James Gabriel est écarté d'une réunion de leaders mohawks

Le chef de Kanesatake, James Gabriel, a été éconduit d'une assemblée de leaders mohawks hier à Tyendinaga, en Ontario.

Les chefs refusent de reconnaître la légitimité de M. Gabriel, au centre d'une guerre politique entre deux clans sur le territoire situé au nord de Montréal.

Réunis pour discuter de questions de sécurité publique, les leaders mohawks ont fait savoir par voie de communiqué qu'ils refusaient de recevoir leur homologue et de lui reconnaître quelque autorité que ce soit.

Selon eux, M. Gabriel ne parle plus au nom de qui que ce soit à Kanesatake et a été destitué conformément aux règles. Ils tenaient à interdire l'accès à l'assemblée à cette persona non grata.

M. Gabriel se serait néanmoins présenté, aurait fait une déclaration dont on ignore la teneur, puis serait reparti.

L'autorité du grand chef est toujours minée dans sa communauté depuis l'émeute du 12 janvier.

Des dissidents, associés notamment au crime organisé et à la contrebande de cigarettes, cherchent depuis à destituer le grand chef. Trois chefs du conseil ne reconnaissent plus sa légitimité.

La crise avait éclaté après le congédiement du chef de police Terry Cross par M. Gabriel.

M. Gabriel avait fait appel à d'autres corps policiers autochtones pour lutter contre le crime organisé. Ses rivaux avaient alors encerclé le poste de police et tenu le blocus pendant plusieurs heures. La route 344 avait été bloquée et la résidence de M. Gabriel avait aussi été incendiée le soir du 12 janvier.

Le ministre de la Sécurité publique du Québec, Jacques Chagnon, était intervenu pour dénouer l'impasse, non sans susciter la controverse. On lui reprochait d'avoir reconnu l'autorité des émeutiers. À la suite de l'intervention ministérielle, M. Cross était notamment redevenu chef intérimaire.

Selon le National Post, l'intervention conjointe des policiers s'inscrivait dans un plan de lutte contre la criminalité concocté par le gouvernement du Canada et James Gabriel.

Terry Isaac, que M. Gabriel avait nommé pour diriger la police à la place de Tracy Cross, avait d'ailleurs confirmé qu'une opération policière se préparait à Kanesatake, impliquant la Gendarmerie royale du Canada et la Sûreté du Québec.

La Presse avait aussi révélé que la culture de la marijuana représenterait le véritable enjeu de la crise, profitant d'une organisation policière déficiente que James Gabriel a voulu chasser. Des fuites policières sur cette intervention à venir auraient mis le feu aux poudres.

M. Gabriel a le soutien de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador et est aussi reconnu par le gouvernement du Québec et le fédéral.

Québec a aussi nommé Jean Bazin, ancien sénateur et organisateur du Parti conservateur, comme interlocuteur pour résoudre la crise.

Mais le chef n'a toujours pas pu revenir à Kanesatake et vit en exil. Le 11 février, il a toutefois tenu sa première réunion du conseil, à Laval, en présence de trois membres qui lui sont restés fidèles parmi les six membres du conseil.

Cette semaine, des images vidéo du siège des policiers autochtones de janvier, prise par un des assiégés, ont été diffusées dans les médias. Ces images serviront à l'enquête visant à retracer les responsables de l'incendie de la propriété de M. Gabriel.