La neutralité religieuse de l’État est un écran de fumée, avertit un groupe féministe

La neutralité religieuse de l’État québécois ne s’affichera pas par l’apparence de la personne, a réaffirmé mardi en point de presse la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La neutralité religieuse de l’État québécois ne s’affichera pas par l’apparence de la personne, a réaffirmé mardi en point de presse la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.

Le groupe féministe Pour les droits des femmes du Québec (PDF-Q) met en garde les élus de l’Assemblée nationale contre les effets « pernicieux » de la reconnaissance des « accommodements religieux » au moyen du projet de loi 62.

« Légiférer et ouvrir à l’accommodement, c’est pire que de ne rien dire du tout », a fait valoir l’une des porte-parole du groupe PDF Québec, Nadia el-Mabrouk, après son passage en commission parlementaire mardi après-midi. La professeure à l’Université de Montréal s’expliquait mal la volonté du gouvernement libéral de consacrer la neutralité religieuse de l’État dans la législation québécoise tout en accordant des « privilèges […] pour des raisons religieuses ». « C’est contradictoire », a-t-elle dit lors de la première journée de consultation publique sur le projet de loi 62.

PDF Québec anticipe un bond des demandes d’accommodements religieux au lendemain d’une éventuelle adoption du projet de loi. « C’est la porte ouverte ! Bingo ! », a lancé la vice-présidente du groupe non partisan né en 2013, Diane Guilbault. « Il y a des forces intégristes, fondamentalistes au Québec, comme partout dans le monde, actuellement. Là, ils ont l’outil pour faire toutes sortes de demandes », a-t-elle soutenu.

Mme Guilbault redoute aussi de voir de plus en plus d’employeurs craignant de devoir consentir à des accommodements religieux effectuer à tort du « profilage ethno-religieux ». « C’est une minorité [de musulmans] qui demande ça [des accommodements religieux], mais ça déteint sur l’ensemble des autres personnes qui souvent ne sont même pas pratiquantes », a poursuivi la sociologue, pressant le gouvernement libéral d’abandonner son projet de loi.

« Valeurs libérales »

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a répété mardi que l’obligation de donner ou de recevoir des services de l’État à visage découvert prévue dans la première partie du projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État ne vise pas à renforcer… la neutralité religieuse de l’État. « Les services publics doivent être donnés et reçus à visage découvert pour des motifs basés sur la sécurité, l’identification et le niveau de communication », a-t-elle souligné en point de presse.

Se refusant de rédiger une « charte sur le linge », Mme Vallée s’est abstenue de donner suite à la recommandation du rapport de la Commission Bouchard-Taylor (2008) d’interdire aux employés de l’État en position d’autorité, c’est-à-dire les policiers, les procureurs, les juges et les gardiens de prison, d’arborer un signe religieux. « On a reçu 37 recommandations [des commissaires Bouchard et Taylor]. 80 % de ces recommandations ont été mises en oeuvre », a-t-elle spécifié.

Pour la caquiste Nathalie Roy, le projet de loi 62 n’est ni plus ni moins qu’« une coquille vide ». En obligeant toute personne à donner ou à recevoir des services de l’État à visage découvert, le gouvernement libéral, « par omission, veut légitimer le port du tchador », mais pas la burqa et le niqab, a-t-elle lancé mardi.

La ministre Stéphanie Vallée s’est dite fière de défendre un projet de loi traduisant les « valeurs libérales ». « Ce n’est pas un projet de loi péquiste. »


Les priorités de Bouchard-Taylor

Quelques-unes des recommandations « absolument prioritaires » des commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor laissées lettre morte au fil des huit dernières années :

Interdiction du port de signes religieux aux magistrats, procureurs de la Couronne, policiers, gardiens de prison, ainsi qu’aux président et vice-présidents de l’Assemblée nationale.

Octroi de « beaucoup plus de moyens » aux organismes d’information et de protection des citoyens, comme la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et le Conseil des relations interculturelles.

Production d’un livre blanc sur la laïcité.

Enchâssement d’une interdiction à l’incitation publique à la discrimination dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Parmi les autres recommandations ignorées figurent celles de retirer le crucifix au-dessus du siège du président de l’Assemblée nationale et de le replacer dans l’Hôtel du Parlement, ainsi que de rebaptiser le ministère responsable de l’immigration : le ministère de l’Immigration et des Relations interculturelles.
14 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 19 octobre 2016 04 h 40

    Qui de nous en veut…?

    Les « valeurs libérales » ?
    Tous aux abris ! Va y avoir un bombardement...
    Qui de nous en veut de ces dites « valeurs libérales » ?
    Collusion financière, encouragement à ne respecter ni l'esprit ni même la lettre de la volonté des Québécois à partager le français comme langue commune, assassinat culturel constant du patrimoine et des traces historiques du fait français au Québec, etc.
    Moi en tout cas, je ne veux rien de ces supposées "valeurs".

  • Denis Paquette - Abonné 19 octobre 2016 04 h 41

    Al'encontre des approches modernes et normalement admis

    il est évident que la liberté religieuse ne peut etre un absolu que ce soit pour des motifs historiques , dogmatiques, que nous ne pouvons tolérer l'excision, la castration ou le refus de services, que la liberté ne peut aller a l'encontre des approches modernes et normalement admises

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 19 octobre 2016 06 h 09

    Le sait-elle ?

    « Ce n’est pas un projet de loi péquiste. » (Stéphanie Vallée, ministre, Justice)

    De cette citation, cette douceur :

    Bien que ce projet de loi cherche à savourer des valeurs dites « libérales », la titulaire du ministère de la Justice est-elle en-train d’insinuer que ledit projet de loi aurait pu être d’inspiration « péquiste » ?

    Le sait-elle ? - 19 oct 2016 -

  • Raynald Rouette - Abonné 19 octobre 2016 06 h 23

    «Valeurs libérales et valeurs fédérales»

    Depuis les élections des gouvernements Charest en 2003 et Couillard en 2014.

    Ceux-ci, n'ont cessé de trahir la pensée de leurs prédécesseurs progressistes:

    Jean Lesage «Maître chez-nous»

    Robert Bourassa «Le Québec est une Société Distinct»

    Il est permis d'affirmer, que depuis 2003, le libéraux ont placé le Québec selon la volonté d'Ottawa sur le chemin de la régression économique et sociale.

  • Jacques Lamarche - Inscrit 19 octobre 2016 07 h 05

    Un projet libéral libre de toute tare péquiste!!!

    Inutile d'entrer dans les détails, dans le labyrinthe des dispositions de la future loi! Le projet est tout, sauf péquiste! Il doit être bon!

    Il épouse affectueusement les valeurs libérales! Pour sortir du flou qu'évoque une telle déclaration d'amour , Mme Vallée devrait expliquer, expliciter, préciser! Les valeurs libérales!!!!! Toutes les définitions deviennent possibles, toutes les dérives aussi!