Gerry Sklavounos, «insistant», «déplacé» et «cruiseur»

À l’occasion de caucus tenus à l’extérieur de la capitale, Gerry Sklavounos aurait parfois masqué sa véritable identité.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne À l’occasion de caucus tenus à l’extérieur de la capitale, Gerry Sklavounos aurait parfois masqué sa véritable identité.

Les allégations d’agression sexuelle concernant le député libéral Gerry Sklavounos n’ont pas secoué les jeunes femmes qui l’ont côtoyé dans sa carrière politique autant que les élus de l’Assemblée nationale. En entrevue au Devoir, d’ex-militants et employés de l’Assemblée nationale ont déclaré jeudi avoir été témoins ou victimes de comportements déplacés de la part de l’élu montréalais.

Deux femmes ont partagé des conversations qu’elles ont eues avec le député alors qu’elles étaient dans la jeune vingtaine. Dans un premier cas, Gerry Sklavounos a invité une jeune femme à partager un verre et à discuter de politique. Elle s’est rendue au restaurant Louis-Hébert, à Québec, où des employés l’ont tout de suite dirigée vers une salle privée où elle s’est retrouvée seule avec l’homme. Ils ont bu beaucoup d’alcool. « Après le souper, on a traversé en haut, dans sa chambre », a poursuivi la jeune femme, qui avait 20 ans au moment des événements, en 2014.

Gerry Sklavounos — qui est marié, ont précisé plusieurs sources — vit dans une chambre du Louis-Hébert, a confirmé le propriétaire de l’auberge et du restaurant, Antoine Xénopoulos.

« On a parlé politique, il a dit quelques phrases malaisantes, a relaté la jeune femme. J’ai compris ce qu’il voulait. […] J’ai senti le malaise de partir. »

Peu de temps après, une amie de cette source — aussi impliquée en politique — a reçu le même genre d’invitation de la part de Gerry Sklavounos. Elle a refusé, puis montré l’invitation à la jeune femme qui s’est rendue au Louis-Hébert. « Quand j’ai vu le texto, a réagi cette dernière, j’ai su que j’avais pris la bonne décision. » Elle atteste qu’il n’y a pas eu d’attouchements ni d’agression sexuelle.

Des pages de l’Assemblée nationale courtisées

D’ex-pages de l’Assemblée nationale ont aussi confié au Devoir avoir été invitées par le député de Laurier-Dorion à « prendre un verre ». L’une d’elles a raconté avoir été victime de « remarques désobligeantes de sa part ». La page est tombée sur des députés « désagréables » lors de son passage au Parlement, mais Gerry Sklavounos était le « pire » d’entre eux, a-t-elle rapporté.

« À un moment donné, je passais dans le corridor, puis […] il m’a dit : “ Damn, she’s hot ”, des choses comme ça », a-t-elle relaté. À un autre moment, le député lui a « mis la main dans le bas du dos », a-t-elle ajouté.

Elle n’a jamais porté plainte. « Ce qui m’a marqué, c’est l’histoire de Marcel Aubut. Toutes les femmes qui l’avaient connu avaient quelque chose à dire sur lui. Je trouvais que ce n’était pas grand-chose [la main dans le dos], mais un par-dessus l’autre, finalement, c’est beaucoup », a-t-elle observé.

À l’occasion de caucus tenus à l’extérieur de la capitale, Gerry Sklavounos aurait parfois masqué sa véritable identité, se décrivant comme un « courtier d’assurances » aux femmes avec qui il discutait après s’être installé à un bar d’hôtel, a raconté une source sûre au Devoir.

Une ex-stagiaire boursière de la Fondation Charles-Bonenfant a aussi qualifié l’attitude de l’élu libéral de « tout le temps borderline » avec les femmes. « C’était un gars de style macho, qui s’essaie. C’est quelqu’un d’insistant », a-t-elle indiqué sous le couvert de l’anonymat.

Les mots « insistant », « déplacé » et « cruiseur » sont revenus souvent dans les conversations. « Ses paroles […], c’était toujours suggestif sans que ce soit invité, a confié un ex-militant du Parti libéral. Quand on avait de nouveaux militants, on leur disait : tu le vois, lui, c’est Gerry Sklavounos. Tu t’en tiens loin. »

28 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 21 octobre 2016 07 h 58

    ET CE N'ÉTAIT PAS CONNU DE SES PAIRS!

