Labeaume prône un troisième lien, mais à l’ouest

<p><em>« Pour nous, le projet doit être dans l’ouest »</em>, a déclaré le maire Régis Labeaume en soulignant qu’il devrait se trouver <em>« peut-être idéalement à la hauteur des ponts ».</em></p>
Photo: Francis Vachon Le Devoir

« Pour nous, le projet doit être dans l’ouest », a déclaré le maire Régis Labeaume en soulignant qu’il devrait se trouver « peut-être idéalement à la hauteur des ponts ».

Un troisième lien entre Lévis et Québec est nécessaire, selon l’administration Labeaume, mais il devrait être construit à l’ouest et il serait préférable que ce soit un pont. Selon des données présentées vendredi, les trois quarts des déplacements entre les deux rives, à partir de Lévis, ont l’ouest pour origine ou destination.

« Pour nous, le projet doit être dans l’ouest », a déclaré le maire Régis Labeaume, en soulignant qu’il devrait se trouver « peut-être idéalement à la hauteur des ponts ». Il n’a pas non plus caché qu’il préfère le scénario d’un pont à celui d’un tunnel.

Les calculs de la Ville démontrent que 76 % des déplacements sud-nord passent par l’ouest au départ ou à l’arrivée. L’enjeu concerne peu les gens qui se déplacent de Québec à Lévis, qui sont peu nombreux (7100 personnes, soit 4 % des conducteurs).

La Ville estime par ailleurs qu’un troisième lien ne pourra pas régler l’ensemble des problèmes de circulation et qu’une analyse « plus poussée » sur le sujet devra être réalisée.

Sa position tranche avec celle des maires de Chaudière-Appalaches qui ont réclamé cet automne qu’un troisième lien soit construit à l’est. Interrogé sur ce désaccord, le maire a rétorqué qu’il doutait qu’on puisse battre « ses arguments ». Invité à réagir, le maire de Lévis, Gilles Lehouiller, a préféré insister sur leurs convergences. « Maintenant, c’est sans équivoque, il y a un consensus pour un troisième lien », a-t-il dit.

Deux pour le prix d’un

Selon une étude du ministère des Transports, un tunnel sous le fleuve serait faisable à l’est et coûterait environ quatre milliards de dollars. Vendredi, le maire Labeaume a réitéré que c’était, selon lui, « beaucouptropcher », avant de suggérer qu’on l’utilise pour financer deux projets. « Serait-il possible que, pour le prix d’un tunnel, le gouvernement puisse investir dans un SRB [service rapide par bus], un pont et plus, pour le même prix ? », a-t-il demandé en conférence de presse.

Il est à noter que, lorsque la Ville parle de déplacements vers l’ouest, elle inclut tout le territoire à l’ouest de l’Autoroute laurentienne qui a pour origine le centre-ville et se déploie vers Lac-Beauport, Stoneham et jusqu’au Saguenay.

À un journaliste qui lui faisait remarquer que ses propres données montraient que la congestion était encore plus importante à l’intérieur de Québec, le maire a souligné que l’élargissement des Autoroutes Henri-IV et laurentienne devrait faire respirer le réseau.

Quant à savoir si l’ajout d’un pont ne risque pas d’aggraver la congestion en encourageant plus de gens à s’installer en périphérie pour travailler à Québec, il a critiqué le discours sur l’étalement urbain. « On ne peut pas enlever le droit à des gens qui veulent aller vivre en périphérie… […]. Il y a des limites à ça. Il y a une partie de ce discours-là dans laquelle je n’embarque pas : comme ne pas améliorer le réseau routier pour que les gens prennent le transport en commun. Moi, je pense que, quand on prend le transport en commun, on le fait pour des raisons économiques. »


Le trafic en quelques chiffres

Population de l’agglomération de Québec : 552 000 habitants

Population de Lévis : 138 769 habitants

Nombre de déplacements Lévis-Québec le matin : 18 100

Nombre de déplacements Québec-Lévis le matin : 7100

Nombre de déplacements de la couronne Sud (Bellechasse, Lotbinière, Beauce) vers Québec : 3300

Augmentation moyenne du parc automobile entre 2006 et 2015 : 21 %

LE COURRIER DE LA COLLINE

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

6 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 28 octobre 2016 12 h 53

    Certains de l'avoir

    Avec Labaume et la CAQ, ils sont certains de l'avoir, Couillard n'aura pas le choix de trouver les milliards. La limitation de l'étalement urbain, la lutte au changement climatique, c'est pour les autres, les Chinois, les Américains, les Montréalais, pas pour Québec et Lévis.

