soupçonnait pas de malhonnêteté. Elle se dit « sidérée » par l’ampleur de la fraude, ampleur qu’elle ne connaissait pas au moment de l’entrevue.

Toutes les personnes mêlées à cette affaire ont quitté l’organisation, a signalé Luc Meunier. Au moment de sa création en 2013, la SQI s’est dotée d’un conseil d’administration entièrement renouvelé, formé d’administrateurs choisis en fonction de leur « profil de compétence », selon des règles de gouvernance exigeantes, qui sont inscrites dans sa loi constitutive.

C’est il y a trois ans que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a informé la SQI de l’existence d’« irrégularités » entourant la vente de trois immeubles, soit Place Québec et l’immeuble J.-A.-Tardif à Québec, et le 500 René-Lévesque Ouest, à Montréal. Monique Jérôme-Forget, dans sa volonté de « réingénierie », souhaitait que la SIQ se débarrasse de certains de ses immeubles.

L’UPAC a demandé à la SQI de procéder à un examen administratif de ces transactions, une tâche que la direction de la société d’État a confiée à la firme Accuracy, qui a produit, depuis, trois rapports.

Les actes de vente contiennent une clause tout à fait anormale qui force l’État, comme locataire, à défrayer tous les travaux majeurs que requièrent les immeubles, tels que décidés par les propriétaires, au prorata de l’espace que le gouvernement occupe. Cette clause, « c’est un scandale qu’elle soit là », s’est indigné Luc Meunier. La SQI a reçu une première facture de quelque 40 millions pour l’immeuble J.-A.-Tardif ; elle a refusé de payer. Avec l’aide d’Accuracy, la SQI a réduit la note à 13 millions, un montant qu’elle n’a pas d’autre choix que de payer, a indiqué le p.-d.g.

Le même scénario s’est répété pour Place Québec, mais la facture est moins lourde. La SQI l’a contestée et le différend n’est pas réglé.

La SQI entend poursuivre les fraudeurs au civil. Mais elle ne pourra le faire avant que la cause criminelle soit entendue et que les protagonistes soient condamnés. Bien des années s’écouleront avant que le gouvernement puisse espérer recouvrer ses billes.

Legault veut forcer le PLQ à payer

À Montréal, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a réclamé que le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) suspende le financement public du Parti libéral du Québec jusqu’à cette affaire soit tirée au clair.

Philippe Couillard estime que le chef caquiste « s’égare ». En marge d’une conférence de presse à Montréal, le chef libéral a fait valoir que le financement de son parti est aujourd’hui « largement irréprochable », puisque la loi a été modifiée, imposant une limite de 100 $ par donateur, par parti, et que le PLQ a changé ses pratiques. Quant à ses liens avec William Bartlett, qui fut l’un de ses organisateurs pour son élection dans Jean-Talon en 2007, il s’agit d’un simple « bénévole ». Il a accusé ses adversaires de faire « une tentative déplorable de culpabilité par association ».

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