    Tout le monde savait, mais le caucus libéral l'ignorait...

    Mon oeil!

    Cela ressemble à un vate complot du silence.

    Le triple « non, non, non » de » de Coullard a les apparences de celui de Saint Pierre, au chant du coq :

    « Connais-tu cet homme? »

    • Sylvain Bolduc - Inscrit 21 octobre 2016 08 h 52

      Si le bureau du PM était au courant, ceci est extrêmement grave.

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 octobre 2016 11 h 52

      "Tout le monde savait, mais le caucus libéral l'ignorait..." -Patrick Daganaud

      Rien d'étonnant là-dedans, M. Daganeau..

      Le gouvernement Couillard ne sait même pas qu'il applique un régime d'austérité dans les sevices publiques et que ça augmente la misère humaine auprès des plus démunis.es.

      D'ailleurs, c'était la même chose au PQ, qui se prennent encore pour des sociaux-démocrates alors qu'ils appliquaient les mêmes politiques d'austérité durant leur dernier mandat.

      Christian Montmarquette

    • David Cormier - Abonné 21 octobre 2016 13 h 42

      J'étais persuadé que Monsieur Montmarquette trouverait un moyen de détourner le sujet pour taper sur le PQ. Vous commencez à sonner comme Philippe Couillard, pour qui la réponse à toute question consiste à dénigrer le PQ, à parler de référendum et de division, etc. Bref, vous radotez et ce que vous dites ici aujourd'hui n'a aucune rapport avec le sujet de l'article.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 octobre 2016 15 h 48

      «Le gouvernement Couillard...» et «D'ailleurs, c'était la même chose...»
      Ça, mesdames et messieurs, ça se nomme «faire flèches de tout bois afin de pousser son agenda». Parce que trouver le lien entre «les aventures du député» et la «pauvreté du monde» face non pas à un mais à deux partis, ça prend un bon couteaux croche et beaucoup de babiche.

      PL

    • Claude Gélinas - Abonné 21 octobre 2016 20 h 37

      Monsieur Montmarquette : Comme la fable : à force de crier au loup en l'instance le PQ, personne ne vous croira ! Par contre, lorsque vos interventions portent sur le sujet votre opinion mérite d'être considérée.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 octobre 2016 10 h 33

      Quel dommage, monsieur Montmarquette, que vous donniez quelquefois l'impression que vous avez une remontoir dans le dos...

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2016 10 h 51

      À Richard Maltais Desjardins - Corrigé

      "Quel dommage, monsieur Montmarquette, que vous donniez quelquefois l'impression que vous avez une remontoir dans le dos..." - Richard Maltais Desjardins

      J'estime qu'il importe de rappeler constamment qu'il n'y a pas de différence entre le PQ, le PLQ et même la CAQ, parce qu'il est LÀ et nulle part ailleurs le problème le plus important au Québec.

      On est pas en démocratie quand les deux ou trois partis politiques les plus importants nous donnent un faux choix quand leur idéologies et leurs politiques annulent ce choix et nous contraignent à voter pour la même chose.

      Et j'estime que je ne radote pas davantage que les péquistes qui nous répète "Vive le Québec libre!" depuis 50 ans.

      Christian Montmarquette

      Référence :

      La pensée totalitaire dans le néolibéralisme – Ignatio Ramonet

      « Aujourd’hui, nous vivons en démocratie, mais nous constatons que là où il y avait un «parti unique», il y a maintenant une «pensée unique». Les tenants de cette «pensée unique» estiment qu’il y a une solution unique. La solution qu’apporte le marché pour la totalité des activités de notre société.»―Ignatio Ramonet / L’Éncerclement.

      Source vidéo : «L’Encerclement 1/11 »

      https://www.youtube.com/watch?v=q130kCHIa28

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/482821/al

      ,

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2016 11 h 08

      À Richard Maltais Desjardins- Corrigé 2

      "Quel dommage, monsieur Montmarquette, que vous donniez quelquefois l'impression que vous avez une remontoir dans le dos..." - Richard Maltais Desjardins

      J'estime qu'il importe de rappeler constamment qu'il n'y a pas de différence entre le PQ, le PLQ et même la CAQ, parce qu'il est LÀ et nulle part ailleurs le problème le plus important au Québec.

