Les chauffeurs de taxi ne seront pas perdants, affirme Québec

Les chauffeurs de taxi ont tenté de tenir une manifestation contre Uber au centre-ville de Montréal, jeudi, mais la circulation les en a empêché.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les chauffeurs de taxi ont tenté de tenir une manifestation contre Uber au centre-ville de Montréal, jeudi, mais la circulation les en a empêché.

Le premier ministre Philippe Couillard croit que l’entente intervenue avec Uber, qui a provoqué la colère des chauffeurs de taxi, ne leur fera pas perdre des revenus puisqu’il s’attend à une croissance du marché.

« On peut voir la situation comme une tarte, avec une limite, qu’il faut partager ou l’occasion de faire grossir la tarte et que tout le monde en ait plus. À mon avis, c’est dans cette deuxième situation qu’on est », a affirmé Philippe Couillard lors de la conférence de presse qui clôturait le caucus présessionnel des députés libéraux.

Le premier ministre a prévenu l’industrie du taxi traditionnelle que les anciennes façons de faire sont révolues. « La solution pour l’industrie du taxi ici, ce n’est pas de se retrancher dans son ancienne façon de faire, ça va être de continuer à se moderniser. »

« Il faut accueillir l’innovation, a-t-il dit. Uber, ce n’est rien par rapport à ce qui s’en vient. […] On est à l’orée seulement du déferlement technologique de ce type dans de nombreux domaines d’activités. »

Le premier ministre a présenté l’entente signée in extremis avec Uber mercredi dans la nuit comme « une entente équitable qui assure un terrain de compétition favorable ». Plutôt que de s’arrêter aux doléances du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi (CPCDIT), représenté par Guy Chevrette, ou du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos (RTAM-Métallos), Philippe Couillard s’est réjoui de la satisfaction exprimée par Alexandre Taillefer, de Téo Taxi. « M. Taillefer, pour moi, c’est une référence », a-t-il dit. Il a qualifié de « rafraîchissante » l’attitude de l’entrepreneur qui ne craint pas la concurrence d’Uber et qui juge l’entente équitable.

Citant l’exemple de Paris, Philippe Couillard a reconnu que l’arrivée d’Uber est « problématique », même si elle est consentie par les autorités. « Il y a de la grogne, de l’insatisfaction, il y a de la tension sociale », a-t-il observé. Le modèle réglementaire du Québec pourrait susciter de l’intérêt en Amérique du Nord et ailleurs, selon lui.

Redevance et permis de taxi

L’entente n’a pas été dévoilée : le texte final doit faire l’objet de tractations entre les parties. Certains détails ont toutefois filtré. Ainsi, la multinationale s’est engagée à payer une redevance modulée en fonction de son niveau d’activité. Pour les 50 000 premières heures travaillées par semaine, soit le niveau moyen des activités d’Uber à l’heure actuelle, elle verserait 90 ¢ par course ; entre 50 000 et 100 000 heures, la redevance serait haussée à 1,10 $; pour l’excédent, elle serait fixée à 1,26 $.

Ces redevances alimenteront un Fonds de modernisation qui servira à financer des projets issus de l’industrie. Le gouvernement a déjà mis 5 millions dans ce fonds. L’impact du projet-pilote, qui s’étend sur un an, sera évalué. Il n’est pas exclu que des compensations soient versées aux chauffeurs de taxi si la valeur de leur permis chute.

Uber devra se procurer un permis d’intermédiaire. Ses chauffeurs devront se munir d’un permis de chauffeur de taxi — la classe 4 C —, suivre une formation et obtenir une « habilitation sécuritaire ». Les véhicules des chauffeurs Uber devront subir une inspection mécanique. Les voitures devront être identifiées comme taxi, mais la forme que prendra cette identification reste à préciser. Taxes et impôt seront payés. Un projet de règlement sera publié sous peu et il sera appliqué d’ici 20 jours.

Le ministre des Transports, Laurent Lessard, estime que le gouvernement Couillard a réussi à imposer un modèle unique au monde. « Ils font quelque chose qu’ils n’ont jamais fait dans le monde entier : percevoir des taxes et des impôts, se voir attribuer des balises et des tarifs, des obligations », a-t-il fait valoir.

