Gerry Sklavounos est forcé de se retirer du caucus libéral

Le député libéral de Laurier-Dorion, Gerry Sklavounos, était jusqu’à jeudi leader parlementaire adjoint de sa formation. M. Sklavounos s’est retiré du caucus à la suite des allégations d’agression sexuelle qui pèsent sur lui.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le député libéral de Laurier-Dorion, Gerry Sklavounos, était jusqu’à jeudi leader parlementaire adjoint de sa formation. M. Sklavounos s’est retiré du caucus à la suite des allégations d’agression sexuelle qui pèsent sur lui.

Alice Paquet s’est dite soulagée, jeudi soir, que sa prise de parole concernant des allégations d’agression sexuelle à l’endroit du leader parlementaire adjoint Gerry Sklavounos l’ait mené le Parti libéral à montrer la porte à son député. Il siège désormais comme indépendant.

« Je pense que c’est une bonne chose. Je condamnais le fait qu’il continue de prendre des décisions », a déclaré Alice Paquet, dans une entrevue avec Le Devoir. La jeune femme, qui célébrait jeudi son 21e anniversaire, était sous le choc. « Je suis bombardée de partout », a-t-elle laissé tomber, en ravalant ses larmes.

Elle a d’abord pris la parole une première fois lors d’un rassemblement sur le campus de l’Université Laval. Puis elle a évoqué plus tard «un député libéral» dans un message Facebook. Ses allégations ont créé une onde de choc sur la colline parlementaire et dans la province.

« J’ai décidé de le faire [de parler] sur un coup de tête, sur un élan d’émotion. [Au rassemblement à l’Université Laval], il y avait toutes ces femmes, toutes ces filles qui se confiaient…, a-t-elle avancé. Je veux qu’on fasse passer le message que ce n’est pas l’agresseur qui doit gagner. En fait, il n’y a pas de gagnant : la survivante, ça finit toujours par lui faire des séquelles. »

Chez la jeune femme, les séquelles de l’agression sexuelle, qu’elle qualifie de violente, ont laissé des marques physiques, mais surtout psychologiques. « Avec mon ex-copain, j’avais un blocage. Aujourd’hui, j’ai de la misère à faire confiance aux hommes », a-t-elle affirmé.

Les libéraux au courant ?

Dans la tourmente depuis le dévoilement des allégations mercredi soir, le premier ministre Philippe Couillard a annoncé, jeudi soir, le retrait de Gerry Sklavounos. « Compte tenu des informations qui ont été publiées dans les médias le mettant en cause dans une plainte pour agression sexuelle, j’annonce que [M. Sklavounos] s’est retiré du caucus et siégera comme député indépendant à compter de ce jour », a-t-il indiqué dans un communiqué.

M. Couillard a dit n’avoir jamais été mis au courant de gestes inappropriés posés par des membres du caucus libéral. « Non, non, non », a-t-il martelé lorsqu’il a été questionné à ce sujet.

Pourtant, le cabinet du whip en chef de l’opposition officielle avait été alerté durant la 40e législature (2012-2014) de gestes qu’aurait posés par M. Sklavounos, envers une attachée politique du gouvernement Marois. « C’était suffisamment sérieux pour que ça arrive à mes oreilles. Elle n’était pas à l’aise pantoute », a raconté un joueur clé à l’Assemblée nationale dans un entretien avec Le Devoir. « On s’est assuré que ça ne se reproduise plus. Le gars s’est calmé. » La jeune femme a quitté l’Assemblée nationale après la défaite électorale du Parti québécois en avril 2014. Elle travaille aujourd’hui dans le secteur privé.

« Sans oui, c’est non »

L’agression dont Alice Paquet aurait été victime serait survenue en 2014, dans une chambre de l’auberge du restaurant Le Louis-Hébert, à Québec. À l’époque, l’étudiante travaillait au restaurant comme hôtesse. Après une soirée arrosée, elle aurait suivi Gerry Sklavounos dans la chambre de l’auberge où il habite. « Je suis allée de plein gré », a-t-elle précisé. Mais une fois à l’étage, certains gestes auraient mis la jeune femme mal à l’aise. Aujourd’hui, Alice Paquet considère que le député a profité de la situation. « Si une fille se sent agressée, c’est qu’elle l’a été », a-t-elle statué.

