Les directives données à Lessard ne pourront être divulguées

Laurent Lessard fait l'objet d'une enquête par le bureau du commissaire à l'éthique.
Photo: Clément Allard La Presse canadienne Laurent Lessard fait l'objet d'une enquête par le bureau du commissaire à l'éthique.

Les directives qu’aurait fournies le commissaire à l’éthique et à la déontologie des membres de l’Assemblée nationale à Laurent Lessard, alors ministre des Forêts, et à son employé et ami, Yvon Nadeau, relativement à l’obtention d’une subvention ne peuvent être divulguées.

Au bureau du commissaire à l’éthique, Jacques Saint-Laurent, on a indiqué, jeudi, que comme il mène une enquête à ce sujet, les directives ne seront pas rendues publiques avant que l’enquête ne soit achevée et que son rapport à ce sujet ne soit publié. Il s’agit d’un élément de l’enquête.

La semaine dernière, Laurent Lessard a pris l’engagement de demander au commissaire de rendre public l’avis portant sur son conseiller politique dans sa circonscription de mai 2014 à mai 2015, Yvon Nadeau, dont l’entreprise Pyrobiom Énergies avait fait une demande de subvention au ministère des Ressources naturelles. Une subvention de 3 millions, soit 40 % de la valeur du projet, lui a été accordée en 2016.

La porte-parole péquiste en matière d’éthique, Agnès Maltais, qui a dit trouver curieux que le montant de l’aide financière représente le maximum permis par le programme, a demandé au commissaire à l’éthique ainsi qu’au commissaire au lobbyisme de faire enquête.

Finalement, on apprenait que le ministre et son ami n’avaient pas obtenu un avis écrit du commissaire mais des directives verbales. « M. Lessard a eu des entretiens à ce sujet-là avec le commissaire à l’éthique à l’époque ; il lui a donné des directives », a confirmé l’attaché de presse du ministre, Mathieu Gaudreault. « On veut qu’il [le commissaire] confirme que les échanges ont bien eu lieu. »

Selon le Code d’éthique et de déontologie, le commissaire est tenu de fournir un avis écrit et motivé, assorti de recommandations, s’il y a lieu, à tout député qui lui en fait la demande écrite. Un ministre libéral a confié au Devoir qu’il avait déjà demandé un avis au commissaire : il ne lui serait pas venu à l’esprit de ne pas exiger un avis écrit. Cette semaine, le leader parlementaire et ministre responsable des Relations canadiennes, Jean-Marc Fournier, a tenu à obtenir un avis écrit du commissaire pour un enjeu beaucoup plus mineur que l’octroi d’une subvention à un ami : dans cet avis, Jacques Saint-Laurent lui permettait d’accepter une invitation du cabinet de relations publiques National pour entendre l’ambassadeur du Canada aux Nations unies, Marc-André Blanchard.

Mardi, Le Journal de Québec révélait que non seulement Yvon Nadeau a travaillé pour le ministre alors que son entreprise avait demandé une subvention gouvernementale, mais que sa conjointe, Stéphanie Donato, avait travaillé au bureau de circonscription de Laurent Lessard de 2012 à 2015. Le député de Lotbinière-Frontenac est également le parrain du fils d’Yvon Nadeau.

4 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 16 septembre 2016 05 h 56

    Ah non ! Pas encore une autre affaire....

    ...qui convie à ce si plate rendez-vous, rencontre stérile qui ne nourrit rien de bien «élevant» et je nomme le cynisme.
    Monsieur Lessard s'il vous plaît, donnez-nous, de grâces, une chance. Nous venons juste de payer la facture de la Commission Charbonneau. Vous savez ce 44.8M$ de nos argents que vous avez investis pour faire sortir des lapins d'un énorme chapeau...celui appelé corruption et sa compagne indéfectible, la collusion.
    Monsieur Lessard, aidez-moi à laisser au vestibule de mon cerveau toute forme de crochitudes de pensées. À monsieur Fournier je demande de nous redire, eh oui! une autre fois qu'il ne s'agit que d'allégations.

    Quel vaste monde que celui des insinuations !
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 16 septembre 2016 06 h 35

    De la nécessité de l'écrit

    Le commissaire à l'éthique et à la déontologie prend de gigantesques risques en ne faisant pas rapidement suivre une conversation orale d'une communication écrite la reprenant. À la tête d'une institution nouvelle et fragile, il risque ainsi non seulement d'être mal informé, mal compris ou insuffisant clair, mais aussi aussi et surtout manipulé par les personnages importants auxquels sa recommandation s'adresse ou qui par la suite utiliseront la compréhension d'autrui (le commissaire a déjà dit à untel que....) à leur profit. Il prend aussi le risque de trop rapidement recommander des choses sur des questions parfois éminemment complexes et compliquées. Il ne crée pas la précieuse jurisprudence à laquelle nous pourrions tous référer, parlementaires inclus... Enfin, le fait que le ministre Lessard se soit satisfait d'un avis oral amène une personne raisonnable à penser qu'il n'avait plus, dans ce cas-ci, la distance requise par ses fonctions.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 16 septembre 2016 14 h 09

    Redisons.

    Plus ca change plus c'est pareil.

  • Pierre Robineault - Abonné 16 septembre 2016 14 h 30

    Copinage ou distraction?

    "Selon le Code d’éthique et de déontologie, le commissaire est tenu de fournir un avis écrit et motivé, assorti de recommandations, s’il y a lieu, à tout député qui lui en fait la demande écrite."
    Est-ce que le ministre a formulé et envoyé sa demande par écrit ou dans une rencontre de corridor, dans le style sur de soi "Ah tiens! je voulais justement vous demander votre avis ...", suivie d'une réponse du style "Ne vous inquiétez pas, je n'y vois aucun ...", ou peut-être une réponse plutôt du genre "Soyez prudent, vous connaissez le Code, envoyez-moi votre demande par écrit, j'analyserai et vous donnerai mon avis."
    Quel que soit le cas, le ministre a de toute évidence attribué la subvention sans aucune inquiétude! Mais je suis inquiet!