Legault accusé de «trumperie»

Le chef de la CAQ, François Legault
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef de la CAQ, François Legault

Le chef de la CAQ, François Legault, veut ouvrir les portes du Québec seulement aux nouveaux arrivants réussissant un « test de valeurs », dans lequel ils seraient invités à livrer le fond de leur pensée sur le principe « fondamental » de l’égalité homme-femme. Les libéraux et les solidaires se sont empressés de dénoncer une « trumperie » : une proposition digne du candidat controversé à la présidence des États-Unis, Donald Trump.

« S’il est prouvé qu’une personne qui veut venir vivre au Québec ne croit pas en l’égalité homme-femme, je pense qu’on ne devrait pas accepter cette personne-là », a affirmé M. Legault en marge du caucus présessionnel de sa formation politique lundi à Saint-Jérôme.

Du coup, les adeptes du burkini auraient du mal à obtenir un certificat de sélection du Québec et, ultimement, la citoyenneté canadienne, sous un gouvernement caquiste puisque le maillot de bain intégral islamique heurte de plein fouet les valeurs communes de la société québécoise, a laissé entendre M. Legault, se défendant toutefois de vouloir soumettre les immigrants à un test « sur [leurs] vêtements ». « Je n’aime pas le burkini, le message que ça envoie sur l’égalité homme-femme. Pour moi, au Québec, c’est clair que c’est une valeur fondamentale l’égalité entre les hommes et les femmes. Puis, demandons-nous : les femmes qui portent le burkini, est-ce que c’est leur mari ou leurs parents qui peut-être les forcent à porter le burkini, est-ce que ce sont des personnes qui croient à l’égalité homme-femme ? J’ai un problème », avait-il déclaré en début de journée flanqué de son candidat dans la circonscription de Saint-Jérôme, Bruno Laroche.

QS et le PLQ dénoncent

Les solidaires et les libéraux ont tour à tour tiré à boulets rouges sur le projet de « test de valeurs » présenté pour la première fois il y a plus d’un an par la Coalition avenir Québec.

En visite officielle à Boston, le premier ministre Philippe Couillard a fait remarquer qu’« il n’y a pas beaucoup d’hommes politiques en Amérique du Nord qui parlent d’expulser des gens ; il y a en deux », c’est-à-dire M. Legault et M. Trump. « Je vois une parenté de processus, une parenté de moyens [avec M. Trump]. Ce ne sont pas des personnes semblables, mais il y a certainement une tendance qu’on reconnaît », a affirmé M. Couillard selon les propos entendus sur les ondes de Radio-Canada.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a dit elle aussi trouver de plus en plus de ressemblances entre les discours politiques de M. Legault et de M. Trump. « François Legault veut-il devenir le Donald Trump du Québec ? » a-t-elle laissé tomber sur le réseau social Twitter, prenant soin de mettre un lien vers un article de la presse américaine coiffé du titre : « Donald Trump préconise l’interdiction des musulmans après la tuerie d’Orlando. »

Le chef caquiste s’expliquait mal la sortie médiatique de Françoise David. « C’est n’importe quoi », a-t-il lancé lundi après-midi, faisant mine d’être indifférent à la déclaration-choc de son adversaire politique. Il l’a par la suite invitée à « expliquer aux Québécois pourquoi elle ne sent pas que c’est nécessaire de défendre les valeurs des Québécois et des Québécoises, entre autres l’égalité entre les hommes et les femmes ». « Je pose la question à Mme David. Si demain matin il y avait 10 000, 20 000 nouveaux arrivants qui niaient l’égalité entre les hommes et les femmes, serait-elle prête à les recevoir ? »

Pas d’interdiction

La CAQ n’entend pas interdire le port du burkini — une tenue de baignade « un peu extrême » couvrant les jambes, les bras, le torse et la poitrine, et assortie d’un voile — sur les plages et aux abords des piscines publiques québécoises. « Ce n’est pas une question légale. C’est une question de volonté. […] Il y a une différence entre avoir un malaise, ne pas aimer le burkini, et l’interdire », a précisé M. Legault.

