S’ouvrir pour mieux rejoindre les jeunes

Alexandre Cloutier
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alexandre Cloutier

Jusqu'à la fin septembre, nous publions une série de rendez-vous avec les candidats à la chefferie du PQ. Les tables éditoriales, dont l’ordre a été déterminé au sort, se succéderont chaque samedi. Aujourd'hui: Alexandre Cloutier.

Après les dommages qu’a causés l’épisode de la charte des valeurs, surtout chez les jeunes, le candidat à la direction du Parti québécois, Alexandre Cloutier, veut que le PQ redevienne ce qu’il était à l’origine, un parti ouvert, progressiste et proche des gens.

« Ce que je veux projeter, c’est de l’ouverture et un gouvernement progressiste, réformateur, proche du monde, un gouvernement du peuple, des gens, ce que le Parti québécois était », a affirmé Alexandre Cloutier au cours d’une entrevue éditoriale accordée au Devoir.

« J’ai toujours fait le pari que le PQ pourrait convaincre les Québécois, peu importe leurs origines, peu importe leur background, peu importe leurs croyances. Je tends réellement la main à toute la diversité québécoise », a dit le candidat, qui, à 39 ans, est le plus jeune de la course, de quelques mois le cadet de son adversaire Paul Saint-Pierre Plamondon.

Ça vient me chercher. Je suis un produit de l’école publique. Je suis né dans un village au Lac-Saint-Jean. J’ai travaillé chez McDo pour payer mes études. […] Et je ne suis pas un fils de premier ministre.

 

Alexandre Cloutier reconnaît les difficultés qu’éprouve le PQ à rejoindre les jeunes et la désaffection de plusieurs d’entre eux à l’égard du projet indépendantiste, un constat qu’avaient d’ailleurs fait les Trois Mousquetaires mandatés par le parti en 2004. Il s’est vanté de compter de nombreux jeunes parmi ses sympathisants et promet de leur réserver une grande place au sein du parti. S’il devenait premier ministre, il créerait un Conseil jeunesse, une nouvelle mouture du Conseil permanent de la jeunesse aboli par le gouvernement Charest.

Selon lui, on peut être internationaliste et ouvert sur le monde, comme le sont bien des jeunes, et indépendantiste ; être indépendantiste sans être ringard. « Mon parcours personnel est très représentatif de bien des jeunes de ma génération. J’ai étudié en France, j’ai étudié en Angleterre, j’ai voyagé dans un méchant paquet de pays du tiers-monde », a-t-il signalé.

Tronc commun

Alexandre Cloutier ne veut pas relever la flèche que lui a lancée lors d’une entrevue au Devoir la semaine dernière Martine Ouellet, qui disait que sa jeunesse avait « bien vieilli ». Mais quand il est question des similitudes qui peuvent exister entre lui et Justin Trudeau, il s’offusque. « Ça vient me chercher, a-t-il laissé tomber. Je suis un produit de l’école publique, je suis né dans un village au Lac-Saint-Jean. J’ai travaillé chez McDo pour payer mes études. […] Et je ne suis pas un fils de premier ministre. »

L’ouverture à la diversité qu’il préconise, ce n’est pas un retour au nationalisme civique. « Non, ce n’est pas ça. Arrêtez de dire que je suis un multiculturaliste, a déploré Alexandre Cloutier. C’est tellement de la foutaise. J’ai dit sur toutes les tribunes que le multiculturalisme était un échec. » Il favorise la notion de tronc commun, comme, d’ailleurs, Jean-François Lisée, un tronc commun où figure la langue française, des valeurs fondamentales comme l’égalité entre hommes et les femmes et « la fierté de notre passé ».

Arrêtez de dire que je suis un multiculturaliste. C’est tellement de la foutaise. J’ai dit sur toutes les tribunes que le multiculturalisme était un échec.

 

Alexandre Cloutier s’oppose à l’« isolement » dans lequel se placent certaines communautés culturelles. Les écoles illégales juives, un problème qu’aucun gouvernement québécois n’a réglé, libéral ou péquiste, « c’est catastrophique ». L’école à la maison, qui prend leur relève, est loin d’être une solution, à ses yeux. Le phénomène va s’amplifier : d’autres communautés culturelles vont exiger le même traitement, craint-il.