      On est pas en démocratie quand les deux ou trois partis politiques les plus importants nous donnent un faux choix quand leur idéologies et leurs politiques annulent ce choix et nous contraignent à voter pour la même chose.

      Et j'estime que je ne radote pas davantage que les péquistes qui nous répète "Vive le Québec libre!" depuis 50 ans.

      Il n'y a pas de liberté quand il n'y a pas de choix politique.

      Christian Montmarquette

      Référence :

      La pensée totalitaire dans le néolibéralisme – Ignatio Ramonet

      « Aujourd’hui, nous vivons en démocratie, mais nous constatons que là où il y avait un «parti unique», il y a maintenant une «pensée unique». Les tenants de cette «pensée unique» estiment qu’il y a une solution unique. La solution qu’apporte le marché pour la totalité des activités de notre société.»―Ignatio Ramonet / L’Éncerclement.

      Source vidéo : «L’Encerclement 1/11 »

      https://www.youtube.com/watch?v=q130kCHIa28

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/482821/al

      .

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2016 13 h 35

      À Pierre Lefebvre,

      "Ça, mesdames et messieurs, ça se nomme «faire flèches de tout bois afin de pousser son agenda» - Pierre Lefebvre

      - Elle est bonne celle-là!

      Pierre Lefevbre qui donne maintenant dans le complotisme!

      Il n'y AUCUN agenda caché de ma part, puisque l'idée est de dénoncé ouvertement et sur la place publique ces deux vieux partis jumeaux du PQ et du PLQ, qui, comme le disait si bien le professeur d'économie Léo-Paul Lauzon, n'ont guère plus qu'une lettre qui les différencie l'un de l'autre!

      Vive le Québec libre! ..de pauvreté..

      Christian Montmarquette



      .

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2016 21 h 02

      Erratum.

      Comme il semble y avoir eu un problème avec le lien sur Ignatio Ramonet donné plus haut.

      Je vous redonne le bon :

      « La pensée totalitaire dans le néolibéralisme » – Ignatio Ramonet

      « Aujourd’hui, nous vivons en démocratie, mais nous constatons que là où il y avait un «parti unique», il y a maintenant une «pensée unique». Les tenants de cette «pensée unique» estiment qu’il y a une solution unique. La solution qu’apporte le marché pour la totalité des activités de notre société.»―Ignatio Ramonet / L’Éncerclement.

      Source vidéo : «L’Encerclement 1/11 »

      https://www.youtube.com/watch?v=q130kCHIa28

      .

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 octobre 2016 22 h 14

      «dénoncer ouvertement et sur la place publique ces deux vieux partis»
      Ça... on l'a compris, abondamment.

      PL

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 23 octobre 2016 11 h 03

      Comme c'était un regret et non un reproche, je ne demande pas mieux que d'être détrompé.

      Bien que je sois d'accord avec le fait que nous vivions sous le règne de la pensée unique, sous des dehors de diversités idéologiques se surface, lesquelles donnent l'illusion que le débat démocratique a toujours lieu, d'une part et que, d'autre part, cela donne aussi à une pensée un peu cohérente des allures d'orthodoxie figée... reste que le lien entre ces événements et les canons de cette pensée unique est un peu tiré par les cheveux, vous ne trouvez pas?

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 octobre 2016 11 h 25

      À Richard Maltais Desjardins

      "Reste que le lien entre ces événements et les canons de cette pensée unique est un peu tiré par les cheveux, vous ne trouvez pas?"- Richard Maltais Desjardins

      - N'était-il pas question d'aveuglement et de déni ici, M. Desjardins?

      Or, le déni du PQ de se reconnaitre comme libéral et même néolibéral est un déni majeur et fondamental il me semble.

      Au plaisir, M. Desjardins.

      Christian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 octobre 2016 13 h 32

      ÀPierre Lefebvre,

      "«dénoncer ouvertement et sur la place publique ces deux vieux partis»
      Ça... on l'a compris, abondamment." - Pierre Lefebvre

      Il semble que je ne l'aie pas encore suffisamment répété. Puisque nombre de péquistes dénoncent régulièrement le Parti libéral, alors que le PQ fait exactement la même chose.

