cache information close 

Fraude présumée à la Société immobilière du Québec

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a invoqué une enquête de l’UPAC pour refuser de commenter l’affaire.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a invoqué une enquête de l’UPAC pour refuser de commenter l’affaire.

Les partis d’opposition ont tenté, jeudi, de savoir s’il y avait un lien entre le financement du Parti libéral du Québec et les présumées fraudes de plusieurs millions survenues entre 2004 et 2007 et impliquant le libéral Marc-André Fortier, alors p.-d.g. de la Société immobilière du Québec (SIQ), et quatre importants collecteurs de fonds libéraux, d’autant plus qu’un des protagonistes, William Bartlett, fut un organisateur de la campagne électorale de Philippe Couillard dans Jean-Talon en 2007.

Mais le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, s’est réfugié derrière le fait que cette affaire, qui a été révélée par l’émission Enquête, de Radio-Canada, était sous la loupe de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). « L’UPAC est une unité indépendante qui mène ses enquêtes de façon indépendante, sans que nous intervenions et sans que nous émettions d’opinion », a affirmé le ministre à l’Assemblée nationale.

Par voie de communiqué, jeudi, le bureau du commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, a indiqué que le dossier d’enquête dont il est question dans le reportage « n’est pas complètement terminé et que, par conséquent, il n’a pas encore été soumis pour analyse au directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ».

Au Salon bleu, la porte-parole de l’opposition officielle en matière d’intégrité, Agnès Maltais, a demandé au premier ministre, Philippe Couillard, « s’il va déclencher une vérification pour qu’on sache s’il a été élu grâce à des fonds qui ont été amassés grâce à cette fraude ».

« Quelle était la cut qui s’en allait dans les coffres du Parti libéral ? », a lancé la députée péquiste. Martin Coiteux a plusieurs fois refusé de commenter. « Ce n’est pas parce que j’aime particulièrement être un perroquet », a-t-il dit.

Le leader parlementaire adjoint de la Coalition avenir Québec, Éric Caire, a frappé sur le même clou, demandant au premier ministre quels étaient ses liens avec William Bartlett. Sans obtenir de réponse.

Dans une déclaration faite à l’Assemblée nationale, le 17 mai 2007, Philippe Couillard, fraîchement élu député de Jean-Talon, avait remercié les membres de son équipe de campagne, dont William Bartlett.

Émission Enquête

Dans cette affaire, qui a nécessité des mois de travail pour l’équipe de l’émission Enquête, outre Marc-André Fortier et William Bartlett, qui fut un temps vice-président de la SIQ avant d’être écarté en 1995, figurent Franco Fava et Charles Rondeau, deux collecteurs de fonds libéraux pour l’est du Québec à l’époque. Dans une cause qui l’opposait à la SIQ, à la suite de son congédiement en 2008 en raison de dépenses injustifiées, cause qu’il a perdue, Marc-André Fortier a avoué avoir été nommé à la tête de la société d’État grâce à ses relations avec des personnes influentes au sein du PLQ,

Quant à Charles Rondeau et Franco Fava, ils ont fait les beaux jours de la commission Bastarache, qui s’est penchée sur les nominations partisanes de juges. Lors des audiences, il fut établi qu’ils avaient leurs entrées auprès du premier ministre, Jean Charest, et de son cabinet. Presque toutes les semaines, Charles Rondeau se rendait au cabinet avec des noms de candidats pour des nominations ratifiées par le conseil des ministres.

À l’époque des fraudes alléguées, la SIQ était une société d’État chargée de gérer le parc immobilier du gouvernement, dont la valeur dépassait 1,5 milliard. En 2013, elle fut absorbée par une nouvelle entité, la Société québécoise des infrastructures (SQI), qui gère l’ensemble des infrastructures gouvernementales.

Selon le reportage, plusieurs transactions visant des immeubles de la SIQ ont enrichi les quatre associés informels, qui ont pu ainsi garnir des comptes bancaires à leur nom dans des paradis fiscaux.

En 2004, la SIQ a signé un bail de 17 ans — au lieu du terme habituel de 10 ans ou moins — pour la location de presque tous les étages d’un immeuble de la place d’Youville, à Québec, rapporte Enquête. Deux mois plus tard fut versée par le locateur une somme de 1,25 million dans un compte suisse, montant qui fut transféré pour l’essentiel dans quatre comptes aux Bahamas, soit 450 000 $ à William Bartlett, 250 000 $ à Charles Rondeau, 200 000 $ à Franco Fava et 100 000 $ au p.-d.g. de la SIQ, Marc-André Fortier.

En 2006, des transactions similaires pour des baux de 20 et 25 ans visant deux immeubles auraient fourni 902 000 $ à Bartlett, 170 000 $ à Fortier et 100 000 $ chacun à Rondeau et Fava. En 2007, un bail pour un immeuble appartenant à la Commission de la santé et sécurité au travail (CSST), dont Bartlett et Fava étaient administrateurs, serait lié à un versement de 422 575 $ chacun à Rondeau et Fava.

