Le conseiller Yan Plante gardera son emploi

Le premier ministre Philippe Couillard 
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne Le premier ministre Philippe Couillard 

Le premier ministre Philippe Couillard refuse de limoger Yan Plante, même si celui-ci aurait admis dans une lettre datée du 9 septembre avoir subtilisé des documents confidentiels à son ex-employeur, la Coalition avenir Québec.

Ex-directeur de cabinet adjoint du chef caquiste, M. Plante « est arrivé avec nous sans aucune information », a déclaré le chef du gouvernement à l’entrée du caucus libéral mercredi avant-midi. « M. Plante n’a pas dérobé des documents à la CAQ ? » a par la suite demandé une journaliste. « Bien sûr que non. Il va le répéter lui-même très fortement parce qu’il vient de recevoir une mise en demeure », a ajouté du tac au tac M. Couillard.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a aussi cherché à tuer dans l’oeuf les allégations de « vol » pesant sur M. Plante. « Ni le gouvernement ni le Parti libéral du Québec n’ont eu aucune information venant ou concernant la vie de la CAQ », a-t-il déclaré durant la période des questions. « Ça ne nous intéresse pas, les documents de la CAQ », a-t-il ajouté, faisant rires les autres élus libéraux.

Or, un membre de la garde rapprochée de M. Couillard expliquait presque simultanément que M. Plante — actuellement directeur des enjeux spéciaux et des stratégies au cabinet du premier ministre — avait indiqué dans une lettre datée du 9 septembre dernier qu’il avait détruit les documents appartenant à la CAQ en sa possession.

Dans le Salon bleu, le député caquiste Simon Jolin-Barrette n’a pas hésité mercredi à qualifier l’affaire de « vol ». Le chef de la CAQ, François Legault, s’est abstenu de l’imiter lors d’un impromptu de presse dans les couloirs de l’Hôtel du Parlement mercredi après-midi. « Pour des raisons juridiques, on me dit d’éviter de prononcer le mot [vol], mais disons que ce qui ressemble à une vache et qui a quatre pattes est une vache », a-t-il dit.

« Préjudice considérable et irréparable »

Quelques heures plus tôt, un huissier avait fait irruption dans l’édifice Honoré-Mercier, où le premier ministre a ses quartiers. À la demande de la CAQ, il a servi une mise en demeure à M. Plante, mais également au directeur de cabinet de M. Couillard, Jean-Louis Dufresne.

La CAQ redoute de voir l’équipe libérale lui « causer un préjudice considérable et irréparable » en tirant profit de « documents de nature confidentielle et hautement stratégiques » — l’ordre du jour du caucus présessionnel de la CAQ, des états financiers, ainsi que la stratégie électorale caquiste en vue de l’élection partielle dans la circonscription de Saint-Jérôme notamment — emportés par son ex-employé.

Yan Plante a renoncé à son poste de directeur de cabinet adjoint du chef caquiste le 27 juillet dernier pour embrasser 10 jours plus tard de nouveaux défis au sein de l’équipe de M. Couillard. Selon la CAQ, M. Plante s’est « approprié » une série de documents sensibles, « notamment en les acheminant à son adresse de courriel personnelle » du 5 au 28 juillet dernier, c’est-à-dire avant et après avoir claqué la porte du cabinet du deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale. « L’appropriation de ces documents et informations constitue une violation des plus graves de l’obligation de confidentialité et de loyauté de [M. Plante] envers la CAQ, de même qu’un manquement flagrant à la plus élémentaire obligation de bonne foi envers elle », peut-on lire dans la mise en demeure transmise à M. Dufresne mercredi matin. « On a des preuves », a fait remarquer M. Legault.

La CAQ enjoint au bras droit de M. Couillard, Jean-Louis Dufresne, de lui préciser la distribution et l’utilisation faites des documents de la CAQ au sein du gouvernement libéral et du PLQ par le biais d’une déclaration sous serment d’ici à vendredi, 17 h.

En plus de réclamer le renvoi de M. Plante, le parti politique de François Legault n’écarte pas la possibilité de saisir la Sûreté du Québec du dossier. Il a d’ailleurs rencontré à deux reprises le corps de police à ce sujet, et il compte le faire de nouveau au cours des prochains jours.

La ministre Dominique Anglade projetait d’embaucher il n’y a pas plus de deux semaines l’ex-recherchiste de la CAQ Frédéric Schautaud même s’il avait dérobé des documents à son ancien employeur. Mme Anglade s’était par la suite ravisée, prétextant une « sous-estimation » par M. Schautaud de la gravité des gestes qu’il avait posés. Se décrivant comme « assez flegmatique », M. Couillard avait alors philosophé sur la vie politique. « Ça arrive toujours des événements imprévisibles ou moins contrôlables qu’on pense en politique », avait-il lancé.

3 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 22 septembre 2016 05 h 34

    Nous avons au Québec...

    ...le privilège d'avoir au sein des membres du gouvernement un ministre champion dans l'utlisation du mot «allégation».

    Combien de fois il l'a utilisé depuis son élection ? Messieurs ou Plante ou Schautaud pourraient en faire la recherche, non ?

    Si nous mettons «bout à bout» contenus de chroniques et articles du jour sur ces gestes posés par nos politiciens.nes, faut-il alors se surprendre que des comportements bouffons à la Trump ne deviennent populaires et surtout politiquement «vendables» ? Quand des gens en ont ras le pompon...«sont prêts à élire un coc...» OH! Remugle !
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Jean-François Trottier - Abonné 22 septembre 2016 09 h 27

    Qui ?

    Qui au Québec est encore prêt à diur que Couillard est le moindrement honnête ?

    Est-il digne de son poste ?

    Pour ma part, j'ai honte de le voir me représenter, soit dans le monde, soit face à Ottawa, et même devant moi.
    Honte ? Disons que s'y mêle une énorme dose de colère: voilà un monsieur qui est au pouvoir parqu'une partie de la popoulation vote pour son parti dans des proportions qui me rappellent certains pays sur une liste noire.
    Non, ce ne sont pas des illettrés faciles à manipuler.
    Eux-mêmes en tout cas ne s'associeraient jamais à la sclérose politique dans laquelle nous baignons. En tout cas, pas en public.

    Un jour il faut réaliser que ceux qui ont le pouvoir, tout malhonnêtes ou manipulateurs qu'il soient, restent en place paarce qu'ils ont un certain appui quelque part. On ne peut nier indéfiniment la responsabilité de gens obstinés au point qu'ils sont prêts à voter pour le diable s'il a la bonne couleur.

    Et pas la moindre trace de ces gens dansles débats qui courent. Un isolement fort noble...
    Et la superbe d'un silence dédaigneux, dirait-on... Non ?

  • Donald Bordeleau - Abonné 22 septembre 2016 13 h 57

    cabotinage au PLQ

    Mise en demeure de la CAQ.

    Monsieur Jean-Louis Dufresne qui est un ancien de BCP avec Monsieur Parisella qui avait de petits contrats de publicité en 1994, par la suite avec les commandites BCP a vu ses profits faramineux explosés de 15,000% pour plus de 60 millions selon Gomery.

    Il semble que Monsieur Dufresne a l'expérience pour répondre adéquatement à la mise en demeure avec les conseils de Monsieur Juan Roberto Iglesias en charge du Conseil Exécutif du gouvernement

    http://www.ledevoir.com/documents/pdf/miseendemeur