Fonder un parti depuis le sous-sol

Deux militants du NPD-Q étudiaient la carte de la circonscription Acadie lors d’une discussion sur la manière de recruter des membres.
Photo: Guillaume Bourgault-Côté Deux militants du NPD-Q étudiaient la carte de la circonscription Acadie lors d’une discussion sur la manière de recruter des membres.

C’est pratiquement officiel, un NPD-Québec verra le jour en 2017. Dimanche, une trentaine de militants de Montréal se sont fait confirmer la nouvelle… et ont reçu quelques conseils d’organisation pour faire avancer le dossier. Le Devoir y était : récit depuis un sous-sol d’église.

Le lieu avait été choisi par les organisateurs pour différentes raisons économiques et géographiques. Mais le local d’église qui héberge le Conseil communautaire Notre-Dame-de-Grâce et qui accueillait dimanche des militants du NPD-Q illustrait néanmoins parfaitement la tâche qui les attend : fonder un parti à partir de rien — et depuis le sous-sol.

« En fait, aujourd’hui, on est dans le sous-sous-sol du futur parti », précisait Patrick Bolland, traducteur de son métier et militant d’un parti qui prend peu à peu forme. Devant lui, une douzaine de tables bancales et une trentaine de personnes, la cinquantaine avancée en moyenne d’âge (et deux fois plus d’hommes que de femmes). Tous réunis un dimanche après-midi de soleil d’automne pour discuter de politique pendant trois heures. Les pionniers du NPD-Q (Nouveau Parti démocratique du Québec), en somme.

Le décor rappelle que l’on parle de débuts. Les tables ont dû connaître mille réunions. Même chose pour les chaises en métal. Sur les murs mi-blancs mi-saumon, des fleurs ont été peintes à main levée. Dans un coin, un vieux piano repose en silence, la moitié de ses touches arrachées. À l’autre bout, les organisateurs ont monté un coin rafraîchissement. Deux grosses cafetières de buffet fonctionnent bruyamment à côté de gobelets en styromousse et d’une série de boîtes de biscuits au chocolat. Des néons suspendus livrent un éclairage sans âme.

Mais comme bien d’autres choses à ce stade embryonnaire du NPD-Q, l’emballage importe peu. Tout est à faire, et tout se fait à la mitaine.

Les associations de circonscriptions (qui n’existent pas encore réellement) écrivent leur nom au crayon-feutre sur des cartons de couleur pliés en deux et posés sur les tables. Deux personnes — le chef du parti, Pierre Ducasse, et le représentant officiel, Jean-François Paradis — sont autorisées à amasser des dons. Le comité exécutif de la formation compte quatre membres, et les statuts et règlements qui ont été adoptés l’ont été pour répondre aux exigences minimales du Directeur général des élections du Québec (DGEQ). La « base de données » qui recense les quelque 300 membres du parti est… un fichier Excel, bien loin des logiciels performants qu’utilisent aujourd’hui les grands partis.

« Ce sont des débuts, et bien des choses sont imparfaites, a indiqué M. Ducasse. Mais il faut bien commencer quelque part. »

Impulsion

La réunion de dimanche visait donc à donner une impulsion à ce projet qui mijote depuis les lendemains de la vague orange, en 2011 — le Québec étant la seule province canadienne qui ne compte pas de section régionale du NPD.

« La question est de moins en moins si”, et de plus en plus “comment” [mettre sur pied le parti] », a lancé d’entrée de jeu Pierre Ducasse, un ancien conseiller proche de Jack Layton et un joueur important du NPD fédéral au Québec depuis une quinzaine d’années. « On passe à la deuxième vitesse. »

Et cette deuxième vitesse, c’est celle de l’organisation. Plusieurs éléments ont été discutés dimanche : comment créer une association de circonscription ? Vaudrait-il mieux travailler avec une base régionale (les militants de la région de Québec ont opté pour cette solution samedi) ? Comment s’organiser pour recruter des membres ? Quelle sera l’indépendance du NPDQ d’avec le NPD fédéral (complète, a dit Pierre Ducasse) ? Le parti national pourrait-il partager la liste de ses membres (« Le Bloc et le Parti québécois le font big time», a répondu M. Paradis) ? Faut-il traduire tous les documents destinés aux militants ? Qui peut amasser des dons ?

