Plaidoyer pour la fin du travail en vase clos

Depuis qu’elle a pris la parole pour dénoncer une agression sexuelle dont elle aurait été victime, Alice Paquet reçoit beaucoup de commentaires de soutien, mais aussi des messages haineux sur les médias sociaux. Qu’importe : elle continue de foncer, et elle est fière d’avoir dénoncé ces gestes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis qu’elle a pris la parole pour dénoncer une agression sexuelle dont elle aurait été victime, Alice Paquet reçoit beaucoup de commentaires de soutien, mais aussi des messages haineux sur les médias sociaux. Qu’importe : elle continue de foncer, et elle est fière d’avoir dénoncé ces gestes.

Au jour de son lancement, vendredi, le groupe Québec contre les violences sexuelles est encore une fois venu prouver qu’il est dans l’air du temps. En pleine controverse entourant des allégations d’agression sexuelle visant le député Gerry Sklavounos, le groupe a exigé que le Québec tout entier fasse un examen de conscience sur la question des violences sexuelles.

« Malheureusement, ça ne discrimine pas, la violence sexuelle, et puis, je pense que c’est important qu’on arrête de traiter ça dans des silos, a lancé Ariane Litalien, l’une des fondatrices du mouvement. Tant qu’on n’aborde pas [la problématique] d’une façon sociale et globale, eh bien, on va juste éteindre des feux à droite et à gauche et on ne sera pas efficace. »

Le cri du coeur de la jeune femme, agressée sexuellement lors de ses études à l’Université Harvard, a résonné chez les intervenants présents au lancement de Québec contre les violences sexuelles. À commencer par Alice Paquet, qui est sortie de l’ombre mercredi pour dénoncer Gerry Sklavounos, à qui elle reproche de l’avoir agressée sexuellement en 2014.

« Je ne regrette pas [d’avoir parlé], jamais de la vie. Je pense que si je peux ouvrir une voie quelconque, la voie de dire : il faut le dire. C’est important, même si c’est difficile, c’est long, c’est pénible », a-t-elle martelé.

Dans l’histoire d’Alice Paquet comme dans les leurs, les jeunes femmes à l’avant-plan du mouvement Québec contre les violences sexuelles ont remarqué le pouvoir… du pouvoir.

« Ce n’est pas du tout un hasard [que des dénonciations fassent surface dans divers milieux], a avancé Ariane Litalien. En fait, je pense que c’est l’heure qu’on connecte les points et qu’on réalise que c’est vraiment un problème de société. […] C’est souvent un abus de pouvoir, un abus de confiance. »

Impliquer les hommes

Mélanie Lemay et Kimberley Marin se trouvaient aux côtés d’Ariane Litalien vendredi. Comme elle, elles ont été agressées pendant leurs études, puis choquées par la réaction des autorités vers lesquelles elles se sont tournées pour dénoncer ces actes. Ensemble, elles ont souligné l’importance de sensibiliser la population — et pas seulement les femmes — aux violences sexuelles. « Les agressions sexuelles, ça n’a pas de sexe », a lancé Mélanie Lemay, en encourageant les victimes à briser le silence.

Sara Martinet, qui travaille avec les agresseurs sexuels au Centre d’intervention en violence et agressions sexuelles de l’Estrie, a expliqué que la médiatisation de dénonciation de violences sexuelles mène à des vagues de demandes d’aide chez les hommes. Elle a donné l’exemple d’un homme qui l’a appelée l’an dernier dans un état de désespoir : il s’était mis à échanger avec des mineures avec sa webcam et ne se « reconnaissait plus ».

« Il a dit : “Moi, madame, hier j’ai tout déconnecté mon ordinateur et je l’ai mis dans la garde-robe, il ne faut plus que je le connecte” », a-t-elle relaté.

