Les défis du PQ

Les candidats à la chefferie du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, Alexandre Cloutier, Martine Ouellet et Jean-François Lisée, lors du débat du 25 septembre dernier à Montréal
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les candidats à la chefferie du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, Alexandre Cloutier, Martine Ouellet et Jean-François Lisée, lors du débat du 25 septembre dernier à Montréal
Le Devoir réunit lundi les aspirants chefs du Parti québécois pour un débat sur la culture et l’identité. Portrait des enjeux auxquels le prochain chef n’échappera pas. Le débat, animé par le directeur Brian Myles et le chroniqueur Michel David, aura lieu au Musée de la civilisation de Québec le 3 octobre dès 19 h. Il s’articulera autour des thèmes de l’éducation et de la culture. Le public est invité à suivre les échanges sur place ou par webdiffusion sur LeDevoir.com.

1. Francisation

S’il y a une leçon que le Québec semble avoir tirée des derniers mois, c’est celle voulant que la francisation des immigrants ne se fait pas toute seule. En janvier, Le Devoir révélait que 60 % des immigrants adultes qui ne connaissaient pas le français à leur arrivée au pays boudaient les cours que leur offrait l’État. Délais pour l’inscription aux cours de francisation, coupes dans les sommes allouées à la francisation dans les écoles, budget presque immobile malgré une hausse de l’immigration dans la province : les ratés de l’intégration linguistique des nouveaux arrivants ont souvent fait les manchettes. Si bien que la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a reconnu en juillet que son gouvernement avait été « passif » dans le dossier et annoncé un investissement de 250 000 $ pour promouvoir les cours de francisation pendant l’été. En août, les seuils d’immigration ont été fixés par le gouvernement à 51 000 immigrants par année pour les deux prochaines années. Pour eux comme pour leurs nouveaux concitoyens, l’apprentissage de la langue pourrait être déterminant. Entre 2004 et 2013, le quart des immigrants admis au Québec ont quitté la province. Du nombre, la moitié ne parlait pas français.

2. Décrochage scolaire

 

Entre les négociations de la nouvelle convention collective des enseignants, début 2015, et les mesures de « rigueur budgétaire » du gouvernement Couillard — et sans parler des changements successifs au poste de ministre de l’Éducation —, voilà une lutte qui a subi les contrecoups de l’actualité agitée des derniers mois. Si Québec maintient son objectif pour un taux de diplomation de 80 % chez les moins de 20 ans d’ici 2020, il n’en demeure pas moins que les divers organismes impliqués dans la réussite et la persévérance scolaires ne cessent de sonner l’alarme. Québec a pris la décision, notamment, de mettre fin au programme Réunir Réussir, un projet cofinancé par le gouvernement et la Fondation Chagnon et qui a injecté 50 millions en cinq ans dans différentes régions. Pour contrer le décrochage, la Commission scolaire de Montréal envisage désormais le retour des écoles intermédiaires, tandis que la Coalition avenir Québec propose de rendre l’école obligatoire jusqu’à 18 ans. Le grand chantier du projet de loi 86, qui visait à réformer la gouvernance scolaire et qui a été critiqué pour son manque de vision en ce qui a trait à la lutte contre le décrochage, a par ailleurs été abandonné en mai. Cet automne, le gouvernement Couillard lance une vaste consultation publique sur l’éducation en vue de développer une politique de la réussite éducative.

3. Universités

 

La rentrée 2016 s’est déroulée dans le calme, malgré des droits de scolarité qui continuent d’augmenter. Début septembre, Statistique Canada a révélé que la hausse des droits atteignait 1,9 % en moyenne au Québec par rapport à l’an dernier. La province demeure néanmoins celle où les étudiants paient le moins cher pour étudier (2328 $ par an), après Terre-Neuve-et-Labrador. Dans les structures, de grands changements sont attendus depuis l’annonce, par la ministre Hélène David, de la création d’un Conseil des universités et d’un Conseil des collèges. Le Sommet sur l’enseignement supérieur, qu’organise la Fédération nationale des enseignants pour le printemps 2017, devrait aussi relancer les questions laissées en plan par le dernier sommet, tenu par le gouvernement Marois en 2013. Accessibilité, fonctionnement des universités et adéquation entre la formation universitaire et le marché de l’emploi devraient être au menu. En attendant, la lutte de la rentrée s’articule autour des demandes de la Fédération étudiante collégiale du Québec et l’Union étudiante du Québec, qui ont à l’oeil les 80 millions de dollars que doit recevoir Québec de la part du fédéral. Le montant, qui provient de l’abolition des crédits d’impôt pour manuels et pour études du gouvernement de Justin Trudeau, doit absolument servir aux étudiants — et non pas aux directions d’établissement —, martèlent déjà les associations étudiantes.