Pendant sa prise de parole à l’Université Laval, la jeune femme a dit avoir souhaité porter plainte à la police un an après les faits allégués. Mais elle a ajouté que des membres de son entourage l’en avaient découragée. « Ce qu’on me disait, c’est “ comprends-tu dans quoi tu t’embarques ? Ça va briser sa carrière. Es-tu certaine d’avoir dit non ? ” Non je ne suis pas certaine d’avoir dit non, effectivement. Mais sans oui, c’est non », a-t-elle déclaré.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a confirmé que la jeune femme avait déposé une plainte pour agression sexuelle en mars dernier et qu’une enquête était en cours. Selon le SPVQ, qui a effectué de nouvelles vérifications jeudi, les enquêteurs ont encouragé Alice Paquet à porter plainte. Sans succès. « La communication n’a pas été effectuée, a expliqué le porte-parole David Poitras. Pour continuer cette enquête-là et la mener à terme, on demande à la victime sa collaboration pour pouvoir établir les circonstances des événements. »

Le Devoir a tenté d’entrer en communication avec Gerry Sklavounos. Ni lui ni son entourage n’ont donné suite aux demandes d’entrevues. Dans un entretien avec Le Journal de Montréal, il a clamé son innocence. Le père de deux enfants ne fait l’objet d’aucune accusation et bénéficie de la présomption d’innocence.

Vérifications internes

Dès son arrivée à l’Assemblée nationale en matinée, Philippe Couillard s’est défendu de « prend [re] cette déclaration à la légère ». « Écoutez, moi j’ai une fille et une petite-fille, puis quand je vois ça, ça me renverse. Je veux que les femmes du Québec se sentent en sécurité partout », a-t-il dit.

À sa demande, le whip en chef du gouvernement, Stéphane Billette, et un membre de son cabinet, Claude Lemieux, ont effectué durant la journée « des vérifications auprès de chacun des élus » libéraux afin de tirer au clair les allégations d’agression sexuelle. Dans un climat de suspicion, ils ont questionné à tour de rôle les membres du caucus libéral, leur demandant s’ils connaissaient Mme Paquet et s’ils avaient été interrogés par la police à ce sujet. À l’instar de tous les élus, M. Sklavounos s’est prêté à l’exercice, après quoi il est sorti en coup de vent de l’Hôtel du Parlement.

Dans des entretiens avec Le Devoir, d’ex-pages, une stagiaire-boursière de la Fondation Charles-Bonenfant et des membres de cabinets politiques de différentes formations ont dit à micro fermé avoir été l’objet de propos inappropriés sur leur tenue vestimentaire ou leur apparence physique. « Monsieur peut être entreprenant », a affirmé un employé de cabinet ministériel au Devoir.

Deux membres de la garde rapprochée du premier ministre Philippe Couillard ont dit jeudi soir n’avoir eu vent d’aucune information de ce genre à l’endroit de M. Sklavounos.

Aucune des personnes consultées par Le Devoir n’a accusé M. Sklavounos d’agression sexuelle.

« Cover up » ?

Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, a invité la victime alléguée à porter une nouvelle fois plainte au SPVQ. « Il y a l’enquête sur l’agression elle-même qui doit suivre son cours. C’est l’affaire de la police. S’il y a eu une tentative de “ cover up ”, c’est une autre enquête que la police des polices doit mener », a-t-il affirmé dans le hall du parlement.

La porte-parole de Québec solidaire Françoise David a pressé M. Sklavounos de démissionner « étant donné la gravité des allégations qui pèsent contre lui ».

Pour sa part, la vice-première ministre Lise Thériault s’est dite « choquée » d’apprendre qu’un de ses collègues fasse l’objet d’allégations d’agression sexuelle. « Il n’y a personne au-dessus des lois, que ce soit un député ou non », a-t-elle insisté, promettant du même souffle de dévoiler la nouvelle stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexuelles au cours des prochains jours.

Avec Isabelle Porter


Qu'est-ce que la trousse médico-légale?

La trousse médico-légale contient tous les éléments nécessaires pour constituer un dossier en cas d’agression sexuelle. Les résultats peuvent être présentés en preuve si la victime décide de porter plainte. « C’est une boîte avec tout ce qu’il faut faire, dans l’ordre, pour être certain de ne rien oublier », explique la Dre Diane Francoeur, qui, à titre de gynécologue, a souvent utilisé cette trousse avec des victimes. Les vêtements sont mis sous scellés, toutes les blessures sont notées et des prélèvements sont effectués afin d’identifier l’agresseur ou des infections transmissibles sexuellement si les délais depuis l’agression le permettent. On vérifie aussi si la victime a été droguée, et on note son histoire et son état de santé.La victime doit donner son consentement pour chaque geste et peut en refuser. « Ça peut prendre facilement 2 à 3 heures à remplir. Ça prend beaucoup de patience et d’empathie », explique la Dre Francoeur.

