Nathalie Normandeau : « L’UPAC m’a déclaré la guerre »

<em>«Ça a été très difficile, et c’est encore difficile. Je vis ça comme une grande injustice, parce que je ne comprends pas»</em>, a affirmé Nathalie Normandeau mardi.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Ça a été très difficile, et c’est encore difficile. Je vis ça comme une grande injustice, parce que je ne comprends pas», a affirmé Nathalie Normandeau mardi.

L’ex-vice-première ministre du Québec Nathalie Normandeau a ouvert lundi sa nouvelle émission de radio à BLVD FM en promettant la guerre à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et aux élus de l’Assemblée nationale.

« Tout le Québec est à l’écoute. Elle est de retour », disait la grosse voix radiophonique qui a lancé l’introduction de l’émission 100 % Normandeau, nouvelle quotidienne de deux heures et demie diffusée à l’heure du retour à la maison.

Au micro, six mois après son arrestation, l’ex-ministre libérale s’est faite pugnace. « Je n’ai pas commis d’infraction criminelle. Je n’ai pas commis d’acte criminel. Je n’ai pas fait ce que la poursuite me reproche. La poursuite s’est trompée. La poursuite se trompe en faisant ce qu’ils font et je vais le démontrer en cour au cours des prochaines semaines et des prochains mois, a-t-elle lancé. L’UPAC m’a déclaré la guerre, mais moi, aujourd’hui, je vous dis, je suis prête pour le combat. »

Nathalie Normandeau a été arrêtée le 17 mars et accusée de sept chefs de complot, de corruption, d’abus de confiance et de fraude. Le lendemain de son arrestation, son employeur, le FM93, l’a larguée. De son ex-collègue, le polémiste animateur Éric Duhaime, elle semble avoir gardé le sens de la formule et le ton assuré.

« Ça a été très difficile, et c’est encore difficile. Je vis comme une grande injustice, parce que je ne comprends pas. Je ne comprenais pas le jour où on m’a arrêtée et je ne comprends toujours pas », a-t-elle affirmé en ondes.

Un seul PLQ

En guise de réplique à ses anciens collègues de l’Assemblée nationale, qui ont décidé de boycotter son émission, elle s’est présentée comme un paria — mais un paria qui n’a pas dit son dernier mot. « Je vous annonce aujourd’hui que 100 % Normandeau va à son tour boycotter les députés de l’Assemblée nationale. À 100 % Normandeau, jamais vous n’entendrez une entrevue d’un ministre ou d’un député du Québec », a dit l’ex-ministre libérale avant de couper sa carte de membre du parti.

De toute façon, a poursuivi son coanimateur Marc-André Lord, ce genre d’entrevue n’intéresse pas « le vrai monde ». « Quand tu parles au vrai monde […], combien de fois, quand tu arrives au bureau, tu entends : as-tu entendu ce que tel ministre ou tel député a dit à telle antenne ? Ça n’arrive jamais. Parce que des entrevues de politiciens, surtout au provincial, c’est des entrevues de cassettes », a-t-il tranché.

En renonçant à son adhésion au Parti libéral, Nathalie Normandeau a dit vouloir envoyer un message au premier ministre du Québec et chef du parti, Philippe Couillard. « Philippe Couillard, lorsque je l’écoute parler, on dirait que pour lui, il y a deux Parti libéral du Québec. Mais ce qu’il oublie, c’est qu’il n’y a qu’un seul Parti libéral du Québec, a-t-elle insisté. C’est comme si Philippe Couillard essayait de nier, de mettre sous le tapis tout ce qui s’était passé avant qu’il devienne chef du Parti libéral du Québec. Mais il ne faut pas oublier que Philippe Couillard a fait partie d’un gouvernement où j’étais à l’époque, et il était ministre de la Santé. »

Nathalie Normandeau sera de retour en Cour le 28 septembre. D’ici là, elle a dit espérer que les « gérants d’estrade » et autres membres de la classe politique ou du public respectent sa présomption d’innocence.

Réécoutez l'émission de Nathalie Normandeau

24 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 6 septembre 2016 17 h 36

    Danger!