Enfin, les compères se seraient également enrichis avec la vente de trois immeubles de la SIQ en 2007, soit Place Québec et l’immeuble J.-A.-Tardif, à Québec, ainsi que le 500 René-Lévesque Ouest, à Montréal. Alors que les appels d’offres ne les mentionnaient aucunement, des avantages, aussi inhabituels que généreux, auraient été accordés au détriment de la SIQ : elle demeurait locataire mais assumait tous les coûts des travaux majeurs pendant 20 ans.

21 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 4 novembre 2016 04 h 29

    Encore de nos argents qui ont....

    ...garni les coffres-forts de libéraux notoires ? Si nous demandions à ces messieurs d'établir une valeur à cet essentiel élément qu'est la confiance dans le pouvoir politique ?
    En quel état de santé sont donc certaines consciences ?
    À l'élasticité de celles-ci, croyez-vous ?
    Dans une chronique signée dans le décédé journal hebdomadaire «Le Saint-Laurent Portage», j'y décris, amusé et désolé du spectacle, ce «Bal des consciences tordues»
    Je n'y allègue rien. J'y dépeins et y fais narration de certaines visions expérimentées.
    Et mon copain de taverne, désabusé de me demander :« Cou don, ça vas-tu finir? Chu tanné» De lui répondre : «Savais-tu que derrière toutes ces malodorantes affaires se cache un projet de société, une vraie affaire ?» ...tant qu'à être cynique.
    Gastron Bourdages,
    Auteur.

    • Jean-Marc Simard - Inscrit 4 novembre 2016 08 h 15

      «Savais-tu que derrière toutes ces malodorantes affaires se cache un projet de société, une vraie affaire ?» ...tant qu'à être cynique.

      Leur projet de société, c'est de s'enrichir personnellement en nous volant et en volant l'État...

    • Francois Cossette - Inscrit 4 novembre 2016 10 h 00

      Et le pire c'est que ce gouvernement va retourner au pouvoir dans 2 ans. On est vraiment un peuple qui se tient debout, en effet, c'est la meilleur position pour recevoir un coup de pied dans le bas du dos.

  • Patrick Daganaud - Abonné 4 novembre 2016 05 h 00

    L'INSONDABLE CORRUPTION LIBÉRALE

    Ce parti est corrompu depuis des lustres. C'est son essence et sa culture.

    L’émission Enquête n'est pas à la veille de manquer de filons...

  • Clifford Blais - Inscrit 4 novembre 2016 05 h 37

    Caisse occulte ...

    Caisse occulte au Parti Libéral du Québec, cela vous rappelle quelque chose ? ...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 novembre 2016 06 h 17

    La madame

    La madame a dit «Ça m'intéresse pas» et ça nous coûte presque 50 millions.
    Le monsieur qui était là avant (que ça intéressait) et qui avait fait le ménage, lui... son bon travail s'est envolé avec les millions.
    Lets go les Libéraux «à la Forget».
    Le boss de la madame est en train de nous organiser des trucs dans les Europes.
    Eh que j'ai dont confiance. Mais...ça va être «prestigieux» par exemple.

    PL

    • André Chevalier - Abonné 4 novembre 2016 10 h 29

      Une chose m'a frappé chez madame Forget.
      Elle considère qu'il n'y a que des gens minables qui acceptent de siéger sur des organismes administratifs qui, en soi, ne soulèvent pas les passions. Elles ne peut absolument pas concevoir qu'on puisse occuper de telles fonctions uniquement par soucis de servir l'intérêt public.
      Je constate régulièrement que beaucoup de gens sont de cette nature. Il semble bien que ce ne soit pas le cas dans le cas de madame Forget.

  • Jean-François Trottier - Abonné 4 novembre 2016 07 h 36

    J'aimerais rappeler que...

    Au parti Libéral, les vrais patrons, ce sont les organisateurs.

    Ils ont les contacts, ils établissent les horaires de rencontres avec les "généreux donateurs", ils décident de l'angle de présentation des déclarations tout au cours des campagnes électorales (nous sommes en période électorale, dixit Couillard).

    Les petits cocktails de discussion avec la grande industrie et l'esprit de très, très bonne entente qui s'ensuit, les rapports directs entre des patrons et des ministres, tout ceci est nourri et supervisé par les organisateurs.

    Ils sont l'âme et l'huile du PLQ. Pas iun député ne bouge une lèvre sans leur autorisation.

    On ne peut pas monter plus haut dans le parti, ou à peine.

    Comme par hasard, ils sont pourris.

    • Robert Beauchamp - Abonné 4 novembre 2016 18 h 58

      Comment s'y prendre pour enquêter sur le PLQ clairement apparu avec le temps comme étant l'épicentre de tout ce traffic mafieux: collusions, devis biaisés, nominations judiciaires patisanes, conflits d'intérêts, paradis fiscaux. Est-ce que les autres sociétés d'état sont gérées comme la S.I.Q? Tout le monde a ses doutes sur Hydro, l'ensemble des contrats informatiques, les secteurs de l'éducation (réf: tableaux intelligents, les terrains de foot) le domaine de la santé (la centralisation des pouvoirs créant des empires) etc... ad nauseam, amen.