Commandites: le personnel de Charest n'aurait rien à se reprocher

Québec — Répliquant à Bernard Landry, qui l'accuse de complaisance à l'égard du scandale des commandites, Jean Charest a soutenu que c'était plutôt le chef du Parti québécois qui s'est montré complaisant dans l'affaire d'Oxygène 9 quand il était premier ministre.

«Lorsqu'il y a eu le scandale du Parti québécois dans le dossier d'Oxygène 9, on avait réclamé une enquête publique parce que c'est une affaire qui est très similaire [au scandale des commandites]», a affirmé M. Charest hier.

Ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Bréard, du nom de l'ancien directeur général du PQ, Raymond Bréard, a éclaboussé le PQ au début de 2002. La firme Oxygène 9 avait touché 400 000 $ du Regroupement des événements majeurs internationaux du Québec (REMI) pour l'obtention d'une subvention de 30 millions, soit une commission de 1,5 %. Oxygène 9 avait également obtenu 200 000 $ de la Régie intermunicipale du canal Soulanges, un organisme sans but lucratif qui cherchait à obtenir des subventions du gouvernement du Québec. L'affaire n'avait donné lieu à aucune enquête criminelle.

Pour fins de comparaison, le scandale des commandites, que M. Charest assimile à l'affaire Oxygène 9, porte sur le versement de 100 millions de dollars en commissions à quelques firmes proches des libéraux pour du travail qui n'a souvent pas été réalisé, soit 40 % de la valeur du programme de 250 millions. Une enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est ouverte sur la firme Groupaction, une des entreprises choyées par ce programme administré par le ministère fédéral des Travaux publics.

Le premier ministre Charest a tenu à préciser qu'aucune personne de son entourage n'a été impliquée dans le scandale des commandites. Michel Guitard, vice-président aux relations publiques du Groupe Everest, que M. Charest vient d'engager comme conseiller, n'a rien eu à voir avec les commandites fédérales, a-t-il assuré.

M. Charest a indiqué qu'en 1999, il avait cessé de «travailler» avec son ami et conseiller Claude Lacroix, un des fondateurs d'Everest, et son épouse, Suzanne Poulain, qui a été l'attachée de presse de M. Charest alors qu'il était chef du Parti progressiste-conservateur, puis lorsqu'il est devenu chef du Parti libéral du Québec. M. Lacroix a conseillé M. Charest lors des élections de 1998. Après la défaite des libéraux à Québec, Everest, qui était surtout lié aux conservateurs fédéraux auparavant, a touché plus de 20 millions du programme de commandites. Selon le Globe and Mail, les actionnaires d'Everest se sont partagé environ 120 millions en vendant la firme à la société américaine Draft en mars 2003.

Le chef libéral a signalé que le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, avait lui-même travaillé chez Everest, ce que ce dernier a omis de révéler lors d'un point de presse mercredi. En 1991, Mario Dumont, alors qu'il était président de la commission jeunesse du PLQ, avait obtenu un travail d'été chez Everest, huit ans avant que la firme n'ait accès à la manne des commandites.

À l'issue d'une réunion de deux jours de son groupe parlementaire, le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a dit que le principe même des commandites fédérales est corrompu. Il a dénoncé la position de l'ex-ministre fédéral Martin Cauchon, qui juge valable le principe des commandites fédérales. «Or le principe même des commandites est corrompu. On a employé l'argent des Québécois et des Canadiens pour intoxiquer le Québec à cause de leur rage d'avoir presque perdu le référendum [de 1995]», a dit M. Landry.

Le chef péquiste a rejeté toutes les comparaisons entre ce qui se passe à Ottawa et les primes versées aux lobbyistes d'Oxygène 9 alors que le Parti québécois formait le gouvernement à Québec, de 1994 à 2003. Dans le dossier des paiements aux lobbyistes, «aucune loi n'a été violée et aucun crime n'a été commis», a dit le leader péquiste.

Avec la Presse canadienne