    L'UPAC ne doit pas devenir un État dans un État. C'est le danger qui la guette et nous guette tous. Tout pouvoir, policier au autre, a tendance à abuser de son pouvoir. Par le passé, l'UPAC a eu un comportement discutable, à l'occasion, au plan éthique. Il semblait y avoir des fuites pour les médias et autres étrangetés. Dans toute société démocratique, la question du contrôle de la police demeure. À qui celle-ci doit-elle rendre des comptes? La réponse à cette question est pour le moins difficile. Rendre des comptes à un organisme neutre et indépendant, sans doute. Quant à Mme Normandeau, elle doit pleinement bénéficier de la présomption d'innocence.


    Michel Lebel

    • Robert Lauzon - Abonné 7 septembre 2016 04 h 20

      Voulez-vous nous dire que des actes répréhensibles posées par des personnalités publiques ne devraient jamais être portées à la connaissance des électeurs et des payeurs de taxes?

      Quand un parti politique, comme le PLQ, fait de la magouille avec les fonds publics pour garnir sa caisse électorale et les goussets de quelques mandarins bien plus intéressés à leurs propres intérêts qu'à la saine gestion de l'État et bien sachez, monsieur Lebel, que pour que la démocratie fonctionne et que l'État fasse ce qu'Il doit faire, il faut bannir et punir très très sévèrement ces tricheurs, ces voleurs pour que tous ceux qui vont servir dans les rouages de l'administration publique voient à ce que notre argent soit utilisée de façon efficiente et exclusivement de façon efficiente aux bénéfices directs de la société.

      Les PLQuistes veulent tellement notre bien, qu'ils nous l'arrachent comme des charognards dévorant une carcasse n'ayant plus que les os à offrir en pâture.

      Il est plus que temps que lumière soit faite sur toutes ces malversations de tous les politichiens véreux au pouvoir et qui font fi de leurs obligations en nous riant au nez tout en ratatinant le Québec dans son essence même.

      Vivement toute la lumière et non pas les zones d'ombre que vous prônez.

    • Marc Lacroix - Abonné 7 septembre 2016 06 h 05

      De quoi parlez-vous, M. Lebel ? Vous sombrez dans une obscure théorie de complots ourdis par l'UPAC, sur la base de quoi exactement ?

      Vous parlez de présomption d'innocence, vous désirez en faire bénéficier Mme Normandeau, mais vous insinuez que les policiers de l'UPAC pourraient être coupables..., d'on ne sait trop quoi ? Deux poids, deux mesures ! Se pourrait-il que les policiers ne fassent que leur travail ? Vous devriez peut-être leur laisser le bénéfice du doute que vous laissez à Mme Normandeau, avant de parler de "Danger".

      Pour en revenir à la présomption d'innocence de Madame, avant même d'obtenir des mandats, les policiers — doivent démontrer — que la Madame en question "pourrait raisonnablement" avoir commis une infraction quelconque; il ne s'agit pas encore d'une preuve hors de tout doute raisonnable, mais nous sommes loin de l'arbitraire dont vous accusez les policiers. De compléter des causes criminelles coûte des fortunes — parce qu'avant même de passer officiellement en cour —, les policiers doivent convaincre leurs gestionnaires, des procureurs de la couronne et des juges de paix que leur dossier est valable, à défaut de quoi, le dossier en question est fermé.

    • Michel Lebel - Abonné 7 septembre 2016 07 h 01

      @ Marc Lacroix,

      Dans mon commentaire, je ne fais que réfléchir à la notion de pouvoir et son abus possible, entre autres, par la police. Ce qui me semble de l'ordre de l'évidence! Quant au comportement éthique de l'UPAC, je vous renvoie à certaines fuites (j'en oublie certainement) de celle-ci, bien médiatisées, que ce soit à une ''visite'' chez l'ancien maire Gérald Tremblay ou une autre ''visite'' matinale chez Philippe Couillard; je peux ajouter l'arrestation de Nathalie Normandeau, le jour même du dépôt dui budget gouvernemental.
      L'UPAC a la réputation de ne rien faire sans y avoir mûrement réfléchi. Mais à qui ce puissant organisme rend-il des comptes? Toute police doit le faire, sinon le danger d'abus existe. Inutile d'ajouter que cette problématique existe pour tous les pays démocratiques.