Dans un style qui écorcherait quelques oreilles dans un rassemblement politique plus officiel, Jean-François Paradis a présenté aux militants le B.A.-BA du financement politique fédéral. « À peu près tout le monde ici connaît les règles du fédéral, mais pas celles du provincial, disait-il au Devoir avant la réunion. C’est un peu comme jouer au rugby quand tu connais le football. Ça se ressemble, mais ce n’est pas du tout pareil non plus. »

M. Paradis a ainsi passé près d’une demi-heure à expliquer que tout don doit être enregistré et recueilli par une personne accréditée. Et il aurait pu continuer. Car à peine était-il descendu de scène que le responsable ayant organisé l’activité prenait sa place avec un panier d’osier à la main (du type de ceux qui servent à faire la quête lors d’une messe), en annonçant qu’il recueillerait les dons en argent pour payer les jus, le café et la salle. Pierre Ducasse et Jean-François Paradis ont alors bondi de leur siège : voilà précisément le genre de sollicitation que la loi interdit. « Pas d’argent comptant sans fiche de contribution, même si c’est deux dollars », a répété M. Paradis.

À ceux qui posaient des questions sur les légendaires soupers spaghettis de financement, Pierre Ducasse avait quant à lui une recommandation bien simple. « Oubliez ça ». Trop compliqué à gérer et peu payant au bout du compte. « Invitez des gens à discuter dans un bar, laissez-les payer leur consommation et, s’ils veulent faire un don par la suite, vous remplissez la fiche. »

« L’idée, c’est de partir du bon pied et de mettre les assises à la bonne place, dit M. Paradis. On veut que toute rentrée d’argent soit conforme aux règles, même si l’organisation est toute petite. »

Bon moment

Si plusieurs questions sont demeurées en suspens au terme des discussions, celle concernant la pertinence de créer un NPD-Q n’a même pas été soulevée. Pour une raison bien simple : elle fait consensus auprès de ces militants. « Le timing est excellent pour nous, s’est exclamé l’un d’eux. Les libéraux ne sont pas aimés. Les sondages sont bons pour eux seulement parce que les gens ont peur des séparatistes. Nous arrivons au bon moment. »

« Le provincial aidera le fédéral, et vice versa, disait pour sa part Joseph Ngambi, avocat et président de l’association de Dorval-Lachine. Ça va aider à l’ancrage local du NPD. »

Selon l’ancien député de Beauport-Limoilou Raymond Côté, « il y a un grand intérêt pour le NPD-Q », malgré un contexte plus difficile dans la province pour le NPD fédéral (qui a perdu les trois quarts de ses membres québécois en quatre ans). « Avoir un deuxième parti progressiste au niveau provincial après Québec solidaire permettra d’élargir le débat progressiste à l’Assemblée nationale », pense-t-il.

Mais avant d’en arriver là, le chemin sera long, convenait tout le monde dimanche. « Oui, mais la motivation est là », répond à cet égard M. Côté. Prochaine étape : un congrès de fondation quelque part en 2017… et probablement plus dans un rez-de-chaussée qu’au sous-sol.

16 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 26 septembre 2016 05 h 22

    SEUL OBJECTIF : NUIRE

    Le seul objectif est de contrer le nationalisme québécois et de freiner la montée vers l'indépendance.

    D'abord, le NPD est loin d'être gauchisant : c'est un parti petit bourgeois.

    Ensuite, un NPD québécois fédéraliste est une antinomie : la négation des aspirations fondamentales à la démocratie et le devoir d'éducation à l'autodétermination.

    Un NPD québécois fédéraliste nie le colonialisme auquel le Québec demeure soumis au sein de la fédération canadienne et, ce faisant, trahit les fondements de la justice sociale.

    • Gilbert Turp - Abonné 26 septembre 2016 09 h 04

      Je me demande ce que Québec Solidaire pense de ça.

