L’éthique revient hanter le gouvernement Couillard

Le premier ministre Philippe Couillard à la période des questions de l'assemblée nationale à Québec, mardi
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard à la période des questions de l'assemblée nationale à Québec, mardi

Le premier ministre Philippe Couillard souhaitait placer la rentrée parlementaire sous le signe de la « confiance retrouvée », mais les partis d’opposition sont passés à l’attaque d’entrée de jeu en soulevant des questions d’éthique associées à l’ex-ministre des Transports, Jacques Daoust, et à son successeur à ce poste, Laurent Lessard.

Dès la réunion de son caucus, avant la première période de questions de la session d’automne, Philippe Couillard a voulu innover en conviant les médias à assister à une déclaration qu’il a livrée au début de la réunion de ses députés.

« On commence une session où on va revenir sur la confiance et la prospérité retrouvée au Québec pour tous les Québécois, pour nos familles, pour les enfants dans nos écoles, pour les patients dans les hôpitaux, pour les entrepreneurs et pour l’emploi, a déclaré le premier ministre sous les applaudissements nourris des élus libéraux. On va parler de la confiance retrouvée des Québécois en nous-mêmes. »

Mais les partis d’opposition voyaient les choses autrement. Le chef de l’opposition officielle, Sylvain Gaudreault, et le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, ont repris là où ils avaient laissé en juin en remettant sur le tapis la vente des actions de Rona par Investissement Québec.

Sylvain Gaudreault a repris un élément du témoignage que l’ancien directeur de cabinet Pierre Ouellet a fait à la fin août en commission parlementaire ; celui-ci a déclaré sous serment qu’il avait informé, le 2 juin, le directeur du cabinet du premier ministre, Jean-Louis Dufresne, que Jacques Daoust savait que le conseil d’administration d’Investissement Québec avait décidé de liquider son bloc d’actions de Rona le jour où cette décision a été prise. « Or le premier ministre a affirmé par la suite à au moins deux reprises, le 3 juin et le 7 juin, qu’il n’avait aucune raison de mettre en doute la parole de son ministre, qui prétendait ne jamais avoir été informé des intentions d’Investissement Québec de vendre toutes les actions de Rona », a souligné le chef intérimaire péquiste, demandant à Philippe Couillard de lui dire quand son chef de cabinet l’avait informé de son échange avec Pierre Ouellet.

Le premier ministre a refusé net d’en reparler : « Je ne jouerai pas dans son film. On ne continuera pas ces discussions-là. »

Laurent Lessard visé

La porte-parole péquiste en matière d’éthique, Agnès Maltais, a par la suite sorti un lapin de son chapeau en mettant en doute l’éthique de Laurent Lessard pour une nouvelle affaire qui touche encore l’ami du ministre et ancien conseiller politique dans sa circonscription, Yvon Nadeau.

Déjà, le ministre fait l’objet d’une enquête du commissaire à l’éthique et à la déontologie des membres de l’Assemblée nationale, Jacques Saint-Laurent, relativement à une subvention de 3 millions accordée à une entreprise d’Yvon Nadeau, Pyrobiom Énergies. Le ministre a indiqué, mardi, qu’il rencontrera le commissaire dans le cadre de cette enquête ce mercredi.

En 2008, Laurent Lessard a annoncé l’octroi d’une subvention de 1,1 million à la Coopérative de solidarité du mont Adstock pour rénover la station de ski, comme l’a rapporté le Courrier Frontenac à l’époque. La subvention provenait du programme de soutien aux installations sportives qui relevait du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport dont la titulaire était Michèle Courchesne. L’attaché politique du député, Yvon Nadeau, qui animait la conférence de presse, était un membre du conseil d’administration de la coopérative. Un promoteur, Mario Côté, a annoncé au même moment la construction de chalets au mont Astock. Or, une fois les chalets construits, Yvon Nadeau et sa conjointe, Stéphanie Donato, alors qu’ils travaillaient toujours au bureau de circonscription de Laurent Lessard, ont obtenu du promoteur le contrat de gestion des installations, a allégué Agnès Maltais. Si la station de ski du mont Adstock n’est pas rénovée, les chalets n’auraient pas été construits, a avancé la députée dans une mêlée de presse. « Est-ce que c’est normal qu’on retrouve […] M. Nadeau qui va chercher une subvention pour une coopérative de solidarité — il est au CA —, mais que toute de suite après, il se retrouve gestionnaire du promoteur ? »

« M. Lessard ne se rend pas compte à quel point il ne comprend pas ce que c’est que l’éthique », a-t-elle dénoncé.

« C’est de la diversion, cette affaire-là », a accusé Laurent Lessard, qui a révélé qu’il avait utilisé son budget discrétionnaire pour aider la coopérative. À son cabinet, on a confirmé qu’Yvon Nadeau avait obtenu « un contrat d’entretien et d’accueil » du promoteur privé. « Les chalets ne lui appartiennent pas. Ce n’est pas lui qui a décidé de les construire. Moi, je ne vois pas le lien », a indiqué son attaché de presse, Mathieu Gaudreault.

Un reproche à Daoust

Par ailleurs, dans un rapport déposé mardi à l’Assemblée nationale, le commissaire à l’éthique a tapé sur les doigts de Jacques Daoust. Il lui reproche d’avoir violé l’article 25 du code d’éthique des députés en ne déclarant pas son intérêt personnel dans un vignoble — Les Vignes de Bacchantes — et en ne s’absentant pas de la Chambre lors de la prise en considération du projet de loi 88 sur le développement de l’industrie des boissons alcooliques artisanales.