  • Maxim Bernard - Abonné 28 octobre 2016 16 h 53

    Pour contrer les effets négatifs, il faudrait que ce nouveau pont :
    - soit à péage (on ne veut pas favoriser l'étalement urbain)
    - ait des voies réservées
    Si cela est fait, ça pourrait réduire la congestion dans le secteur.

  • Serge Sokolski - Abonné 29 octobre 2016 08 h 24

    Comme en 1950

    Encore des infrastructures pour encourager l'égoïsme des banlieusards... Facile à régler. Une voie gratis pour les véhicules avec 3 personnes à bord, une voie à 10$ pour 2 personnes et une voie à 20$ pour les solos-moi-je-égo-mon char-tout seul na!. Vous réduisez la circulation par 2 ou 3 en quelques semaines et vous faites de l'argent. Et vous perdez les prochaines élections et les Conservateurs et Caquistes partent en guerre pour défendre l'indéfendable. Quand est-ce qu'on va comprendre qu'il y a trop de voitures?????? Du développement des années 1950. Quelle imagination!

  • François Laflamme - Abonné 29 octobre 2016 09 h 12

    Ah les statistiques...

    Analysons un peu les statistiques du maire Labeaume: 76% des dépacement passent par l'ouest au départ ou à l'arrivée...

    La seule certitude qui en découle c'est l'affirmation complémentaire: 24% des déplacements passent par l'est au départ et à l'arrivée (déplacements est-est).

    Malheureusement, la statistique ne permet pas de savoir quel pourcentages des déplacements sont des déplacements ouest-est, ouest-ouest ou est-ouest...

    Il serait tout-à-fait possible que les déplacements ouest-ouest ne représentent qu'un peu moins du tiers des déplacements passant par l'ouest. On pourrait alors affirmer que plus de 76% des déplacement passent par l'est au départ ou à l'arrivée (ce qui justifierait de construire un nouveau lien hypothétique dans l'est)!

    On est donc devant une statistique qui a été bien choisie pour être impressionnante mais qui ne signifie absolument rien!

  • Jean Richard - Abonné 29 octobre 2016 09 h 19

    La vision 1950

    « Moi, je pense que, quand on prend le transport en commun, on le fait pour des raisons économiques. »

    M. le Maire l'a dit : ce sont les pauvres et les moins nantis qui prennent les transports en commun. Alors préparez-vous : la prochaine fois, il ajoutera que les transports en commun doivent rester des transports de pauvres.

    « Il y a une partie de ce discours-là dans laquelle je n’embarque pas : comme ne pas améliorer le réseau routier pour que les gens prennent le transport en commun. »

    Et si on inversait simplement les mots, ça donnerait ceci : M. Labeaume embarque dans ce discours qui veut qu'on n'améliore pas les transports en commun pour que les gens prennent leurs voitures. En fait, M. Labeaume ne prononce pas un tel discours, il passe directement aux actes en s'abstenant de mettre en œuvre tout projet qui améliorerait le « transport des pauvres ». Par exemple, des voies réservées dans ce sanctuaire des voitures individuelles qu'est le surbabondant réseau autoroutier de la région de la vieille capitale, il s'y oppose.

    « On ne peut pas enlever le droit à des gens qui veulent aller vivre en périphérie… »

    Anarchiste et libertaire de l'urbanisme, M. Labeaume ne reconnaît pas la nécessité de se donner des règles pour mieux vivre ensemble, de se donner des règles pour respecter l'harmonie de l'écosystème dans lequel nous vivons. Le territoire n'est pas une ressource infinie et ne pas le reconnaître, c'est souffrir de cécité.

    Ces dernières années, on a assisté à une timide prise de conscience du fait que le modèle occidental de développement doit être revu et corrigé, à moins d'avoir des visées suicidaires. Hélas, le Québec est un peu à la traîne dans ce mouvement de remise en question. Le Québec est en retard sur le reste de l'Occident et Québec est en retard sur le Québec.