Manifestations à prévoir

Les chauffeurs de taxi, eux, ne partagent pas du tout l’enthousiasme du gouvernement. « On ne le prend pas, ça, c’est clair. On ne le prendra jamais », a lancé Guy Chevrette, du CPCDIT, au sujet de l’entente.

« Gaffez, volez, ne payez pas, désobéissez civilement, mais on est là, on va vous aider. C’est ça l’image que le gouvernement projette ce matin », a-t-il lancé en conférence de presse jeudi avant-midi.

Le CPCDIT envisage des « procédures légales » et entend mettre sur pied un « plan d’action » pour manifester son désaccord. Des chauffeurs de taxi n’ont d’ailleurs pas hésité à prendre la rue jeudi après-midi devant les bureaux du ministère des Transports à Québec.

« Les chauffeurs ne sont pas dupes. Ils savent que la valeur de leur permis diminuera, ils savent qu’ils ne seront pas compensés »,a réagi Benoit Jugand, porte-parole du RTAM-Métallos.

À l’opposé, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain a salué l’entente entre Québec et Uber, heureuse de constater que les deux parties ont mis de l’eau dans leur vin. « Ce projet-pilote est un pas important qui permet la coexistence de plusieurs modèles d’affaires au bénéfice des usagers et qui encourage l’innovation et la concurrence », a déclaré son président et chef de la direction, Michel Leblanc.

15 commentaires
  • Raynald Richer - Abonné 8 septembre 2016 12 h 49

    numériser le travail au noir

    Tout ce qu'il y a de nouveau dans ce model d'affaire c'est qu'il numérise et intetrnationalise le travail au noir. Il n’y a pas de gain pour la société.

    Pour ce qui est du taxi, on retourne à ce qu'il y avait avant l'existence des permis.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 9 septembre 2016 13 h 21

      Si vous voulez faire du travail au noir c’est bien mauvaise idée que de passer par la numérisation puisque celle-ci laisse des traces permanentes...

      L’adhérant du service d’UBER doit obligatoirement passer par la plateforme électronique qui l’identifie, et identifie aussi son client. Le paiement du service passe les serveurs d’UBER et est versé par voie électronique au compte bancaire de l’adhérant… ce qui n’est pas vraiment une procédure rêvée pour qui veut faire du travail noir !

      Par contre dans le service de taxi traditionnel la commande du client se fait par téléphone et est transmise au chauffeur vocalement, donc aucune trace n’est laissée nulle part. Si le chauffeur se fait payé en argent vous avez le scénario parfait pour faire du travail au noir.

      Et en plus vous avez aussi le scénario parfait pour faire ‘’du vol de taxes’’ puisque le prix règlementés des courses de taxi inclue ces taxes.

      L’arriver d’UBER, et autres services semblables font le contraire de ce que vous dites. A terme jamais les services de transport des personnes n’aura été aussi transparent fiscalement parlant !

      Et des gains pour la société il y en a car le service est plus convivial et plus sécuritaire, et pour le client, et pour le chauffeur, pour cause de la visibilité de l'échange et de la traçabilité de chacun.

    • Olivier Courtois - Abonné 9 septembre 2016 17 h 29

      M.Arès

      Jusqu'à maintenant quelle quantité de cette information détenue par UBER, une entreprise privée, a été transférée aux gouvernements pour qu'ils puissent taxer les sommes gagnées par UBER et ses chauffeurs associés. Je doute que ce soit beaucoup.

  • Francois Cossette - Inscrit 8 septembre 2016 13 h 09

    Tres drole !!!

    Le seul constat que l'on peut faire ici c'est que les chauffeurs de taxi viennent de s'en faire passer une tabarouette par le gouvernement et le ministre en remets en nous disant que l'attente est correct pour les chauffeurs existants.