Il soutient que l’interdiction du port de signes religieux chez les enseignants, ainsi que chez les employés de l’État en position d’autorité — magistrats, gardiens de prison et policiers — promise par la CAQ « va envoyer un message très clair à la population du Québec », selon lequel le burkini, la burqa, le niqab et le tchador sont mal considérés dans l’espace public.

Économie et leadership

À l’approche de la rentrée parlementaire, M. Legault a reproché au premier ministre Philippe Couillard de manquer cruellement de « leadership ».

En plus d’avoir « failli à la tâche » de préserver des sièges sociaux de fleurons québécois au Québec, M. Couillard s’est avéré incapable d’honorer sa promesse de créer 50 000 emplois par année depuis la victoire électorale du PLQ en avril 2014, selon lui. « C’est catastrophique. » « C’est comme si on n’avait pas de direction actuellement au Québec », a conclu M. Legault.


Une élection partielle imprévisible

François Legault craint que l’élection d’un nouveau chef du Parti québécois, prévue le 7 octobre prochain, puisse favoriser le candidat péquiste Marc Bourcier lors de l’élection partielle dans Saint-Jérôme. « Est-ce qu’il va avoir une petite lune de miel avec le nouveau chef au PQ pour quelques semaines ? Il faut regarder ça », a-t-il lancé, se défendant dans un même élan de « baisser les attentes ». Le chef caquiste se réjouit des sondages mettant « nez à nez » la CAQ et le PQ. Plus encore, il dit avoir l’impression que sa cote de crédit a atteint un sommet, particulièrement à l’extérieur des centres urbains. « Je n’ai jamais été aussi bien reçu qu’actuellement dans les régions », a-t-il souligné, dans l’attente du déclenchement d’élections partielles pour pourvoir les sièges vacants dans quatre circonscriptions : Saint-Jérôme, Marie-Victorin, Arthabaska et Verdun.
45 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 30 août 2016 04 h 38

    Est-ce que votre «égalité homme-femme» monsieur....

    ....Legault inclut l'équité salariale ?
    Expliquez-nous, si vous le voulez bien, plus en détails votre projet de société égalitaire. Cette même question je pose aux deux autres chefs de parti. À plus et mieux y penser, je corrige. Aux trois chefs, avez-vous, tout d'abord, un projet de société? L'égalité en fait-elle partie ? ( je suis ici tenté de faire jeux de mots avec «légalité»...j'y ferais certe essentielle allusion à «moralité» en enchaînant avec mensonges puis Rona puis Commission Charbonneau puis «Money talks...)
    Puisqu'il est aussi ici question de «trumperie», combien de fois, dans un mandat politique, sommes-nous victimes-complices de tromperies où notre confiance dans le pouvoir soit politique, soit économique soit religieux se veut trahie?
    Au cynisme m'adressant des clins d'oeil, je dis :« Dehors satanée impudeur !»
    Gaston Bourdages,
    Auteur.
    Saint-Mathie-de-Rioux,Qc.

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 août 2016 08 h 58

      À Gaston Bourdages,

      "Est-ce que votre «égalité homme-femme» monsieur Legault inclut l'équité salariale ? " - Gaston Bourdages

      Vous venez je crois, de viser dans le mil et de coincer ce valet du Conseil du Patronat là où ça fait mal M. Bourdages. - Bravo!

      Et à cet effet, rappelons cette illustre citation du 11 juillet 2012 de François Legault sur Twitter :

      «Les filles attachent moins d'importance au salaire que les garçons» - François Legault

      Christian Montmarquette

    • Johanne St-Amour - Inscrite 30 août 2016 09 h 27

      M. Legault est très maladroit dans sa façon de faire accepter l'égalité entre les femmes et les hommes, mais le parti libéral et Québec solidaire, eux, banalisent complètement la question. Et surtout ne nomment jamais la véritable source du problème: le totalitarisme islamiste.

