Dans quel État doit-on commémorer?

La présidente du Mouvement national des Québécoises et des Québécois, Martine Desjardins
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présidente du Mouvement national des Québécoises et des Québécois, Martine Desjardins

Trois jours pour réfléchir à ce qui doit être commémoré au Québec et de quelle façon il convient de le faire. C’est ce que propose le Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ) à l’occasion d’« états généraux sur les commémorations » qui se tiendront du 6 au 8 octobre à la salle du Gesù.

Pour ce mouvement dont les origines remontent à 1947, « il n’existe pas de vraie politique de commémoration au Québec », déplore Martine Desjardins, présidente du MNQ depuis 2015. Tout est fait à la pièce, lui semble-t-il, sans vue d’ensemble ni perspective d’avenir. « Le Québec doit avoir une véritable politique de commémoration », dit-elle.

« Est-ce qu’on doit tenir des funérailles nationales pour René Angélil ? Un boulevard Robert-Bourassa peut-il croiser un boulevard René-Lévesque ? Qu’est-ce qu’on fait dans un cas comme l’affaire Claude Jutra ? Quelle place donne-t-on à Jacques Parizeau dans la toponymie ? Il n’y a pas de règles ! Ni d’échéanciers non plus pour ce qui doit être commémoré et quand ! C’est pour cela qu’il faut réfléchir à ces questions. »

L’ancienne leader étudiante se demande en outre si de grandes célébrations comme la Fête des patriotes ou la Fête nationale sont valorisées comme il convient. « La maison de Louis-Hippolyte Lafontaine tombe. Celle de René Lévesque aussi. Bibliothèque et Archives nationales du Québec n’a même pas assez de moyens pour traiter les fonds qu’on veut leur donner. Les investissements ne sont pas cohérents. Et en plus, ils sont fluctuants. » Pour elle, il y a vraiment matière à une réflexion d’importance.

Au nombre de ceux qui ont été conviés à ce moment de réflexion, on trouve John R. Porter, ancien directeur du Musée national des beaux-arts du Québec, Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal, Lorraine Pintal, directrice générale du Théâtre du Nouveau Monde, Sylvie Cordeau, responsable des commandites chez Québecor, les sociologues de l’UQAM Jacques Beauchemin et Joseph-Yvon Thériault, l’éditorialiste du Devoir Antoine Robitaille et le chroniqueur du Journal de Montréal Mathieu Bock-Côté.

Au programme, des tables rondes, des panels et des moments de réflexion. L’événement est accompagné d’une campagne de publicité qui dénonce « le triste sort réservé à la statuaire dans l’espace public ». La Cinémathèque québécoise diffuse par la même occasion une programmation originale baptisée Patrimoine à l’affiche. Il s’agit « dans la plupart des cas de films inédits » tirés des riches archives de l’institution qui présentent le Québec des années 1940 aux années 1970.

Le professeur émérite de muséologie de l’UQAM Raymond Montpetit est chargé de réaliser un bilan. Mais pour lui, il ne fait pas de doute déjà qu’il doit y avoir des « balises à la commémoration » et que ce n’est plus aussi simple que par le passé pour aucune société. Peut-être, croit-il, que pour créer davantage de liens sociaux on devrait s’assurer que la politique de commémoration soit confiée à un groupe qui assure une représentation sociale variée. « On veut créer plus de lien social. La commémoration, c’est la notion de reconnaître, ensemble, une valeur. »

Pour Martine Desjardins, il faut s’organiser pour redonner à l’État son rôle clé en matière de commémoration. Le MNQ est-il heureux des fêtes du 375e anniversaire de Montréal ? « Disons que nous avons plusieurs questions quant à l’histoire et au français. On doit avoir une rencontre avec eux avant que nous nous prononcions. »

Aux yeux de Martine Desjardins, il y a en tout cas urgence de mener une véritable réflexion publique sur ces questions.