    Je n'ai pas de parti pris dans ce débat mais je déteste que le gouvernement prenne les citoyens pour des idiots, quoique pour l'avoir mis et remis au pouvoir, ils fallaient l'etre un peu ou meme plus.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 8 septembre 2016 21 h 10

      Je déteste également que le gouvernement du PM Couillard prenne les gens pour des idiots, ou encore des gnochons. Mais le gouvernement du PM Couillard, il n’est pas là à prendre toutes sortes de décisions parce qu’une majorité de québécois l’ont décidé. J’insiste: une «majorité». Mais peu importe. Prendre les citoyens pour des idiots, c’est déjà trop, en partant. Malheureusement, il ne s’agit pas seulement du conflit entre les chauffeurs de taxi et ceux de Uber qui soulève cette question de prendre les citoyens pour des idiots. On pense également au pipeline de TransCanada, ou encore à la «fracturation» de Pétrolia qui vient tout juste d'être renommée, tenez-vous bien, «stimulation»! On prend vraiment le monde pour des idiots! Là, on n'a plus besoin de preuve à ce sujet.

      C’est bien plate ici pour les chauffeurs de taxi qui se voient comme trahis par le gouvernement du PM Couillard qui, lui, préfère faire la belle devant les multinationales et les grosses compagnies dont l’objectif premier est le profit, profit, profit, profit, …. Comme c’est déprimant!

  • Nadia Alexan - Abonnée 8 septembre 2016 15 h 21

    Ce sont les Québécois qui seront perdants

    Quand la Chambre de commerce se réjouit, moi je me méfie! La porte-parole de cette même Chambre se dit très contente de l'entente de principe avec la multinationale américaine, UBER, parce que, selon lui, cette ouverture «va encourager la concurrence». Depuis quand la concurrence chez nous à t-elle servit les citoyens? Les câblos distributeurs, les pharmaceutiques, les transporteurs aéronautiques se prévalent de la concurrence, toutefois, ils continuent à escroquer les consommateurs canadiens, qui payent les factures les plus élevées pour leurs services électroniques, parmi tous les pays de l'OCDI, et tant pis pour la concurrence!
    Une fois de plus, ce gouvernement libéral a démontré son incompétence en se pliant aux exigences de cette multinationale, sans conscience sociale, qui ne compte pas payer sa juste part d'impôt, en cachant ses profits dans les paradis fiscaux. Ce sont les Québécois qui seront les perdants dans cette affaire.

  • Nicole Delisle - Abonné 8 septembre 2016 15 h 30

    Le comble de l'incompétence libérale!

    Un gouvernement qui négocie avec une entreprise délinquante et qui fait du travail au noir et leur fait des conditions particulières, est un gouvernement lâche et injuste envers ses travailleurs. M. Lessard vient de créer une situation hors-norme qui vient
    de valider le fait que des groupes clandestins peuvent maintenant se négocier des avantages au détriment de l'ensemble de la majorité. Il crée ainsi un dangereux précédent. M. Lessard est naïf et condescendant et pourrait être le responsable des gestes des chauffeurs de l'industrie du taxi qui sont en colère et n'apprécient pas
    ce traitement à leur endroit. Si la paix sociale est troublée, il en sera le responsable.
    Un autre membre du PLQ qui souffre du principe de Peter ( a dépassé le seuil de ses
    compétences). Le parti libéral manque cruellement de leadership et de justice sociale!

    • François Dugal - Inscrit 8 septembre 2016 21 h 16

      "L'incompétence libérale" sera reportée au pouvoir à la prochaine élection, madame Delisle. Une partie suffisante de la population est satisfaite de leur prestation : ils ne peuvent pas perdre.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 8 septembre 2016 17 h 56

    Vents sociaux contraires en vue...

    Maintenant, le gouvernement devra non seulement faire respecter l'entente conclue avec UBER, mais aussi persuader les conducteurs et propriétaires de taxis d'en accepter la légitimité... Ce sont là d'énormes fardeaux, lui qui pendant maintenant près de trente mois a éprouvé énormément de difficultés à faire appliquer les législations sur le taxi et les lois fiscales... Surtout, l'opinion publique est en faveur d'une industrie où les plus pauvres d'entre nous travaillent énormément pour un salaire de famine. Que fera UBER de l'entente et de nos lois? Les respectera-t-il? Que fera le gouvernement en cas d'irrespect? Se privera-t-il de revenus en obtenant des injonctions contre UBER?