Depuis le mois de mai, cependant, Sara Martinet s’est résignée à diriger ceux qui appellent sa ressource vers le réseau public de la santé. Ses intervenants et elle n’en peuvent plus d’entendre les témoignages d’hommes qu’elles doivent ensuite placer sur des listes d’attente de trois ans, faute de ressources financières. « Moi, l’argent que je veux avoir de plus, ce n’est pas pour acheter des rideaux et augmenter nos salaires ; c’est pour embaucher des gens », a-t-elle lancé.

Politique ciblée

Aussi au lancement du mouvement contre les violences sexuelles, la députée solidaire Françoise David s’est désolée de voir la sécurité des femmes « faire les frais de l’austérité libérale ». Elle a dénoncé « l’inaction » du gouvernement libéral à mettre sur pied une politique gouvernementale sur les agressions sexuelles. « Une telle politique est urgente, avec un financement adéquat pour les organismes qui font de la prévention et de la sensibilisation en matière d’agressions sexuelles et qui s’occupent du soutien aux victimes », a-t-elle déclaré.

La veille, la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a annoncé le lancement de consultations qui pourraient mener à la création d’une loi pour prévenir et contrer les violences à caractère sexuel sur les campus universitaires et collégiaux.

Qu’est-ce qu’une agression sexuelle?

Jusqu’à la réforme du Code criminel canadien en 1983, les agressions sexuelles n’existaient pas dans les textes de loi : il n’y était question que de viol, de tentative de viol et d’attentat à la pudeur. Dans les cas de viol, la législation impliquait que l’agresseur soit un homme, et la victime, une femme. Pour qu’il y ait viol, il devait y avoir une pénétration du pénis dans l’appareil reproducteur — la pénétration anale ou orale, même forcée, n’était donc pas considérée comme un viol.

Les choses ont changé depuis : les infractions de viol et d’attentat à la pudeur ont été remplacées par celles d’agressions sexuelles. Celles-ci peuvent viser un homme ou une femme, être perpétrées par un homme ou une femme et elles peuvent être « simples », « armées » ou « graves ». L’agression sexuelle concerne une grande variété de gestes : elle implique une agression et une atteinte simultanée à la sexualité de la victime. Selon le gouvernement du Québec, elle est « un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ».


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10 commentaires
  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 22 octobre 2016 11 h 18

    Danger !

    Avec tout ce qui ce dit sur les agressions sexuelles depuis 1 semaine ,si j'étais un homme ,je n'oserais plus approcher une femme de ma vie. Je trouve cette histoire très triste pour les relations hommes-femmes. Certaines femmes aiment ce rapport de séduction , ce que semble oublier les groupes de femmes actuellement ,qui ne me représentent nullement. Finalement on semble oublier la présomption d'innocence ,m. Slavounos a déjà été jugé et condamné, ce qui me semble une grande injustice.

    • Marc Therrien - Abonné 22 octobre 2016 17 h 03

      Effectivement. La justice populaire immanente directe peut avoir un effet dissuasif et je ne sais pas si c'est pour le mieux ou pour le pire. J'imagine que ça dépend du point de vue. Par ailleurs, je suis pour la réflexion et conscientisation sociales.

      L'entrevue de Mme Paquet avec Anne-Marie Dussault à RDI m'a fait ressentir toute son ambivalence et m'a ramené directement à ce que nous enseignent les sexologues et psychologues depuis longtemps à savoir qu'il existe un malentendu fondamental lors de la rencontre érotique entre un homme et une femme. Ils n'ont pas les mêmes besoins et leur désir ne porte pas sur la même chose. L'approche et la rencontre sexuelle se font donc toujours un peu en eaux troubles, ce qui contribue par ailleurs à créer une tension érotique qui attise le désir et accentue le plaisir. Bientôt, j'imagine que l'approche de sexualité dite transparente amènera les humains à traiter cette activité d'échange comme toutes les autres, c'est-à-dire avec un contrat clair qui spécifiera les comportements attendus de part et d'autre. On pense que l'établissement de ce genre de contrat contribuera à dénaturer le rapport de possession inhérent à la rencontre des pulsions instinctives.