    • Maxim Bernard - Abonné 26 septembre 2016 22 h 17

      On ne peut pas empêcher ceux qui partagent des idées différentes d'avoir leur parti.

      Il n'y a présentement pas de parti de gauche et fédéraliste au Québec. C'est donc juste normal qu'ils s'organisent entre eux.

      Selon vous, ils veulent nuire ? Qui voudrait ça ? Ce n'est pas parce que quelqu'un ne pense pas comme vu qu'il est pourvu de mauvaises intentions. Ça me semble limite insultant.

      Ayons un peu de respect.

    • Patrick Daganaud - Abonné 27 septembre 2016 07 h 53

      Il faut être naÏf pour croire que l'initiative est réellement néodémocrate.

      Je vous donne raison quant au respect des opinions divergentes des (futurs) membres de la base, mais il faut aussi lire les manipulations et les infiltrations politiques qui pilotent de telles gestations.

  • Yves Côté - Abonné 26 septembre 2016 06 h 10

    Oui si...

    Oui à un NPD québécois ouvert, progressiste, aux propositions républicaines non-seulement respectueuses de l'humain et de son environnement, mais qui se donne l'obligation morale de mettre ces deux au coeur de leurs propositions et actions concrètes.
    Oui à un NPD-Q autonome, qui promeut une dynamique économique reposant sur la création intelligente d'une richesse non-polluante à partager, et non d'un développement irresponsable comme l'actuelle et qui donne toujours aux plus puissants de s'accaparer de ses fruits.
    Oui à un NPD-Q qui perçoit l'urgence de donner le contrôle de leur pays à des Québécois qui ne croient plus aux promesses constantes d'Ottawa, capitale d'un pays monarchiste par définition et au pouvoir égoïste par destination. Québécois qui savent qu'il ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour vivre sur leur territoire d'Amérique du Nord selon leurs valeurs et en ayant le français comme langue commune.
    Autrement, d'un NPD-Q qui ne servirait qu'à tuer QS, nous n'en avons pas besoin.
    Rien, parce que le NPD-Q ne sera rien de plus qu'une illusion d'action de plus dans notre désir d'avenir juste et l'habituelle bouillie pour les chats, fédérale, nationaliste et pro-english (pour ne pas dire anti-français langue commune...), qui nous est servie depuis deux siècles et demi chez nous au Québec...

    Vive le Québec libre !

  • Ghyslain Bolduc - Abonné 26 septembre 2016 08 h 52

    Nuire... aux libéraux!

    Un NPD-Q va essentiellement faire mal aux libéraux, peu importe la conviction fédéraliste qu'ils partagent. Au lieu de maudir l'arrivée d'un autre parti fédéraliste, réjouissons-nous!

    • Patrick Boulanger - Abonné 26 septembre 2016 10 h 12

      Réjouissons-nous?

      Ce nouveau parti va certes nuire au PLQ, mais il risque aussi de faire mal à QS, un parti... indépendantiste. Je ne sais donc pas si nous devons nous réjouir de cette nouvelle, M. Bolduc. Mais bon, commne dirait M. Legault, on verra...

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 septembre 2016 09 h 26

    En italique ...en surdimensionné...

    "Le Devoir y était" sic...Juste à savoir que Bourgault-Côté était le journaliste attitré à cet exercice de " fondation" sic (sous-sol d'église...) était suffisant en lui-même.

    Il ne manquait plus que la parade et la fanfare...
    quand trop... c'est gros !

  • Gilles Théberge - Abonné 26 septembre 2016 09 h 31

    Ben coudonc!

    Ils devraient offrir la chefferie à Tom Mulcair qui se cherche une nouvelle fonction depuis qu'il a été congédié par le parti "national"...

    • David Winch - Inscrit 26 septembre 2016 14 h 39

      absolument pas,
      d'ailleurs Mulcair n'a jamais vraiment épaulé ce projet, le prenant pour une perte des ressources limitée du Parti

    • Micheline Gagnon - Inscrite 27 septembre 2016 12 h 47

      J'aimerais bien que Tom Mulcair soit le chef!