      Comme le souligne ici Catherine Kintzler, philosophe, spécialiste de la laïcité, professeur émérite de l'Université Lille-III et vice-présidente de la Société française de philosophie qui souligne:

      «Je pense que ce combat implique un devoir de réprobation publique, dans le cadre et les limites du droit commun bien sûr. Minimiser ces accoutrements revient à les soutenir, contribue à les imposer, à les rendre ordinaires, et donc à accoutumer un totalitarisme. Non, il faut que cela reste extra-ordinaire. Faire en sorte que la manifestation publique de ces marquages soit soulignée, questionnée, critiquée, expliquée dans sa signification politique. Faire en sorte que cela ne soit pas inclus dans le paysage, que ces affichages restent «remarquables» et remarqués. On peut les tolérer et exprimer sa réprobation en disant toute l'horreur qu'ils inspirent. La loi ne les interdit pas: mais ce n'est pas pour cela qu'ils doivent devenir une norme.
      Si ne pas porter de voile, si porter une jupe courte, si porter un maillot deux-pièces, si s'attabler seule à la terrasse d'un café, si tout cela devient pour certaines femmes un acte d'héroïsme social, c'est qu'on a déjà accepté que cela le devienne pour toutes, c'est qu'on a déjà accepté de ne pas faire attention aux signaux envoyés par un totalitarisme féroce: c'est l'inverse qui devrait être «normal».»

    • Jean Jacques Roy - Abonné 30 août 2016 15 h 51

      @Johanne St-Amour. Legault maladroit? Plutôt populiste-réactionnaire.

      Au cours des dérives verbales qui ont entouré le projet Drainville concernant la laïcité, François Legault avait preuve d'une certaine retenu, évitant d'enfoncer plus à fond le discours identitaire. Ce n'est plus le cas. Legault a pris l'option de jouer à fond la carte nationnaliste identitaire, y ajoutant la touche réactionnaire et populiste propre à son parti!
      Voyons.
      - Drainville, en faisant l'interdiction des signes ostentatoires visait en particulier toutes les sortes de voiles et de vêtements qu'on retrouve souvent dans l'habillement des femmes musulmanes. Mais Drainville, au moins, limitait cet interdit aux femmes qui oeuvrent dans la fonction publique.
      - Legault, lui, dépasse cette borne. Voilà qu'il fait sien le discours extrémiste le plus réactionnaire qui aimerait interdire tout voile, burqua, burkini, donc aux femmes qui en seraient vêtues pour fréquenter les "espaces" publiques, y compris les plages....

      Bref, sous le prétexte fallacieux de protéger l'égalité des droits entre les genres, Legault serait disposer à interdire aux femmes de se présenter en publique vêtues suivant la culture traditionnelle des femmes musulmanes.

      Concernant l'entrée des immigrant.es au Québec. La politique réactionnaire de Legault suit la même pente. En plus de viser à diminuer de 50 000 à 40 000 le nombre des nouveaux arrivants. Legault propose carrément de faire une sélection sur la base d'une profession de foi féministe...

      Quel pays de liberté serait le Québec sous un gouvernement caquiste: N'y entreraient que les hommes roses et n'y circuleraient en publique que les femmes en mini-jupes et de préférence en bikini sur les plages! Selon certains, la tenue vestimentaire est l'expression de l'émancipation des femmes!

  • Maryse Veilleux - Abonnée 30 août 2016 06 h 42

    Dans cette perspective...

    ... plusieurs personnes sont déjà établies et ne croient pas en ces valeurs, dont la direction de Postes Canada qui ne veut pas donner l'équité salariale, que suggère monsieur Legault, peut-on les envoyer quelque part?....

  • Hélène Gervais - Abonnée 30 août 2016 06 h 45

    Décidément ....

    les femmes musulmanes font parler d'elles. Quant à moi le burkini n'est pas pire que n'importe quoi d'autre. Si ça leur donne le plaisir de se baigner, pourquoi pas. Qui est-ce que ça dérange? Pourquoi toujours les viser? Je crois que les femmes musulmanes sont bien capables de faire leurs propres choix, surtout en Europe et en Amérique. Ailleurs, c'est une autre bataille pour elles.

    • François Dugal - Inscrit 30 août 2016 08 h 59

      "Le plaisir de se baigner", madame Gervais, risque d'être fatal pour ces musulmanes, car tout ce fatras de tissus imbibé d'eau les entraînera irrémédiablement vers le fond.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 30 août 2016 09 h 32

      Même si la créatrice du vêtement a dû recevoir l'approbation de son mufti?