      Michel Lebel

    • Marc Lacroix - Abonné 7 septembre 2016 07 h 45

      M. Lebel, vous nous amenez dans des généralités qui alimentent les propos plutôt tendancieux de Mme Normandeau; doit-on rappeler que c'est Mme qui fait face aux tribunaux pour fraude, corruption..., pas les policiers.

      Doit-on accorder plus de crédibilité à Madame, ou aux gens qui dans notre société doivent s'assurer que les lois sont respectées ? À la lumière des informations connues jusqu'à ce jour, Madame souffre d'un certain manque de crédibilité, j'attendrais à la fin du procès, avant de laisser entendre que les policiers abuseraient de leur pouvoir !

    • Bernard Plante - Abonné 7 septembre 2016 07 h 54

      M. Lebel, et à qui le PLQ rend-il des comptes?

      Il y a de ce côté une bien plus grande menace à la démocratie que celle que vous tentez de soulever à partir de simples suppositions personnelles visant à détourner l'attention.

    • Michel Lebel - Abonné 7 septembre 2016 08 h 15

      @ Bernard Plante,

      Je ne veux aucunement détourner l'attention. Je dis simplement que la police doit aussi rendre des comptes, elle ne doit jamais avoir carte blanche. C'est une donne essentielle à tout sain régime démocratique. Mais la chose (le contrôle de la police) demeure complexe et délicate.

      Quant à Mme Normandeau, je le redis, elle doit pleinement bénéficier de la présomption d'innocence. Et que justice suive son cours!

      M.L.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 7 septembre 2016 08 h 23

      Mme Normandeau a tout appris de M. Charest cependant le plus important il l'a gardé pour lui et c'était qu'elle n'était qu'une chèvre-émissaire qui n'occupait, à l'Assemblée nationale, qu'une chaise de chêne libéral qui devait voter selon la ligne du parti et non selon ses convictions.
      Aujourd'hui ses décisions, selon la ligne du parti, ont été prises à l'intérieur d'un cadre théorique qui réponds à la stratégie de: tout pour la protection du premier ministre et que les ministres sont protégés, ou pas, par le judiciaire.
      Aujourd'hui l'UPAC fait ce qu'il doit et vous devrez, Mme Normandeau, étaler toutes vos connaissances de cette chaise de vice-première ministre si vous voulez être libéré du principe premier de protection du premier ministre.
      Et si vous vous libérez de ce principe premier de protection du premier, vous serez considéré comme traîtresse et adieu le retour en politique, plus jamais de protection des petits amis du parti, jamais plus de job garanti par ces amis fidèles du parti collusionnaire, jamais plus de petits déjeuners en tête à tête avec des membres de l'establishment et surtout jamais plus de roses blanches.

    • Jean Santerre - Abonné 7 septembre 2016 09 h 15

      M. Lebel le prestidigitateur!!
      Non seulement vous masquez le sujet de l'article et braquer les projecteurs sur un tout autre sujet, mais vous réussissez à devancer la parution de l'article par votre commentaire.
      C'est incroyable. Il faut vraiment le faire.
      Dois-je échafauder une théorie du complot?

    • Michel Lebel - Abonné 7 septembre 2016 10 h 55

      J'ajouterai à mon évaluation critique de l'éthique de l'UPAC, le grenouillage bien public de son actuel directeur, Robert Lafrenière, pour être reconduit à son poste. Il est extrêmement rare de voir un haut fonctionnaire agir ainsi.


      M.L.

    • Sylvain Auclair - Abonné 7 septembre 2016 12 h 38

      La présomption d'innocence est tout à fait respectée. Tout d'abord, Mme Normandeau est libre et non pas en prison. Ensuite, ce sera à la Couronne de prouver ses accusations, et non à l'avocat de Mme Normandeau de tenter de la disculper.

      La réputation n'entre pas en ligne de compte. Surtout qu'ici, les clivages politiques restent les mêmes.

    • Donald Bordeleau - Abonné 8 septembre 2016 10 h 30

      D'autres coups durs à venir pour le PLQ à l'aotomne.