4. Laïcité

 

La question de la laïcité s’est invitée dans la politique québécoise en août, quand des maires de communes françaises ont interdit le port du burkini sur leurs plages. La Coalition avenir Québec a laissé entendre que ce maillot de bain serait inclus dans un éventuel « test des valeurs », ce qui lui a valu des comparaisons avec le candidat républicain Donald Trump de la part des élus libéraux et solidaires. Le thème de la laïcité a enflammé les débats entre les candidats à la chefferie du Parti québécois, et il s’invitera incessamment entre les murs de l’Assemblée nationale. L’étude du projet de loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État, inscrit au feuilleton depuis 15 mois, doit s’amorcer cet automne. Au menu : une loi qui obligerait les employés du secteur public à exercer leurs fonctions à visage découvert, tout comme les personnes qui font appel à leurs services. Sur fond d’inquiétudes liées à la radicalisation de jeunes Québécois, avec en tête le souvenir récent de la charte des valeurs péquiste, sans oublier l’ouverture du Québec à quelque 6300 réfugiés syriens depuis la fin de 2015, l’exercice s’annonce délicat.

5. Enseignants

 

Les chaînes humaines du mouvement « Je protège mon école publique » ont repris du service à la rentrée. Parents et enseignants le martèlent : malgré quelques réinvestissements en éducation, les ressources — humaines, matérielles et financières — manquent cruellement. Du côté du gouvernement, le ministre Sébastien Proulx est revenu à la charge, cet automne, avec l’idée d’imposer la formation continue et de créer un ordre professionnel pour les enseignants. Les principaux intéressés ont jusqu’ici refusé cette dernière option, plaidant qu’elle ne changerait rien à la valorisation de leur profession. Les enseignants québécois — qui reçoivent par ailleurs le pire salaire au pays en début de carrière et l’un des pires en fin de carrière — tentent d’attirer l’attention sur leurs conditions de travail, eux qui accueillent désormais 84 % des enfants handicapés, en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage dans leurs classes « ordinaires ». Et ces petits font les frais des compressions, dénonce le personnel, qui s’inquiète des abolitions de poste de technicien en éducation spécialisée ou d’orthophoniste, par exemple.

6. Politique culturelle et avènement du numérique

 

Sur la scène musicale, le nerf de la guerre s’appelle streaming, ou écoute en continu. Les Canadiens (et les Québécois, et le reste des habitants de la planète) ont délaissé les disques matériels, puis les albums et pistes numériques. Le roi, c’est le streaming, mais il ne rapporte presque rien aux artistes. L’exemple de la pièce À Paradis City, de Jean Leloup, a marqué les esprits : les 540 000 écoutes Spotify de la chanson ont rapporté un peu moins de 30 $ à l’artiste pour ses droits d’interprète. Jeudi, l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo, l’ADISQ, a demandé une aide spéciale de 15 millions de dollars à l’État québécois afin d’augmenter la visibilité des artistes d’ici et de favoriser la diffusion de leurs oeuvres. Le Québec se donnera par ailleurs une nouvelle politique culturelle en 2017, juste à temps pour éviter de fêter le 25e anniversaire de celle dont il s’était doté en 1992. Pendant les consultations pour le renouvellement de cette politique, l’importance de meilleures stratégies de diffusion, de la prise en compte du numérique, de l’inclusion des communautés ethnoculturelles et de la sensibilisation aux conditions de travail des créateurs a, entre autres, été soulignée.

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