Une première autochtone prend la tête du CSF

Eva Ottawa
Photo: Chaire de recherche du Canada sur la diversité juridique et les peuples autochtones Eva Ottawa

Au bout du fil, jeudi soir, Eva Ottawa cherchait ses mots : l’Attikamek de 45 ans venait tout juste d’apprendre qu’elle avait été sélectionnée par le Conseil des ministres pour devenir la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme (CSF).

« C’est vraiment spécial, a-t-elle lancé en riant. Ça faisait deux semaines et demie que j’avais eu l’appel de la vice-première ministre [Lise Thériault], qui m’avait questionnée sur mon intérêt. Elle voulait présenter mon nom pour la nomination, mais ça devait passer par le Conseil des ministres. J’ai eu la confirmation cet après-midi. »

Eva Ottawa a pris la route, vers Montréal, dès que l’annonce officielle a été faite. Elle participera ce vendredi à une consultation du Secrétariat à la condition féminine consacrée aux enjeux propres aux communautés autochtones en matière d’égalité entre les femmes et les hommes.

Ouverture

La femme de 45 ans, qui a grandi à Manawan, dans Lanaudière, a deux baccalauréats, en sociologie et en droit. L’an dernier, elle est retournée aux études, à l’École du Barreau. Elle devra remettre ce projet à plus tard, a-t-elle rigolé. De la même façon, son nouveau mandat la forcera à renoncer à ses fonctions de commissaire à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, poste qu’elle occupait depuis l’an dernier. Et au CSF, à quels dossiers souhaite-t-elle s’attaquer en premier ? « Je viens d’être nommée. Je veux prendre le temps de regarder les dossiers pour me faire une tête. Je vais vous revenir pour parler de mes priorités », a-t-elle promis.

Avec le lancement de la commission d’enquête fédérale sur les femmes autochtones assassinées ou disparues et dans l’attente des conclusions de l’enquête sur les agressions présumées de femmes autochtones de l’Abitibi par des agents de la Sûreté du Québec, l’actualité ne prendra sans doute pas de temps à la rattraper.

« Je pense que les femmes autochtones vont avoir un sentiment de fierté. Les autochtones autant que les allochtones », a déclaré Eva Ottawa à propos de sa nomination. « En tout cas, c’est une belle ouverture. Moi, je pense que c’est quand même bon ; je veux faire le pont entre les deux nations », a-t-elle ajouté, en faisant référence aux relations, parfois difficiles, entre les membres des Premières Nations et les Québécois.

Au CSF, la conseillère stratégique Liliane Côté a tenu à souhaiter la bienvenue à sa nouvelle collègue, qui succède à Julie Miville-Dechêne, nommée à l’UNESCO. « C’est une nomination historique au Conseil, la première femme autochtone à ce titre », a-t-elle souligné.

Fierté

Le grand chef du Conseil de la nation attikamek, poste qu’a occupé Eva Ottawa de 2006 à 2013, a salué l’ouverture du Conseil des ministres. « C’est quelque chose, pour une femme attikamek, d’être nommée à ce niveau-là. […] Je ne peux pas m’empêcher d’être fier d’elle », a affirmé Constant Awashish. « J’espère qu’elle pourra utiliser son pouvoir d’influence pour faire avancer la cause des femmes, la cause des femmes autochtones aussi et celle des Attikameks », a-t-il souhaité.

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1 commentaire
  • Jean-Pierre Papineau - Abonné 9 septembre 2016 15 h 51

    Éva Ottawa

    Quelle belle personne, très bien disposée à juger avec une très grande sagesse les abuts de la part des 'blancs' et nos chers 'autochtones' que nous, peuple à la maniètre des conquistadors avons méprisé pendant des siècles !
    Félicitations Éva. Je et nous sommes de tout coeur avec vous.
    JPPapineau