      Monsieur Couillard est premier Ministre, mais cela semble juste une job pour lui.

      Il est incapable de dégager un consensus pour l'aide sociale, mais il met la charrue devant les boeufs sans se soucier du résultat.

      La motivation et la passion ne sont pas sa tasse de thé pour notre PM. Selon l'information, il n'est pas un bourreau de travail. Souvent il ne semble pas au courant de certain dossier et il communique très peu ( silo ) avec ses députés pour les décisions. Il recrute dans son Club École la CAQ.

      La gestion se fait au gré des problèmes au MTQ, de Dominique Savoie, de Rona, de Sam Hamad, du bordel informatique, de Daoust et la pression a augmenté énormément sur le chef de cabinet de Philippe Couillard, Jean-Louis Dufresne. En 2009 à la Santé, le PLQ n’oubliera pas son vieil ami Jean-Louis Dufresne avec BCP qui obtiendra un lucratif contrat de vigie internationale lors de la pandémie fantôme de grippe aviaire.

      Seul le ministre Jean-Marc Fournier est pendu à l’oreille de Couillard.

      Cependant sa passion est la pêche et la chasse.

      Monsieur Couillard se comporte comme un prince dans son château en participant à la chasse à cour.

      https://www.youtube.com/watch?v=hJVYvVyEn

  • Donald Bordeleau - Abonné 6 septembre 2016 18 h 16

    La politique ne concerne que 10% de la population.

    Avec les sondages actuels ou une minorité élirait encore le PLQ qui a été démontré 9 fois sur 10 qu'il a pratiqué la collusion et le trafique d'influence pour les contrats gouvernementaux.

    Les contrats dirigés comme Madame Boulet et Monsieur Hamad comme exemple.

    Un automne chaud est prévu sur beaucoup de dossier, les langues se délient.

    • François Masseau - Abonné 6 septembre 2016 23 h 04

      Elle pourrait peut-être en profiter pour parler. Elle sert de bouc-émissaire au parti libéral, elle pourrait sûrement en éclabousser quelques-uns...
      Mais je serais fort étonné qu'elle le fasse !

  • Bernard Morin - Abonné 6 septembre 2016 19 h 21

    Que faites-vous Monsieur Lord des "cassettes" à la Charest que Madame Normandeau a débitées sans srupules pendant nombre d'années?

  • Marc Lacroix - Abonné 6 septembre 2016 19 h 50

    Une colère de sainte mitouche !

    Mme Normandeau s'amuse à jouer les vierges offensées, mais ce n'est qu'un jeu et rien de plus. Si cette dernière se trouve citée à procès pour corruption, un ou des avocats de la couronne et un juge estiment qu'il y a des motifs raisonnables de croire que des actes criminels ont été commis.

    Elle peut dire : "Je n’ai pas commis d’infraction criminelle..." mais ces paroles ne modifient en rien ce que les enquêteurs ont au dossier. Il est trop tôt pour la considérer coupable "hors de tout doute raisonnable", mais le dossier ne repose pas sur du n'importe quoi, comme elle le laisse entendre. Seul le procès permettra de voir elle est coupable au sens criminel..., ou non!

    Quant à son boycottage des élus de l'Assemblée nationale, elle peut bien dire ce qu'elle veut, mais elle n'aura pas à travailler fort pour l'appliquer, puisque les élus eux-mêmes prennent leur distance avec elle.

    • Marc Lacroix - Abonné 6 septembre 2016 20 h 08

      Oups, je voulais écrire : "Une colère de sainte-nitouche !"

    • Louise Collette - Abonnée 7 septembre 2016 09 h 19

      hi hi <<mitouche>> c'est bon ça mitouche mitouche pas enfin c'est selon..

  • Denis Paquette - Abonné 7 septembre 2016 03 h 52

    Allo l'UPAC, c'est votre crédibilité qui est mise en jeux

    comment il se fait que dans sa condition elle ait autant d'exposure, assistons nous pas a une forme d'irrespect de nos structures, ne sommes nous pas en pleine désobéissance et anarchie, jusqu'ou un individu soupconné de fraudes, aimer ou pas, peut-il, faire fi, d'un madat, qu'attend l'UPAC pour réagir