Ouverture ne veut pas dire naïveté. « On ne dit pas qu’il n’y a pas de problème au Québec, que le terrorisme n’existe pas à Montréal, qu’il n’y a pas de financement par l’Arabie saoudite de certaines mosquées, qu’on est à l’aise avec le fait qu’il n’y a aucune formation pour les imams au Québec. »

Contrairement à Jean-François Lisée et à François Legault, Alexandre Cloutier ne croit pas qu’il faille réduire le nombre d’immigrants admis au Québec, bien qu’il reconnaisse qu’il y a d’importants problèmes d’intégration. Il faut y consentir plus de ressources, réformer un système « archaïque » de reconnaissance des diplômes, inscrire la francisation dans la Charte des droits et libertés et s’attaquer à la discrimination à l’embauche.

Large consensus

En matière de charte de la laïcité, Alexandre Cloutier juge qu’un gouvernement péquiste devra revenir à la charge, puisque le gouvernement libéral ne fera rien. Mais il propose le plus large consensus possible en matière d’interdiction du port de signes religieux, soit la recommandation de la commission Bouchard-Taylor, qui ne vise que les agents de l’État exerçant un pouvoir coercitif.

J’ai toujours fait le pari que le PQ pourrait convaincre les Québécois, peu importe leurs origines, peu importe leur background, peu importe leurs croyances

 

Alexandre Cloutier ne fera connaître ses intentions quant à la tenue d’un référendum que six mois avant les élections. Dans un Conseil national, le parti sera saisi d’une recommandation du chef, sur laquelle il se prononcera. Jean-François Lisée, qui s’engage à ne pas tenir de référendum dans un premier mandat, et Martine Ouellet, qui, au contraire, en promet un, reprochent à leur adversaire son ambiguïté. « C’est la même position que Pierre Karl avait. Comme par hasard, il n’y avait pas de problème il y a six mois », a-t-il fait remarquer. C’est aussi la même position que défendait Jean-François Lisée lors de la course précédente.

En 2014, Alexandre Cloutier proposait d’ouvrir un registre : la tenue d’un référendum était conditionnelle à l’obtention d’un million de signatures. Il maintient cette idée de registre, mais il ne serait plus décisionnel : ce ne serait qu’un moyen de mobilisation une fois décidée la tenue du référendum.

Gestes fondateurs

Dès son élection comme chef du PQ, Alexandre Cloutier lancerait huit chantiers sur autant de sujets pour décrire dans le détail, sous forme de questions et réponses, ce qui attend les Québécois une fois l’indépendance proclamée.

C’est la même position [sur le référendum] que Pierre Karl avait. Comme par hasard, il n’y avait pas de problème il y a six mois.

 

Une fois au pouvoir, il poserait des gestes fondateurs. Parmi ceux-là figure la création d’un Conseil constitutionnel, auquel le gouvernement du Québec s’adresserait pour obtenir des renvois, en lieu et place de la Cour d’appel du Québec. Alexandre Cloutier s’attend à une levée de boucliers de la part d’Ottawa.

Aucun des députés qui appuyaient Véronique Hivon n’est passé dans le camp d’Alexandre Cloutier, qui est pourtant une amie, idéologiquement proche de surcroît. « J’ai déjà 12 appuis au caucus des députés. Ça aurait été quand même surprenant que j’aie le caucus en entier », s’est-il consolé.


Notes biographiques

Âge 39 ans

Formation Baccalauréat en droit, Université d’Ottawa ; membre du Barreau du Québec ; maîtrises en droit constitutionnel (Université de Montréal) et en droit international public (Université de Cambridge).

Expérience politique Député de Lac-Saint-Jean depuis mars 2007 ; ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, à la Francophonie canadienne et à la Gouvernance souverainiste de décembre 2012 à avril 2014 ; aujourd’hui porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation, de recherche et de persévérance scolaire.

