Les Peacekeepers refusent toujours de prêter serment

Québec — Les policiers mohawks de Kanesatake devront, bon gré mal gré, prêter serment, a fait savoir hier le ministère de la Sécurité publique, irrité par le refus des agents autochtones de se conformer à l'usage.

Les 35 policiers autochtones appelés par Québec il y a un mois pour maintenir la paix à Kanesatake et mener l'enquête sur l'incendie de la maison du chef James Gabriel n'ont aucune légitimité, n'ayant toujours pas été assermentés par un juge.

«Nous, on attend leur assermentation. On leur a dit qu'on veut que ça bouge», a dit Daniel Thibault, porte-parole du ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, au cours d'une entrevue hier.

«Le ministre veut que le problème soit réglé le plus rapidement possible, c'est certain», a-t-il ajouté, précisant que M. Chagnon a été mis au courant il y a une dizaine de jours du refus systématique des policiers autochtones de prêter serment.

L'assermentation est nécessaire puisqu'en vertu des ententes conclues entre Québec et les autochtones, le statut d'agent de la paix est accordé aux Peacekeepers uniquement sur leur territoire d'origine, soit la réserve de Kahnawake.

Mais, de leur côté, les agents autochtones jugent qu'ils n'ont pas à être assermentés puisque la «Peacekeeper Law» leur confère, selon eux, la pleine juridiction sur tous les territoires mohawks.

Même si l'enquête sur l'incendie de la maison du chef Gabriel est menée par des policiers qui, techniquement, n'ont aucun pouvoir, le porte-parole du ministre assure que la preuve amassée pourra être retenue. «Une preuve est une preuve. Il ne faut pas oublier que ce sont quand même des policiers dûment reconnus», a-t-il dit.

En dépit du problème de légitimité, les agents autochtones ont livré la marchandise jusqu'ici, a fait valoir M. Thibault. «Ce qu'il faut, c'est préserver la paix sociale et trouver une solution durable. La présence des 30 Peacekeepers nous indique qu'il n'y a pas de violence sur le territoire.»

Les représentants du ministère de la Sécurité publique poursuivaient leurs discussions avec ceux de la police de Kahnawake hier après-midi dans l'espoir de les convaincre de régulariser leur situation le plus vite possible.

Le ministre Chagnon ne doit surtout pas laisser «une situation illégale se perpétuer», a souligné le porte-parole du Parti québécois en matière de sécurité publique, Jean-Pierre Charbonneau. Du reste, il est assez étonnant que le ministre ait été informé aussi tard de la situation, a-t-il observé. «Comment se fait-il qu'il n'ait pas été avisé, comment se fait-il qu'il n'ait pas vérifié dès le départ?», a soulevé M. Charbonneau.