La trousse est ensuite conservée dans un congélateur, avec un accès contrôlé, pendant un maximum de 14 jours. Si la victime porte plainte, la trousse est transférée à la police. Sinon, les prélèvements médico-légaux sont détruits, mais toutes les copies des formulaires sont conservées aux archives.
Amélie Daoust-Boisvert

Un précédent à Ottawa

En novembre 2014, les allégations de harcèlement pesant contre les députés Massimo Pacetti et Scott Andrews de la Chambre des communes à l’endroit de deux élues néodémocrates entraînent leur suspension puis leur expulsion temporaire du caucus libéral. Une avocate spécialisée en droit du travail, Cynthia Petersen, est embauchée par le Parti pour mener une enquête indépendante. C’est sur la base de ce rapport que Justin Trudeau expulse définitivement les deux députés devenus indépendants en mars 2015. Dave Noël

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16 commentaires
  • Patrick Boulanger - Inscrit 21 octobre 2016 08 h 21

    «cover up»?

    « S’il y a eu une tentative de “ cover up ”» (M. Lisée)?

    M. Lisée, pourquoi ne pas utiliser le mot français «couvrir» pour vous exprimer?

    • Sylvain Bolduc - Abonné 21 octobre 2016 08 h 53

      C'est vraiment tout ce que vous avez à dire là-dessus??? .......:(

    • Yves Petit - Inscrit 21 octobre 2016 08 h 53

      Patrick, M. Lisée aurait du dire tentative de camouflage qui décrit très bien de quoi il est question.

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 octobre 2016 09 h 28

      Larousse propose : Camouflage ; dissimulation..

      Je dirais.. Une tentative d'étouffer l'affaire.

    • Patrick Boulanger - Inscrit 21 octobre 2016 15 h 09

      @ M. Bolduc

      Non! Mais vous M. Bolduc, qu'avez-vous à dire là-dessus? Je vous trouve ici, sur ce site, bien discret pour quelqu'un qui s'étonne que mon commentaire manque de contenu.

  • Patrick Boulanger - Inscrit 21 octobre 2016 08 h 33

    «sans oui, c’est non»?

    J'ai de la difficulté avec cette idée du « sans oui, c'est non»? Je me demande bien dans quelle proportion les Québécois et les Québécoises ont des relations sexuelles UNIQUEMENT après avoir entendu un OUI VERBAL? Je suis porté à croire que c'est une minorité!

  • Yves Petit - Inscrit 21 octobre 2016 08 h 51

    Attendons la suite

    Couillard va probablement blâmer le PQ...elle voulait se séparer de lui, lui y voulait pas...elle a insisté, il s'est défendu....une histoire à la couillard quoi!

    Sérieusement, laissons les enquêtes se faire. Il y a eu trop de fausses accusations et de vengeances ces dernières années.

  • André Belzile - Abonné 21 octobre 2016 09 h 46

    traduction à cloche-pied

    il eut fallu plutôt dire *camouflage*

  • Jean-Marc Simard - Abonné 21 octobre 2016 10 h 09

    Pourquoi est-elle allé dans sa chambre ?

    Après une soirée arrosée, elle aurait suivi Gerry Sklavounos dans la chambre de l’auberge où il habite. « Je suis allée de plein gré »

    La gent féminine est difficile à comprendre parfois...Pourquoi est-elle monté à sa chambre ? Ne pouvait-elle pas s'apercevoir qu'il y avait anguille sous roche dans l' invitation de Monsieur Sklavounos ? Pensait-elle qu'il l'invitait pour lui faire les yeux doux ? Mais d'accord pour dire que ce Monsieur n'avait pas à la forcer à faire ce qu'elle ne voulait pas en lui sautant dessus...Il devait la respecter même si elle était dans sa chambre...Mais quand même certaines femmes devraient peut-être réfléchir avant d'accepter une quelconque invitation...Bien souvent la fait d'accepter une invitation est interprété par la gent masculine comme le signe d'un oui pour des relations sexuelles...Trop souvent dans ces situations la gent féminine réfléchit avec son ventre et trop souvent la gent masculine réfléchit avec son pénis, l'alcool ou la drogue aidant...Alors arrive ce qui ne devrait jamais arriver, une prédation sexuelle...Réfléchir avant d'agir éviterait bien des agréments par la suite...La naïveté est très mauvaise conseillère...Et certains politiciens se comportent en vrai prédateur, n'écoutant que leurs bas instincts...Que des loups...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 octobre 2016 16 h 21

      on demande à une jeune de 20 ans d'être plus prudente qu'un homme de plus que 40 d'être au moins respectueux...
      P't'être que si ces hommes pensaient «si c'est pas à toi, touches'y pas», il y aurait moins de problème. J'dis ça d'même.

      PL