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14 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 10 septembre 2016 03 h 40

    soumis et obéissants

    Celui a lequel René Lévesque croyait mais depuis ce temps les jeunes ont appris a leur dépend qu'ils n'étaient qu'un facteur de plus sur l'échiquier mondiale, est ce que vous pensez qu'ils ont oubliés la fronde qu'ils ont du subir sous ce cher Charest, que'ils ont appris a la dure qu'ils n'avaient aucuns droits, que les grands pouvoirs s'attendaient qu'ils soient soumis et obéissants, que même les grands mères ont du sortir avec leurs casseroles, pour empêcher le pire

  • Pierre Schneider - Abonné 10 septembre 2016 07 h 12

    Réforme des institutions

    Alexandre Cloutier s'engage-t-il à ne plus prêter l'odieux serment d'allégeance à la Reine qui horripile tant de Québécois ?
    S'egage-t-il a mettre sur pied une constituante citoyenne pour écrire la constitution de la future République du Québec, la faire adopter par l'Assemblée nationale avant de la soumettre à un référendum ?
    S'engage-t-il à faire tablula rasa de toute la destruction des valeurs québécoises prograssistes mises à mal par le PLQ et ss idéologues de la CAQ ?

    Beaucoup trop de questions demeurent sans réponse à la lecture de ce texte.

  • François Dugal - Inscrit 10 septembre 2016 07 h 16

    Le vieux

    Étant vieux, monsieur Cloutier ne sera pas mon candidat.

  • Jean Lapointe - Abonné 10 septembre 2016 08 h 23

    Il est illusoire que d'en arriver à plaire à tout le monde.

    Mon impression générale:

    Alexandre Cloutier semble chercher à plaire à tout le monde au lieu de prendre des positions réfléchies, claires et fermes.

    Il semble plus soucieux de gagner en tournant les coins ronds et en évitant de préciser sa pensée que de tenter de convaincre qu'il serait en mesure de faire avancer le Québec.

    Alexandre Cloutier a à mon avis encore bien des croutes à manger avant de prétendre diriger le Parti québécois. Il est encore très jeune. Il manque d'expérience.

    Sa position sur la tenue d'un référendum est intenable pour moi. Elle ne peut que donner prise à nos adversaires.

    On dit que ce serait le candidat préféré des Libéraux. C'est sans doute parce qu'ils savent très bien qu' ils n'en feraient qu'une bouchée. Ils craindraient au contraire l'arrivée de Jean-François Lisée à la tête du Parti québécois. C'est qu'ils savent que ce ne serait pas facile avec lui. Il est beacoup plus aguerri que Cloutier.

    Et s'opposer carrément à la Charte des valeurs comme il le fait je trouve que c'est politiquement très maladroit. C'est le moins qu'on puisse dire. C'est comme s' il favorisait une certaine division au sein du parti.

    Et j'en passe.

    • Maxim Bernard - Abonné 12 septembre 2016 00 h 27

      Tout à fait d'accord. Il a l'air d'un politicien typique qui fait de beaux discours creux et qui ne fera rien de tout ça s'il arrive au pouvoir. À part être pour la tarte aux pommes, il n'a presque jamais exprimé d'opinions avec franchise au cours de la campagne.

      Préciser ses intentions référendaires 6 mois avant l'élection (et en passant, on devine déjà l'issue d'un tel processus...) laisserait trop peu de temps aux souverainistes de s'organiser advenant la décision d'une élection référendaire, et dans le cas contraire, cela n'empêcherait pas les libéraux et les caquistes de jouer sur l'ambigüité et de faire peur aux gens, comme ils l'ont fait en 2014.

      Au moins, Lisée et Ouellet ont le mérite d'être clairs.

      Les arguments de peur de Couillard ne fonctionneraient pas contre Lisée, c'est pour ça qu'ils le craignent. Quant à Ouellet cependant, je crois que 2 ans, c'est trop court pour préparer les gens à une élection référendaire. Désamorcer des peurs, parfois bien ancrées, ça prend du temps.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 10 septembre 2016 08 h 51

    Bref !

    « Ce que je veux projeter, c’est de l’ouverture et un gouvernement progressiste, réformateur, proche du monde, un gouvernement du peuple, des gens, ce que le Parti québécois était » (Alexandre Cloutier, candidat à la direction du PQ)

    Bien sûr que certes, mais comment projeter ce dont on veut quand tout le monde sait que personne, une fois le pouvoir entre les mains, ne le réalise vraiment ?

    D’effet, tant en politique qu’en d’autres réalités, vouloir projeter diffère, la plus part du temps, de ce qu’on est ou souhaite faire et faire-faire autrement-ailleurs !

    Bref ! - 10 sept 2016 -