Les chauffeurs de taxi se font entendre

Quelque 2500 chauffeurs de taxi auraient bloqué la circulation dans le quartier Saint-Michel à Montréal, puis à Laval, avant de se diriger vers le centre-ville par des itinéraires différents.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quelque 2500 chauffeurs de taxi auraient bloqué la circulation dans le quartier Saint-Michel à Montréal, puis à Laval, avant de se diriger vers le centre-ville par des itinéraires différents.

Des centaines de chauffeurs de taxi ont fait la grève et ralenti la circulation dans les rues de Montréal et d’autres villes du Québec, mercredi, pour crier leur colère contre l’ouverture du gouvernement Couillard au service de transport Uber.

Les voitures de taxi ont défilé lentement et en klaxonnant dans des rues et des autoroutes de Montréal, entre la fin de l’avant-midi et la fin de l’après-midi. Le front commun du taxi, qui représente 22 000 travailleurs, souhaitait paralyser le carré Dorchester, au centre-ville, mais la police de Montréal a remis des contraventions aux conducteurs qui stationnaient leur voiture en double file.

J’ai toujours voté libéral, mais pour moi, c’est fini: j’ai pris ma carte de membre du Parti québécois

 

Pour éviter des avis d’infraction, les manifestants ont continué de circuler à basse vitesse au centre-ville, ce qui a ralenti la circulation sans toutefois la paralyser. Quelque 2500 chauffeurs de taxi, selon les organisateurs, ont d’abord bloqué la circulation dans le quartier Saint-Michel à Montréal, puis à Laval, avant de se diriger vers le centre-ville par des itinéraires différents.

« Les objectifs du front commun sont atteints. On a voulu envoyer un message clair au gouvernement : on est capable de mobiliser les gens », a réagi Benoît Jugand, un des porte-parole du front commun.

L’industrie du taxi a dénoncé une fois de plus ce qu’elle appelle une « injustice scandaleuse » : le gouvernement a créé deux régimes de permis, mais il n’offre aucune compensation aux propriétaires de taxi qui ont payé jusqu’à 200 000 $ pour un permis.



« À quatre pattes devant Uber »

Mardi soir, Benoît Jugand et Guy Chevrette, du front commun du taxi, ont rencontré le ministre des Transports, Laurent Lessard. Ils ont notamment proposé que Québec rachète les permis de taxi à la valeur de 2014, pour indemniser des chauffeurs qui doivent désormais livrer concurrence à Uber.

Les chauffeurs de taxi dénoncent un projet-pilote d’un an qui accordera à Uber l’équivalent de 300 permis de taxi. À compter du 14 octobre, la multinationale devra payer des taxes et des impôts, percevoir la TPS et la TVQ et verser des redevances modulées en fonction du nombre d’heures de service offertes. Comme dans l’industrie du taxi, le compteur d’Uber partira à 3,45 $ au début de chaque course.

« Le gouvernement est à quatre pattes devant cette compagnie-là, dit Benoît Jugand. Une fois qu’Uber aura mis le marché à terre, il va dire au gouvernement : on est les seuls à pouvoir offrir le service. »

Le ministre Laurent Lessard a indiqué mercredi qu’il « analyserait » la proposition reçue, la veille, du front commun du taxi. « J’ai bien entendu aussi qu’ils offraient leur collaboration sur la modernisation de l’industrie du taxi, puisqu’il y a 10 ou 11 projets-pilotes en cours actuellement. C’est leur droit très légitime [de manifester]. On a reçu un mandat qui n’était pas le même. Moi, j’ai un mandat de conclure une entente à l’intérieur d’un cadre temporel, et eux, ils ont reçu un mandat de la contester », a réagi M. Lessard. Il a rappelé que l’industrie du taxi conteste devant les tribunaux l’ouverture faite à Uber par le gouvernement.

Tous contre Couillard

Les chauffeurs rencontrés mercredi en avaient gros sur le coeur contre le gouvernement Couillard. Selon le front commun, 92 % des chauffeurs de Montréal sont issus des communautés culturelles, notamment haïtienne, libanaise et maghrébine. « J’ai toujours voté libéral, mais pour moi, c’est fini : j’ai pris ma carte de membre du Parti québécois et j’ai voté pour Martine Ouellet [dans la course à la chefferie] », dit Guerol Philistin, un chauffeur arrivé d’Haïti en 1988.

Ce père de cinq enfants dit avoir payé son permis de taxi 160 000 $ en 2003. Il estime que son permis a perdu énormément de valeur et en perdra encore au fur et à mesure qu’Uber s’implantera dans le marché.

Le chauffeur de 51 ans affirme que ses revenus ont chuté dramatiquement depuis l’arrivée d’Uber et Uber X. Il nous montre son compteur : revenus totaux de 248,30 $ entre dimanche matin et mardi soir. Les touristes ne prennent presque plus le taxi, déplore Guerol Philistin. Ils débarquent en ville, ouvrent leur téléphone et commandent une voiture d’Uber à l’aide de l’application qui fonctionne à Montréal comme à Boston.

Guerol Philistin devra obligatoirement remplacer en décembre 2017 sa vieille Toyota Camry qui affiche 484 481 kilomètres au compteur. La voiture aura fait son temps après huit ans, selon les règles du Bureau du taxi. Il devra s’endetter une fois de plus pour gagner des revenus de plus en plus maigres. Mais il continuera. « J’ai presque 52 ans, qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Je vais continuer dans le taxi et je ne travaillerai jamais pour Uber, même si mes revenus descendent à zéro. Je ne peux pas aider Uber à détruire l’industrie du taxi. »

1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 7 octobre 2016 06 h 59

    À quatre pattes devant Uber

    Ce gouvernement, comme bien d'autres, est à genoux devant cette multinationale malfaisante, fondée sur l'individualisme et l'égocentrisme.

    Les contrats sociaux sont déchirés.

    Les lois sont bafouées.

    Ce doit être ce que l'on nomme l’économie de partage...