      Marc Therrien

    • Hélène Gervais - Abonnée 23 octobre 2016 07 h 28

      Le député avait déjà eu des plaintes auparavant, qui n'ont jamais été plus loin malheureusement. Ce n'était pas sa première fois vous savez.

    • Hélène Boily - Abonnée 23 octobre 2016 10 h 04

      Mme Corneillier, il y a séduction et séduction. La séduction doit se nourrir d'approbation, sinon elle devient harcèlement.

  • Jacques Morissette - Inscrit 22 octobre 2016 13 h 41

    C'est moins de loi que nous aurions besoin, bien qu'il en faut quand même contre ce genre de délit, que d'éducation fondée sur le respect de soi et des autres.

  • Donald Bordeleau - Abonné 22 octobre 2016 14 h 04

    Je ne savais pas dit Monsieur Couillard comme le faisait un certains Gérald Tremblay.

    Stéphane Billette était au courant des multiples frasques de Gerry Sklavounos. C'est pour cela qu'il n'était pas ministrable étant comme une bombe à retardement. D'ailleurs la directrice Josée Lévesque du cabinet du whip avait toute les informations sur le fougueux député.

    Que Monsieur Couillard dit qu'il ne savait rien, en cela il fait de rhétorique à la Gérald Tremblay. Donc aucune enquête n'a été fait par Monsieur Billette. Car tous les employés de l'Assemblée Nationales savaient déjà qui était en cause.

    Cela est inquiétant pour l'avenir du PLQ qui dans plusieurs domaines glissent continuellement sur des pelures de bananes. Il ferait mieux de revoir son code de conduite et son Code d'Éthique.

    http://www.courrierparlementaire.com/article/11848

    Des insultes.

    http://plus.lapresse.ca/screens/0f01adbe-2096-4272

    • Sylvain Bolduc - Abonné 23 octobre 2016 12 h 57

      Et j'aimerais savoir quel était le processus d'embauche de Sklavounos comme bras-droit de Jean-Marc Fournier au poste de Leader parlementaire-adjoint? Une plainte avait même été déposé contre lui au préalable.

      Ceci reste à démontrer publiquement.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 octobre 2016 05 h 49

    … attention tension !

    « Une telle politique est urgente, avec un financement adéquat pour les organismes qui font de la prévention et de la sensibilisation en matière d’agressions sexuelles et qui s’occupent du soutien aux victimes » (Françoise David, députée, QS)

    En effet, et compte tenu de ce qui se passe actuellement, il est comme important qu’une telle politique émerge de la Maison du Peuple !

    Cependant, de cette éventuelle « politique », conviendra-t-il de porter une attention particulière sur des questions, entr’autres, de prudence de Mémoire et d’Histoire, et ce, afin de ne pas reproduire ce qui a été vécu à l’époque de Duplessis-Léger (A) en termes de mentalité-culture de type « anathème », d’exclusion ou de marginalisation et d’abandon de responsabilisation de société !

    Oui, à de telle politique, mais …

    … attention tension ! - 23 oct 2016 -

    A : faisant parti de l'Enfance de Duplessis-Léger, l'auteur relève du Décret 1198-2006.

  • Eric Lessard - Abonné 23 octobre 2016 06 h 47

    Des agressions sexuelles à Harvard

    Le moins que je puisse dire, c'est que je suis plutôt surpris que de telles choses puissent se passer dans l'une des universités les mieux côtés du monde, qui plus est, dans un pays plutôt puritain où un homme accusé d'un tel acte sera jugé comme un pestiféré pour le reste de ses jours.

    Pourquoi des étudiants qui paient plus de 50 000$US par année pour leurs études vont prendre le risque d'être classé dans un registre d'agresseurs sexuels? Les gens qui font ça ont un très gros problème.

    • Hélène Gervais - Abonnée 23 octobre 2016 07 h 31

      que ce soit Harvard ou ailleurs, les agresseurs ne se gênent nullement. Ce n'est pas parce qu'Harvard est une grande université bien cotée et très dispendieuse, que tout est parfait. L'habit ne fait pas le moine comme on dit.