      Christian Montmarquette

  • Yann Ménard - Inscrit 21 octobre 2016 09 h 15

    On dit que ses inconduites sexuelles sont la raison pour laquelle il n'a jamais été pressenti comme ministre. Pendant ce temps, P. Couillard dit n'être au courant de rien ?

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 21 octobre 2016 10 h 30

    Une situation ressemblant à celle vécue dans les plus hautes sphères du monde olympique canadien?

    Avec ces commentaires, nous comprenons beaucoup mieux les empressements gouvernemental et partisan à se débarrasser de ce député: éteindre une incendie prévisible en raison de délabrement des lieux. Je ne comprends pas que l'Assemblée nationale du Québec n'exige pas encore qu'un corps policier l'avise de toute plainte sexuelle officieuse ou officielle formulée contre l'un de ses membres ou employés, ne serait-ce que pour mieux faire enquête, aider et protéger la victime et bien discipliner. Je ne comprends pas davantage qu'elle ne se soit pas encore donné un canal officiel efficace pour traiter d'informations connues de presque tout le monde. Tous partis confondus, que feront désormais nos députés réunis en assemblée?

    • David Cormier - Abonné 21 octobre 2016 13 h 45

      Impossible que la jeune fille ait porté plainte à la police contre M. Sklavounos et que personne dans les hautes sphères de son parti n'en ai été informé. Peu importe les pitrerie que Couillard pourra mettre de l'avant à l'Assemblée nationale, je ne le crois pas une minute lorsqu'il dit qu'il n'était pas au courant.

  • David Cormier - Abonné 21 octobre 2016 10 h 32

    Couillard nous prend encore pour des valises

    Des pages de l'Assemblée nationale savaient que ce député avait des comportements très déplacés. Des membres du parti libéral le savaient. Des membres de l'opposition le savaient eux aussi. La police avait été mise au courant des allégations de la jeune fille, même si l'enquête semble ne pas avoir pu avancer faute de réponses de sa part (et je peux comprendre qu'elle ne se sentais pas prête). Et là, le chef du QLP, cet homme à la "grande envergure intellectuelle" rappelons-le, vient nous dire qu'il n'était au courant de rien? Sérieusement, on nous prend pour des valises encore une fois. Et un 30 % de valises sera encore suffisant à garder cette bande de cabochons au pouvoir.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 21 octobre 2016 14 h 51

      Croyez-vous qu'un jour les valises seront pleines a craquer et que les cabochons avec leurs baluchons disparaitrons au loin,tres loin,pour longtemps,tres longtemps mais nous paierons beaucoup pour reconstruire sur le délabrement des lieux,le plus tot sera le mieux.

  • Nicole Delisle - Abonné 21 octobre 2016 11 h 12

    Il doit se retirer jusqu'à ce que la justice le libère!

    M. Sklavounos ne mérite plus un poste au Parlement. S'il voulait vraiment défendre sa crédibilité (car il se prétend innocent) il devrait se retirer complètement et même ne pas siéger comme indépendant. Ces accusations graves ne peuvent que nuire au processus, s'il s'obstine à continuer à travailler comme député. Qui peut lui faire confiance à l'heure actuelle? Tant que les doutes subsisteront et que les démarches judiciaires et en Cour ne le libéreront pas de cet acte criminel, il ne peut plus accomplir sa tâche de façon acceptable. Sans compter l'impact sur sa famille! Pour le bien de la démocratie, démissionnez monsieur, plutôt qu'augmenter encore plus le
    cynisme de la population. Ne pas le faire vous incrimine encore plus et vous fait paraître insensible et au-dessus de tout cela! Vous ajouteriez ainsi le mépris à l'injure et démontreriez un très grand manque de respect envers vos électeurs d'abord mais aussi envers toute la population et la classe politique.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 octobre 2016 10 h 47

      Je suis plutôt d'accord, sauf avec la conclusion qu'il devrait carrément démissionner, puisque s'il était innocenté, il aurait subi par là un préjudice injustifié.