Pourtant, Jacques Daoust avait quitté le Salon bleu à toutes les autres étapes du projet de loi afin de respecter le code. Le commissaire ne lui a pas imposé de sanction.


Sous la loupe de l’UPAC

La Commission de l’administration publique (CAP) compte transmettre à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) la déclaration sous serment de l’ex-sous-ministre des Transports Dominique Savoie. Elle torpille les témoignages livrés en commission parlementaire par l’ex-enquêteuse Annie Trudel et l’ex-vérificatrice Louise Boily dans un document de 17 pages. « On ne sait trop quoi en faire. Chose certaine, l’UPAC doit l’avoir entre les mains », a confié un membre de la CAP dans la foulée d’une séance de travail mardi. D’autre part, la CAP n’a toujours pas scellé le sort du rapport d’observation de Mme Trudel enregistré sur la clé USB qu’elle a laissé derrière elle au MTQ. Plus d’un élu craint que la diffusion publique des conclusions tirées par l’ex-enquêteuse puisse donner lieu à des poursuites judiciaires, a-t-on expliqué au Devoir. Pendant ce temps, « le gouvernement protège, protège, protège, offre même […] une espèce de havre de confort et de récompense probablement pour loyauté démontrée. On ne sait pas ce que Mme Savoie a exactement fait, mais on comprend très bien qu’au moment où elle l’a fait, ça permettait au gouvernement d’éviter l’embarras », a fait valoir le député solidaire Amir Khadir. Marco Bélair-Cirino
9 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 21 septembre 2016 04 h 02

    Monsieur Couillard....

    ...je suis de celles et ceux ayant beaucoup plus besoin d'une déclaration sur «la confiance retrouvée et la prospérité» pour effectivement...non pas retrouver mais avoir une confiance avec tous ces squelettes dans les placards: Monsieur Hamad, Madame Normandeau, monsieur Daoust,et maintenant...un autre de vos ministres..monsieur Lessard. À qui le prochain tour ?

    «On» dirait que vous ne voulez pas en découdre avec ces vestiges de si mauvais goûts pour la confiance que sont ceux de la Commission Charbonneau.

    Vous nous demandez d'avoir confiance alors que nous payeurs de textes et d'impôts (ce qui exclut de fait les utilisateurs de paradis fiscaux, de Panama papers et de travail au noir) sommes les bailleurs de fonds, les financiers de toutes ces dérives !

    Mon ami de la taverne m'a posé cette question: «Cou don...y font-y exprès pour nourrir le cynisme, le désabusement, la perte de confiance?» Vous lui répondez quoi ?

    Et ce n'est pas avec de prospères dollars que s'achète la confiance.

    Gaston Bourdages,
    Auteur.

    • Claude Bariteau - Abonné 21 septembre 2016 09 h 07

      Que dit le PM Couillard ?

      1. Ce que j'ai fais ne compte pas, ni ce qu'a fait les membres de mon parti. N'en faites pas un film, car j'y ai déjà joué un rôle que je m'évertue à oublier, à moins que j'y sois contraint, ce qui ne peut pas être le cas, car je contrôle les agendas d'à peu-près tout ce que fait l'appareil d'État.

      2. Ce que j'entends faire, par contre, est essentiel, fondamenttal, incontournable pour le bien des Québécois et des Québécoises, pour celui de mon parti et pour le mien. J'ai tellement déconstruit l'appareil que, maintenant, j'ai des marges pour faire rêver du temps passé, ce qui devrait m'attirer des votes chez les Québécois et Québécoises d'origine canadienne-française dont j'ai serré la ceintture au-delà de l'acceptable pour leur bien. Quant aux autres Québécois et Québécoises, ils m'appuient à l'aveugle parce que je suis CANADIEN et qu'ils savent que je peux contrôler leurs ennemis au Québec en brabdissant des fantômes, en faisant des détournements et en utilisant tous les moyens à ma disposition pour trensformer leur rêve en cauchemar.

      3. Puis, je sais comment endormir un patient et lui enveler ce qui le rend malade de ses rêves.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 21 septembre 2016 09 h 49

      M. Bourdages,

      Comme M. Couillard a répondu à M. Sylvain Gaudreault, il ne jouera pas dans votre film. Vos questions sont trop pertinentes et demandent de l'intégrité.

  • Denis Miron - Inscrit 21 septembre 2016 06 h 40

    Au parti libéral...

    «les ours se suivent et se ressemblent»

  • Maryse Veilleux - Abonnée 21 septembre 2016 06 h 56

    Hanter?...

    Pour "revenir hanter", cela suppose que l'éthique était présente.... je ne me souviens pas avoir vu de l'éthique au sein de ce gouvernement....

  • François Dugal - Inscrit 21 septembre 2016 07 h 44

    Aux objets perdus

    Si monsieur le premier ministre souhaite une "confiance retrouvée", est-ce à dire qu'elle a préalablement été perdue, et si oui, en quelles circonstances?

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 21 septembre 2016 08 h 23

    Phillipe Couillard

    ne veut pas jouer dans son film,c'est-a-dire qu'il est épuisé de mentir quand on sait qu'il ment comme il respire.
    Y-a-il quelqu'un ou un organisme pour l'obliger dire la vérité,rien que la vérité.C'est quoi la politique pour les libéraux prov.et fed.et leurs chefs? Est-ce que ca se limite a M&M :Magouille et Mensonge ?