La baisse de la péréquation n'entraînerait pas le Québec vers un déficit

Québec — Même si Yves Séguin doit composer avec une baisse de 1,1 milliard de dollars de la péréquation par rapport à son budget de juin, le ministère des Finances prévoit qu'il n'y aura pas de déficit pour l'année en cours.

L'image que se font maintenant les hauts fonctionnaires du ministère des Finances semble sensiblement différente de celle que se forme M. Séguin. Vendredi dernier, le ministre des Finances a affirmé qu'il n'écartait plus que son gouvernement se résigne à déclarer un déficit à la fin de l'année. Mais au ministère, un haut fonctionnaire est formel: il n'y aura pas de déficit, comme le veut d'ailleurs le premier ministre Jean Charest. À Vancouver pour l'ouverture de la conférence des premiers ministres provinciaux lundi, M. Charest, contredisant M. Séguin, s'est dit optimiste. «Je m'attends à ce que nous puissions présenter un budget équilibré» pour l'année qui s'achève, a-t-il dit, selon le Journal de Montréal.

Lundi, Ottawa a annoncé que ses nouveaux calculs de février pour la péréquation montraient une baisse de 1,4 milliard des versements pour les trois ans allant de 2001-2002 à 2003-2004, par rapport aux prévisions d'octobre. Le ministère des Finances du Québec fait ses propres calculs de ce que va rapporter la péréquation dans les coffres de l'État québécois. Déjà, la synthèse des opérations financières du gouvernement du Québec, au 30 septembre, fait état d'une chute de 700 millions de la péréquation, par rapport au budget Séguin. Le ministère ajoute maintenant un montant de 348 millions à cette saignée, pour un total de 1,1 milliard.

On souligne au ministère que le gouvernement fédéral est disposé à étaler sur quelques années la baisse de la péréquation, ce qui permettrait au gouvernement du Québec d'atteindre le déficit zéro.

La péréquation est une partie de plus en plus réduite des revenus de Québec. En 2002-2003, au terme du dernier budget signé par le gouvernement du Parti québécois, elle s'élevait à 5,3 milliards; cette année, elle n'atteindra que trois milliards, une baisse de 43,7 %.

L'an prochain, les revenus de péréquation continueront de diminuer — de quelque 100 millions, selon les prévisions du gouvernement fédéral, une somme relativement minime. Mais les finances publiques québécoises seront aux prises avec une chute des transferts pour la santé de près de un milliard, soit le montant des baisses d'impôt que M. Séguin, il y a à peine 15 jours lors du conseil général du PLQ, a promises pour l'an prochain.

L'actuel système de péréquation prendra fin le 31 mars prochain, et Ottawa a soumis une nouvelle proposition vendredi dernier, lors d'une conférence des ministres des Finances.

La proposition fédérale a cependant été reçue froidement par les provinces, puisqu'elle n'améliorerait en rien la situation financière de ces dernières, a indiqué un haut fonctionnaire québécois.

À Ottawa, le ministre fédéral des Finances, Ralph Goodale, s'est dit prêt à faire preuve de «flexibilité» à l'endroit des provinces sur la question de la péréquation. «Je ne voudrais pas créer des attentes, comme j'ai dit hier [lundi]», a cependant dit le ministre.

Il a indiqué que l'excédent budgétaire fédéral ne devrait pas atteindre les huit à onze milliards en 2003-2004, comme certains l'affirment. «C'est tout à fait irréaliste», a dit M. Goodale.

«Mais, comme j'ai dit aux ministres des Finances vendredi, s'il y a des moyens de trouver plus de flexibilité [...], je tenterai évidemment d'être le plus utile possible.»

Avec la Presse canadienne