La mission du Curateur public compromise en raison des compressions

Le Syndicat de la fonction publique est alarmé par un document interne qui évoque des scénarios de privatisation, de hausse de tarifs et de réduction de services.
Photo: Andrew Cribb / Getty Images Le Syndicat de la fonction publique est alarmé par un document interne qui évoque des scénarios de privatisation, de hausse de tarifs et de réduction de services.

Les cas d’abus contre les personnes les plus vulnérables augmentent parce que le Curateur public n’arrive plus à accomplir sa mission.


C’est ce qu’ont dénoncé à l’unisson des organismes et un syndicat vendredi, en réclamant la fin des compressions du gouvernement Couillard et un réinvestissement pour améliorer les services du Curateur.


Les syndiqués sont alarmés par un document interne qui évoque notamment des scénarios de privatisation, de hausse des tarifs et de réduction des services.


« L’augmentation de la charge de travail place l’organisation aux limites de ses capacités », peut-on lire dans le document obtenu par le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), par l’entremise de la Loi d’accès à l’information. « L’actuel dispositif sur lequel repose la protection de ces personnes et de leurs biens parvient difficilement à répondre à l’ensemble des besoins et le pourra encore moins dans les années à venir, compte tenu de l’accroissement anticipé », lit-on plus loin.


Politiques d’austérité


La situation actuelle est devenue « critique », avec les politiques d’austérité du gouvernement Couillard, a affirmé le président du SFPQ, Christian Daigle, au cours d’une conférence de presse tenue à la Tribune de la presse parlementaire à Québec. En 10 ans, les effectifs syndiqués sont passés d’environ 340 à 300.


La clientèle augmente et le Curateur a du mal à assurer les services de soutien, d’accompagnement des familles, de vérification auprès des personnes sous curatelle et des personnes responsables de curatelle, a-t-il ajouté.


« Le fait de ne pouvoir faire les vérifications, oui, cela est propice aux abus », a-t-il dit.


À ses côtés, la directrice générale de l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale (AGIDD), Doris Provencher, a confirmé qu’il y a beaucoup d’abus, particulièrement contre les personnes plus isolées.


« Ce n’est pas nécessairement de gros abus : on rogne sur la nourriture, sur les vêtements, il y a beaucoup d’abus et les gens n’arrivent pas à contacter leur curateur délégué », a-t-elle expliqué.


Elle a aussi donné des exemples de l’impuissance des personnes qui dépendent du Curateur public. « Ça peut prendre des semaines avant qu’une personne puisse avoir accès à son curateur pour obtenir une paire de bottes en hiver », a-t-elle dit.


Commande politique


Judith Gagnon, de l’Association de défense des droits des personnes retraitées, s’est indignée du sort qu’on réserve à ces personnes qui ne peuvent manifester leur mécontentement.


« Ce sont les plus vulnérables, les sans-voix, des gens qui n’ont pas de poids social. Ils ne sont pas millionnaires et on leur coupe des services. Ont-ils moins de droits parce qu’ils sont plus vulnérables ? Les services devraient être de haute qualité. Ce n’est pas leur faute, ils sont dans une situation difficile et on devrait les protéger », a-t-elle dit.


Le Curateur public, Normand Jutras, répond à une commande politique du gouvernement Couillard, plutôt que de protéger les personnes inaptes, comme le veut sa mission, a résumé M. Daigle.


« [Le Curateur public] prend des décisions sans consulter ni les proches, ni le milieu, il engage le destin de 40 000 personnes sous curatelle privée et publique, sans aucun débat public, c’est inacceptable », a affirmé le directeur de l’Association pour la défense des personnes et de leurs biens sous curatelle publique, Ura Greenbaum.


Le regroupement réclame l’abandon des scénarios de privatisation et de réduction des services, l’augmentation du financement du Curateur public et l’embauche de personnel.


En 2014-2015, le budget du Curateur public était de 57,9 millions de dollars, tandis qu’en 2013-2014 il était de 55,7 millions.

2 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 16 septembre 2016 17 h 16

    Faux dilemme ?

    Le mieux d'État recherché aux fins d’équilibre budgétaire ne doit certes pas conduire à moins d'État.

  • Alain Massicotte - Abonné 17 septembre 2016 21 h 15

    La mission du curateur Public est compromise en raison des compressions

    Je vit seul et je serai un prochain client du curateur Public je trouve celà très inquiétant et les exemples donnés (ex. le manque de bottes d'hiver) est indignant .