    • Benoit Toupin - Abonné 30 août 2016 10 h 09

      Et si un fabricant de vêtements sport décidait de commercialiser le même costume comme protection contre les UV. L'état n'a pas à dire aux gens, dans la vie de tous les jours, comment s'habiller ou discuter ce qui motive un choix vestimentaire. Certes, un employeur ou l'état-employeur peut définir un code vestimentaire pour ses employés au travail à la condition que celui-ci soit justifié par des motifs raisonnables et ne vise pas à discriminer; mais dans la vie privée c'est autre chose.

      De toute façon, il serait souhaitable que les propositions des partis politiques se concentre sur le problème plutôt que sur ses symptômes. Si la question est la liberté et l'égalité homme-femme, il faut travailler sur les conditions qui viennent agir sur la liberté et l'égalité et non sur ses manifestations qui sont multiples dans nos sociétés.

      Évidemment, le symptôme étant plus facilement identifiable que la cause du problème, un politicien en quête de visibilité choisira vite de s'attaquer à celui-ci... Mais soyons réalistes, celà ne règlera rien, au contraire la cause demeurera et les symptômes deviendront un instrument de résistance... N'est pas ce qui se passe sous nos yeux.

    • Benoit Toupin - Abonné 30 août 2016 10 h 10

      Correction de la dernière phrase: "N'est-ce pas ce qui se passe sous nos yeux?"

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 août 2016 11 h 33

      À Hélène Gervais,

      " Cachez ce burkini que je ne saurais voir!!! "

      " Si ça leur donne le plaisir de se baigner, pourquoi pas. Qui est-ce que ça dérange?" - Hélène Gervais

      Les élections complémentaires de Saint-Jérome se rapprochent et, à l'instar du Parti Québecois avec sa Charte des valeurs durant les élections de 2014, François Legault fait du "wedge politic" (politique de division) afin de mobiliser le vote sur un sujet dérisoire tout en s'en servant comme diversion politique des véritable enjeux au Québec.

      - Est-il nécessaire de rappeler qu'il y a plus d'un million de citoyens.nes qui vivent dans la misère et la pauvreté au Québec?

      - Peu importe dira la CAQ !

      - Cachez ce burkini que je ne saurais voir!!!

      Christian Montmarquette

  • Raymond Chalifoux - Abonné 30 août 2016 07 h 17

    Levez la main ceux qui...

    ... sont d'avis que Legault dit en fait tout haut, ce que plusieurs pensent tout bas.

    Un commentateur sur CNN disait en substance la semaine dernière que les sondages allaient peut-être se planter comme jamais aux USA, because un nombre effarant de gens vont en cachette voter Trump, ne l'avoueront jamais par la suite, et le mec sera élu président.

    • Louis Gagnon - Inscrit 30 août 2016 09 h 37

      Oui, c'est tout-à-fait dommage que les gens aient honte de discuter de sujets qu'ils croient tabou, en discutant on fait toujours un pas en avant.

  • François Dugal - Inscrit 30 août 2016 07 h 34

    Question de sécurité

    Si j'ai bien compris, le "burkini" serait un maillot de bain. Alors, comment flotter à la surface de l'eau si la baigneuse porte ce fatras de tissus qui, imbibés d'eau, ne cherchent qu'à l'entraîner vers le fond.
    Il est temps que le service canadien des normes fasse une étude à ce sujet; c'est une question de sécurité.

    • Micheline Gagnon - Inscrite 30 août 2016 08 h 49

      Bien au contraire, le vêtement mouillé peut enfermer l'air et servir de flotteur. Ainsi, enfant, j'utilisais ma serviette de plage mouillée comme flotteur...

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 août 2016 09 h 03

      - Combien de noyades sont conséquentes au port du burkini dans le monde M. Dugal?

      À mon avis, il y a davatage de commentaires que de burkinis qui cherchent qu'à nous entraîner vers le fond.

      - Cm

    • Louis Gagnon - Inscrit 30 août 2016 09 h 36

      Ouais, on devrait peut-être aussi interdire aux hommes de porter des shorts trops longs dans l'eau et à d'autres de porter des t-shirts !!

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 août 2016 10 h 19

      Les burkinis sont faits du même matériau que les maillots de bains moins couvrants. On peut leur reprocher bien des choses, mais pas de ne pas être sécuritaires.