Le français au coeur du deuxième débat

Mme Ouellet se plaint de voir M. Cloutier et M. Lisée de chercher à la mettre à l’écart afin de la défavoriser d’ici l’élection du chef du PQ, le 7 octobre prochain.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Mme Ouellet se plaint de voir M. Cloutier et M. Lisée de chercher à la mettre à l’écart afin de la défavoriser d’ici l’élection du chef du PQ, le 7 octobre prochain.

Alexandre Cloutier s’est opposé dimanche à la proposition de Martine Ouellet de « revenir aux dispositions initiales de la Charte de la langue française ». Pour cela, il s’est attiré les huées de dizaines de membres du Parti québécois.

Mme Ouellet a profité du second des deux débats officiels de la course à la direction du PQ, dimanche à Montréal, pour demander à son adversaire de l’imiter en s’engageant à renforcer la langue française au Québec au moyen de deux mesures-clés : imposer l’unilinguisme français dans l’affichage commercial, d’une part, et dans la législation et la justice, d’autre part. « En Alberta et en Saskatchewan, c’est unilingue anglais. Pourquoi au Québec, ça ne pourrait pas être en français ? », a demandé Mme Ouellet devant un parterre bondé.

« Dans le cadre d’un Québec indépendant, Martine, la réponse, ça va être oui. Mais il y a un cadre légal à respecter, Martine. Et puis, c’est malheureux, mais on doit le respecter », a rétorqué M. Cloutier. Les huées ont fusé dans la salle Ludger-Duvernay du Monument-National.

Près de 40 ans après l’adoption de la loi 101, Mme Ouellet a pour sa part dit n’avoir aucune gêne à recourir à la disposition de dérogation, qui permet à l’Assemblée nationale d’adopter une loi dérogeant à certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés, afin de retirer la possibilité d’ajouter une ou plusieurs autres langues sur un message affiché dans un lieu public. À l’heure actuelle, le français doit être « nettement prédominant » sur les enseignes, écriteaux, affiches, etc., pour lui accorder « un impact visuel beaucoup plus important » que celui des autres langues.

Mme Ouellet, qui a reproché à M. Cloutier d’« abdique[r] du côté de l’affichage », est toutefois demeurée muette sur la façon dont elle s’y prendrait afin de contourner l’article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867, qui contraint à une certaine forme de bilinguisme législatif et judiciaire le Québec et l’Ontario.

À l’instar des autres candidats à la chefferie, M. Cloutier compte contraindre les entreprises à « franciser [leur] marque de commerce » et à étendre l’application de la loi 101 aux entreprises de 25 à 49 employés et à celles à charte fédérale. « Le marché du travail s’anglicise davantage. Si on veut que nos jeunes choisissent le français, encore faut-il que le travail soit en français », a-t-il fait valoir.

En point de presse, Jean-François Lisée et Paul St-Pierre Plamondon se sont tous deux refusés à l’idée d’assujettir les commerçants à l’obligation d’afficher en français seulement. Ils s’étaient gardés de le souligner durant le débat.

Ouellet passe à l’offensive

À moins de deux semaines de l’élection du 9e chef du PQ, Mme Ouellet refuse de s’avouer vaincue, et ce, malgré des sondages défavorables. D’ailleurs, elle a sonné la charge dimanche après-midi, en reprochant à ses deux principaux adversaires Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée de la mettre à l’écart. « C’est vous qui allez écrire l’histoire », a-t-elle affirmé tout en balayant du regard les quelque 800 spectateurs du débat. « C’est vous qui allez remettre le Parti québécois en marche vers l’indépendance, car l’indépendance, c’est notre plus grande force de changement, de mobilisation », a-t-elle ajouté. Martine Ouellet, qui est la seule candidate à promettre la tenue d’un référendum dans un premier mandat du PQ, a reproché à M. Cloutier de « cultive[r] l’ambiguïté et le flou mou » sur le moment où il tiendra un référendum sur l’indépendance du Québec. « Sans l’indépendance, oubliez le pouvoir en 2018 ! » a insisté Mme Ouellet, après être passée à l’offensive.

L’élue de la Montérégie a aussi égratigné Jean-François Lisée, l’accusant de faire des « volte-face régulièrement pour gagner des points à court terme ».

« Déchirements »

De son côté, Alexandre Cloutier a rappelé les risques de « fracture » si les propositions de M. Lisée en matière de laïcité sont adoptées. L’élu du Lac-Saint-Jean a, lui, rappelé qu’il ferait preuve de « hauteur » en légiférant sur « ce qui fait consensus », comme une interdiction du port des signes religieux chez les employés de l’État en position d’autorité — les juges, les procureurs de la Couronne, les policiers et les gardiens de prison —, comme le recommandait le rapport Bouchard-Taylor.

Les « déchirements » internes du PQ, qui ont été exposés au grand jour au fil des dernières semaines, ne sont pas de nature à rallier les jeunes, a fait remarquer Paul St-Pierre Plamondon après « une semaine difficile pour le Parti québécois ». « Il ne faut pas que parler de “changement”. Il faut incarner ce changement de culture politique dont on a besoin au Parti québécois », a-t-il affirmé, invitant par la même occasion les membres du PQ à envoyer un « message clair » en votant pour lui.

Enfin, le président du PQ, Raymond Archambault, a dit croiser les doigts afin que les membres et militants du PQ « travers[ent] ensemble, tous ensemble la frontière du 7 octobre ». « Nous avons besoin de chacun de nous », a-t-il lancé dimanche.

