Quand l’exclusion pousse au pire

La Conférence de l’UNESCO sur Internet et la radicalisation doit prendre fin ce mardi au Centre des Congrès. Des experts de pas moins de 70 pays y participent.
Photo: iStock La Conférence de l’UNESCO sur Internet et la radicalisation doit prendre fin ce mardi au Centre des Congrès. Des experts de pas moins de 70 pays y participent.

Sarah et Ben (noms fictifs) ont songé à quitter le Québec pour la Syrie parce qu’ils étaient révoltés par les problèmes de ce monde et que les islamistes leur proposaient une solution. Une révolte aussi attisée par leurs expériences d’islamophobie.

« Il faut que le monde admette que, notre société, on n’est pas corrects à 100 %, tout va pas très bien », a dit Sarah à la Conférence sur Internet et la radicalisation. « Dans la propagande qu’on voit, que ce soit [du groupe] État islamique ou de n’importe quel groupe extrémiste, on montre les problèmes qu’on a ici chez nous […] On pointe ces problèmes-là et on nous propose des solutions. »

À ses côtés, Ben a renchéri. « Sur Internet, la proposition djihadiste ne fait que relater des faits existants dans la société », a-t-il dit.

L’un comme l’autre ont témoigné derrière un écran telles des ombres chinoises. Invités à nommer les causes profondes de leur révolte, les deux ont parlé de l’image des musulmans en Occident. Sarah, par exemple, a raconté qu’elle avait commencé à sentir « un certain rejet » quand elle avait commencé à porter le voile.

Une situation qui l’a d’autant plus révoltée qu’elle est née au Québec. « Je ne comprends pas pourquoi je me fais rejeter et qu’après on me dise de m’intégrer ou quoi que ce soit. Je suis née ici, je suis Québécoise autant que les autres. »

Pour Ben, « ça a commencé » quand il était très jeune. « Je me rappelle quand j’étais petit et que je me promenais en poussette avec ma mère et je voyais qu’elle se faisait toiser parce qu’elle portait le voile. »

Plus vieux, il a été marqué par les commentaires dans les journaux. « Des trucs comme “on ne veut pas de vous ici”. Ça incite à la haine envers les musulmans et ce n’est pas sanctionné… »

Venant du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), à Montréal, les deux jeunes se sont exprimés à la Conférence au terme d’un long processus de soutien psychologique, a expliqué le directeur Herman Okomba-Deparice. « On ne les a pas choisis, c’était un cheminement personnel », a-t-il dit. « Pour eux, il s’agissait de contribuer à ce que d’autres jeunes ne vivent pas la même expérience qu’eux. […] Pour eux, c’est une forme de thérapie finalement. […] C’est un soulagement, on vide son sac. »

À plusieurs reprises pendant les témoignages, l’un ou l’autre a évoqué le précieux lien de confiance qu’ils avaient établi avec le CPRMV. Des propos qui tranchent avec les réactions suscitées par une récente enquête d'ICI Radio-Canada. D’anciens employés y disaient avoir été incités à contrevenir à leur code de déontologie par M. Okomba-Deparice en divulguant des renseignements confidentiels sur les jeunes aux autorités. Un ancien psychologue parlait même d’un « centre de délation ».

Pour se justifier, le CPRMV avait affirmé que les témoignages provenaient d’employés ayant été remerciés « dès les premières semaines d’activités de l’organisme ». « J’ai déjà répondu à ces questions-là, a dit M. Okomba-Deparice lorsqu’on l’a interrogé sur ce sujet lundi. Le lien de confiance, vous l’avez vu chez les parents. »

Les deux jeunes étaient accompagnés de deux parents, dont Abdul (nom fictif) qui a un enfant toujours en Syrie. « Si on n’apprend pas à vivre ensemble, on ne sortira jamais de l’auberge », a-t-il fait valoir. Une mère, Nadia (nom fictif) a insisté sur le sentiment d’aliénation de nombreux immigrants de deuxième génération. « Pour ces jeunes, le vivre ensemble est un grand mensonge, a-t-elle dit. Ils voient leurs parents qui ont perdu beaucoup de choses, de la dignité. »

Pas juste des musulmans

Par ailleurs, les participants à ce panel sur la radicalisation violente n’étaient pas tous des musulmans. Deux anciens militants d’extrême droite sont également venus témoigner. Outre Daniel Gallant, interviewé dans Le Devoir la semaine dernière, on a pu entendre Maxime Fiset, arrêté au Québec pour propagande haineuse.

« À la suite à mon arrestation, je suis passé à un chouïa de commettre un acte violent. Je ne vais pas vous donner de détails, mais lors des attentats de Boston, je n’ai pas eu besoin du présentateur télé pour savoir quel type d’explosif avait été utilisé », a-t-il dit. La Conférence de l’UNESCO doit prendre fin ce mardi au Centre des Congrès. Des experts de pas moins de 70 pays y participent.

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4 commentaires
  • Pierre Desautels - Abonné 1 novembre 2016 10 h 31

    Témoignages.


    « Je ne comprends pas pourquoi je me fais rejeter et qu’après on me dise de m’intégrer ou quoi que ce soit. Je suis née ici, je suis Québécoise autant que les autres. »

    Voilà un des résultats des débats sur la laïcité, quand ces mêmes débats sont minés par des représentants de l'islamophobie. Ils rendent de grands services aux extrémistes musulmans...

    • Serge Morin - Inscrit 1 novembre 2016 13 h 01

      Ce n'est pas avec des phrases miroirs de ce genre que la situation va évoluer.

  • Maxime Parisotto - Inscrit 1 novembre 2016 13 h 06

    Ahhhh ok, en fait, les jeunes radicalisés sont gentils mais ne le savent pas. C'est la faute à la société, si ils deviennent capables de décapiter un innocent avec un couteau de cuisine.
    Il faut les aider et leur donner de l'amour. Je comprend tout maintenant.

  • Nadia Alexan - Abonnée 1 novembre 2016 14 h 21

    Veut-on vivre dans une société qui exclut la liberté d'expression?

    Je ne suis pas d'accord du tout avec cette analyse. Ben Laden n'était pas exclu de sa société quand il a entamé la violence et tous les autres islamistes qui appellent au jihad n'étaient pas des exclus, non plus.
    Les pays les plus progressistes au monde, où il y'a une division très claire entre la religion et l'état, sont des pays laïques. Par contre, chez les pays islamistes, cette séparation entre la politique et la religion n'existe pas, avec des conséquences désastreuses, comme la peine de la mort pour le blasphème. Veut-on vivre dans une pareille société où la critique de la religion amène la mort?
    Kemal Atatürk a interdit le port du voile dans son pays, la Turquie. Les féministes du Moyen-Orient appellent les femmes à rejeter le port de ce vêtement, symbole de l'asservissement de la femme.
    Les Québécois ne sont pas racistes, mais ils ne veulent pas retourner au 7e siècle en donnant leur appui à des principes qui nient l'égalité homme/femme. Ce sont des critiques valables. L'islamophobie est un prétexte pour museler toute critique de la religion. Veut-on vivre dans une société qui exclut la liberté d'expression?