Résultats décevants d'un autre programme d'Emploi-Québec

Emploi-Québec croyait pouvoir récupérer un peu plus de cinq millions en pénalisant les jeunes qui refusaient de souscrire à un parcours d’insertion à l’emploi. Les économies n’auront finalement été que de 1,3 million.
Photo: Jacques Nadeau Emploi-Québec croyait pouvoir récupérer un peu plus de cinq millions en pénalisant les jeunes qui refusaient de souscrire à un parcours d’insertion à l’emploi. Les économies n’auront finalement été que de 1,3 million.

Les moyens coercitifs utilisés par Québec pour obliger les assistés sociaux à participer à des mesures devant les mener sur le marché du travail connaissent des résultats décevants. Après les ratés de l'opération «Place à l'emploi», une analyse d'Emploi-Québec estime que les parcours obligatoires n'ont guère plus de succès.

L'obligation de parcours d'insertion pour les jeunes assistés sociaux, imposée depuis février 2001, n'atteint pas les objectifs gouvernementaux. La lourdeur des problèmes vécus par les jeunes de moins 25 ans ainsi que la concurrence du programme volontaire «Solidarité jeunesse» expliquent en partie ce demi-échec.

Dans un rapport émanant d'Emploi-Québec intitulé Bilan de mise en oeuvre de l'obligation de parcours, daté de février 2003 et dont Le Devoir a obtenu copie, la stratégie gouvernementale consistant à serrer la vis aux jeunes assistés sociaux pour les mener à participer à des mesures d'Emploi-Québec et à intégrer le marché du travail par la suite n'a permis de référer que 55 % de la clientèle visée et de créer seulement un peu plus du tiers des parcours projetés. En ce qui a trait aux pénalités imposées aux récalcitrants, elles n'ont atteint que le quart de l'objectif fixé par le gouvernement précédent.

Responsabilité partagée

Ce dossier rappelle la philosophie de responsabilité partagée entre l'État et le bénéficiaire de l'aide sociale, que le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, a développée en juillet dernier en lançant l'opération «Place à l'emploi». Celle-ci devait permettre aux nouveaux demandeurs d'aide sociale, y compris les jeunes, d'être référés à Emploi-Québec en 24 heures. Mais comme l'a révélé Le Devoir, le délai est plutôt de six semaines. De plus, si des prestataires ne déploient pas suffisamment d'efforts pour participer à des mesures vers la formation ou le marché du travail, ils subissent des pénalités financières.

Que ce soit pour l'obligation de parcours ou pour «Place à l'emploi», il semble que les moyens coercitifs ne donnent pas les résultats escomptés. Le bilan d'Emploi-Québec indique que seuls 8331 parcours (formation, activités d'encadrement pour écrire un curriculum vitae, par exemple) ont été réalisés plutôt que les 21 540 qu'avait prévus le ministre d'alors, André Boisclair, dans son mémoire déposé au conseil des ministres. L'ex-ministre du gouvernement du Parti québécois avait également prévu que les agents de la Sécurité du revenu feraient 31 260 références à Emploi-Québec, mais on n'en a réalisé que 17 048.

Importantes économies

Le ministre Boisclair visait aussi à dégager des économies de 5,2 millions grâce au refus de certains jeunes de s'engager dans un parcours. Ceux-ci auraient alors vu leurs prestations mensuelles amputées. Les pénalités n'ont totalisé que 1,3 million.

On note dans le document qu'une fois rencontrés, les jeunes ont convenu d'un parcours dans une proportion de 99 %. La difficulté a davantage consisté à rencontrer la clientèle ciblée qu'à l'orienter. Malgré cela, l'analyse des deux premières années de mise en oeuvre démontre que le nombre de participants a diminué, passant de 19 698 à 18 438.

Le «Parcours individualisé vers l'insertion, la formation et l'emploi» est entré en vigueur en février 2001 après avoir été reporté à quelques reprises. Il s'agissait d'un des éléments les plus controversés de la réforme de l'aide sociale dirigée en 1997 par l'ancienne ministre Louise Harel. C'est à la suite du Sommet du Québec et de la jeunesse que le gouvernement péquiste avait mis l'obligation de parcours en oeuvre.

Quelques mois auparavant, en novembre 2000, le programme «Solidarité jeunesse» avait vu le jour. On a dénombré 10 408 participants à cette stratégie volontaire au cours des deux premières années d'activité. Cette concurrence entre les deux approches est considérée comme un des obstacles pour l'obligation de parcours.

Soulignons qu'un prestataire inscrit à une activité de «Solidarité jeunesse» est assujetti à l'obligation de parcours si on juge «qu'il n'a pas de motif valable d'abandonner les activités convenues». Ainsi, «il n'est pas toujours évident pour les agents [de la Sécurité du revenu] de mettre l'accent sur l'aspect volontaire de Solidarité jeunesse tout en informant des conséquences du refus d'y participer», précise-t-on avant de soutenir qu'il «est essentiel d'assurer la cohérence» entre les deux façons de faire.

Des cas plus lourds

Au delà de ce problème, Emploi-Québec note «l'alourdissement des jeunes référés». En plus de la sous-scolarisation (59 % d'entre eux n'ont pas complété leur quatrième secondaire) et du manque d'expérience sur le marché du travail, les jeunes prestataire de l'aide sociale connaissent entre autres des difficultés familiales, de toxicomanie, de prostitution ou de santé mentale. Ces jeunes «présentent déjà, malgré leur âge, un profil indiquant que les interventions devront, dans la majorité des cas, être intensives», ajoute-t-on.

Si le document conclut que les objectifs n'ont été atteints que partiellement en matière de volume, il demeure silencieux sur ce que sont devenus les participants aux parcours: ces jeunes sont-ils sortis de l'aide sociale? Toutefois, «l'analyse met en lumière la pertinence de maintenir une approche personnalisée et de renforcir [sic] l'accompagnement auprès des jeunes engagés dans un parcours».

Un premier bilan devait être présenté au gouvernement à l'automne 2002. L'adoption de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale a reporté cette obligation à mars 2005.