16 commentaires
  • Louise Lecavalier - Inscrite 25 septembre 2016 19 h 49

    Course à la chefferie

    Le journaliste débute son texte en parlant des huées dans la salle. Il aurait dû débuter par la mention de l'ovation qu'a reçue Véronique Hivon. Dommage que le journaliste ne précise pas que ce sont des partisans de Martine Ouellet qui ont hué Alexandre Cloutier. Bien oui, il y avait de la partisanerie dans la salle, chacun manifestant bruyamment leur appui à leur candidat respectif. Les débats ont été riches et les échanges respectueux. Et lors de l'annonce du sujet à débattre entre J.-F. Lisée et A. Cloutier votre journaliste tweette : « Échanges entre Cloutier et Lisée sur la laïcité. «Est-ce qu’on peut régler ça de l’autre côté ? ». Il s'agissait d'une blague et la salle a ri. Votre journaliste ne mentionne pas que le Monument National était plein, qu'on a dû ouvrir les portes plus tôt que prévu et qu'il y avait beaucoup, beaucoup de jeunes dans l'assistance.

    • Raynald Richer - Abonné 26 septembre 2016 08 h 13

      Souvenez-vous de son comportement aux dernières élections provinciales et malheureusement, vous trouverez ça un peu plus normal.

  • Michèle Cossette - Abonnée 25 septembre 2016 22 h 54

    Très tannée et déçue que vous ne parliez jamais de St-Pierre Plamondon. Manque de rigueur ou paresse intellectuelle, en tout cas, vous ne faites pas votre travail, qui est de nous informer sur tous les candidats, pas juste de nous parler de ceux qu'on connaît déjà.

    • Benoit Toupin - Abonné 26 septembre 2016 11 h 29

      Très décourageant pour quiconque veut faire de la politique de contenu... Seul la politique spectacle attire l'attention des journalistes et de chroniqueurs. Étant donné que la plupart des électeurs n'ont pas nécessairement le temps de retourner à la source et regarder le débat au complet, l'image qui reste est celle de la superficialité.

      Nos humoristes et caricaturistes vont dépeindre l'évènement ou les politiciens avec sarcasme (Voir la caricature du Devoir d'aujourd'hui) et le faux sentiment global risque d'être que la politique est médiocre et ne vaut pas la peine. Tout cela n'est que nourriture à cynisme.

      Pourtant le débat d'hier nous montrait de belles idées, entre autres au sujet de l'accessibilité à la justice, l'éducation et la santé. Tous les candidats, mais spécialement Monsieur St-Pierre-Plamondon ont exprimé avec brio des options intéressantes sur ces sujets.

      Pouquoi payer un abonnement pour un journal qui ne nous informe plus de façon équitable, juste et objective. A la "une" du Devoir, la naissance du NPD-Q dans un sous-sol en présence de 30 personnes plutôt qu'un article détaillé sur le débat au PQ. Le Devoir de monsieur Myles me désole et les autres médias ne sont que comparables ou pires; eux aussi dans la facilité...

      Ni les gens impliqués et intéressés par la politique, ni les citoyens, ni les abonnés, ne méritent pareil irresponsabilité de la part des médias.

      A force de se faire gaver de "fast food" je crains que nous perdions l'appétit pour les bonnes choses...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 26 septembre 2016 04 h 44

    Bref !

    « Dans le cadre d’un Québec indépendant, Martine, la réponse, ça va être oui. Mais il y a un cadre légal à respecter, Martine. Et puis, c’est malheureux, mais on doit le respecter » (Alexandre Cloutier, candidat à la direction du PQ)

    De cette citation, ce yahou :

    Si le Québec est « indépendant », il n’apparait pas nécessaire de respecter tout cadre légal provenant d’une histoire ancienne, il suffira, tout simplement, d’en créer un NOUVEAU !

    De plus, en matière de langue, il aurait été d’intérêt public que les candidatEs témoignent d’une vision plus accentuée que celle uniquement d’attribuer la question du français au domaine de l’affichage ; une vision susceptible de reposer sur la culture, le milieu scolaire, le travail, l’immigration … !

    Bref ! - 26 sept 2016 -

  • Patrick Daganaud - Abonné 26 septembre 2016 05 h 33

    Un Québec fort dans un Canada uni

    Est-ce bien la version Cloutier :

    Réaliser l'indépendance du Québec « dans le cadre légal à respecter » du fédéralisme canadien?

    Avec, comme slogan, « C’est malheureux, mais on doit le respecter »

    Et SE respecter, Alexandre?

    • Frank Jette - Abonné 26 septembre 2016 13 h 10

      M. Daganaud, vous entrez malheureusement dans le jeu de la surenchère des courses à la chefferie : qui sera le plus souverainiste, le plus laïc, le plus francophile? Mme Ouellet et M. Lisée joue ce jeu, pour tenter de polariser le débat et de montrer que les positions modérées et plus consensuelles de Cloutier sont molles.
      Cloutier s'est fait coincé par Mme Ouellet sur un retour à l'unilinguisme de l'affichage qu'elle propose. Ça laisse l'impression qu'il se soucie moins de la langue française qu'elle. Pourtant, cette dernière s'est présentée à de nombreuses élections du PQ alors que son parti avait des positions beaucoup plus molles que M. Cloutier. En accusant ce dernier, accuse-t-elle tous les souverainistes précédents ayant eu des positions diférentes qu'elle (ex.: Bouchard, Boisclair, Marois, Duceppe, etc.) de mous? Et Lisée et PSPP?