Le burkini pourrait figurer au test des valeurs de la CAQ

Le chef de la CAQ, François Legault
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef de la CAQ, François Legault

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, veut obliger les nouveaux arrivants à respecter les valeurs communes de la société québécoise, dont l’égalité homme femme, sous peine de renvoi.

Il propose de soumettre les nouveaux arrivants à un « test de valeurs » avant de leur accorder un certificat de sélection du Québec. Du coup, les adeptes du burkini auraient du mal à obtenir la citoyenneté canadienne sous un gouvernement caquiste puisque le maillot de bain intégral islamique heurte de plein fouet le principe « fondamental » de l’égalité homme femme, a indiqué M. Legault en marge du caucus présessionnel de sa formation politique à Saint-Jérôme lundi.

« Je veux une société qui partage des valeurs. Parmi ces valeurs-là, il y a l’égalité entre les hommes et les femmes », a-t-il insisté, flanqué de son candidat dans la circonscription de Saint-Jérôme, Bruno Laroche. Les nouveaux immigrants qui échoueraient au test de valeurs « ne [recevraient] pas la citoyenneté » canadienne. « C’est tout », a dit M. Legault, soulevant la colère des libéraux et des solidaires.

« Personnellement, moi, je n’aime pas le burkini, le message que ça envoie sur l’égalité homme femme. Pour moi, au Québec, c’est clair que c’est une valeur fondamentale l’égalité entre les hommes et les femmes. Puis, demandons-nous : est-ce que les femmes qui portent le burkini, est-ce que leur mari ou leurs parents, qui peut-être les forcent à porter le burkini, est-ce que ce sont des personnes qui croient à l’égalité homme femme ? J’ai un problème. »

«Politique du rejet»

Les libéraux et les solidaires ont tour à tour tiré à boulets rouges sur le « test de valeurs » préconisé par la CAQ.

L’élu libéral Jean-Marc Fournier a accusé la CAQ de mener « la politique du rejet, de la peur des autres ». « Legault veut imposer des tests d’expulsion de la différence », a dénoncé le leader parlementaire du gouvernement.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a aussi déploré le repli identitaire de la CAQ. D’ailleurs, elle trouve de plus en plus de ressemblances entre M. Legault et le candidat républicain à la présidence des États-Unis, Donald Trump. « François Legault veut-il devenir le Donald Trump du Québec ? » a-t-elle laissé tomber sur le réseau social Twitter, prenant soin de mettre un lien vers un article de la presse américaine coiffé du titre : « Donald Trump préconise l’interdiction des musulmans après la tuerie d’Orlando ».

À ses yeux, M. Legault « joue à un jeu politique dangereux » au moyen de son « test de valeurs ». « C’est irresponsable. J’aimerais bien savoir comment M. Legault voit un tel test et pourquoi il devrait s’appliquer seulement aux citoyens et citoyennes issus de l’immigration ! Quelles seraient les valeurs choisies par la CAQ ? L’accueil et l’ouverture des Québécois aux nouveaux arrivants et arrivantes en fera-t-il partie ? » a par la suite demandé la députée de Gouin dans un communiqué de presse.

Pas d'interdiction
Cependant, la CAQ n’entend pas interdire le port du burkini sur les plages et aux abords des piscines publiques québécoises. M. Legault a témoigné de l’impuissance de l’État à légiférer afin de proscrire le port de la tenue de baignade couvrant les jambes, les bras, le torse et la poitrine, et assortie d’un voile. « Une fois qu’ils ont reçu leur citoyenneté, c’est difficile d’agir. […] Ceux qui sont déjà ici, je ne pense pas qu’on va commencer à leur dire comment s’habiller », a-t-il affirmé, rappelant toutefois sa promesse d’offrir des « cours sur les valeurs » aux nouveaux arrivants.

La porte-parole de la CAQ en matière de laïcité, Nathalie Roy, s’était pourtant montrée favorable il y a quelques jours à l’interdiction du burkini. « Il y a une différence entre avoir un malaise, ne pas aimer le burkini, et l’interdire », a fait remarquer le chef caquiste lundi. M. Legault soutient néanmoins que l’interdiction du port de signes religieux chez les enseignants, ainsi que chez les employés de l’État en position d’autorité — magistrats, gardiens de prison et policiers — promise par la CAQ « va envoyer un message très clair à la population du Québec », selon lequel le burkini, la burqa, le niqab et le tchador sont mal considérés dans l’espace public. « On veut envoyer un signal fort, qui est un signal aussi à ces personnes qui portent des vêtements comme le burkini et la burqa, qu’au moins au Québec les personnes qui sont en autorité […] n’ont pas le droit de porter des signes religieux. »

D’autre part, M. Legault s’« oppose totalement » au port du hidjab par les policières du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). « Imaginez-vous demain matin une policière qui a un hidjab qui s’adresse à un citoyen qui est de religion juive », a-t-il mentionné en début de journée.

« Bien oui, justement. Des citoyens québécois de première ou de septième génération qui sont représentés dans la fonction publique et qui, avec leurs différences, se connaissent et se reconnaissent comme Québécois et qui bâtissent le Québec ensemble : oui, je l’imagine ! » a rétorqué le ministre libéral Jean-Marc Fournier.

Affaire Rona

À l’approche de la rentrée parlementaire, M. Legault a reproché au premier ministre Philippe Couillard de manquer cruellement de « leadership ». Pour preuve, il a pointé l’affaire Rona. Le chef de la CAQ ne « peu[t] pas croire » que M. Couillard n’ait pas été avisé du projet d’Investissement Québec de vendre ses actions du fleuron québécois.

« Qui d’autres que [l’ex-ministre Jacques] Daoust a menti à la population québécoise ? […] C’est impensable qu’ils [M. Couillard ou son directeur de cabinet Jean-Louis Dufresne] n’aient pas été au courant de la vente des actions de Rona », a-t-il soutenu. En plus d’avoir « failli à la tâche » de préserver les sièges sociaux au Québec, M. Couillard s’est avéré incapable d’honorer sa promesse de créer 50 000 emplois par année depuis la victoire électorale du PLQ en avril 2014. « C’est catastrophique. » « C’est comme si on n’avait pas de direction actuellement au Québec », a conclu M. Legault.

11 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 29 août 2016 11 h 03

    Top priorité caquiste: le burkini!!

    Legault: toujours à la recherche du vote nationaliste; il embarque maintenant sur le cheval du burkini, cheval bien imaginaire au Québec! Enfin faut-il rappeler au chef caquiste que la citoyenneté est de compétence fédérale! Mais ceci importe sans doute bien peu pour F.Legault.

    M.L.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 29 août 2016 19 h 14

      Par contre l'égalité entre les femmes et les hommes, elle, est bien de toutes les compétences.

      Et le burkini, comme le hijab, comme la burka, comme le niqab, etc. sont des représentations d'intégristes salafistes qui en mènent pas mal large depuis quelques années. Désolant de voir QS main dans la main, encore une fois, avec le parti libéral. Insister pour ne pas interdire ou encore ridiculiser le test de la CAQ (qui est, bien sûr, réducteur), mais ne jamais pointer le vrai problème : l'intégrisme religieux salafiste. D'ailleurs, le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) n'invoque nullement la liberté de se vêtir, mais bien la liberté de culte!

      Ainsi, cette affirmation de Valérie Toranian, de la revue Des deux mondes: «Même si elle risque d’alimenter longtemps la chronique présidentielle, la bataille du burkini est perdue d’avance pour les anti-islamistes. L’interdire c’est s’engager dans des batailles juridiques à double tranchant et donner des victoires aux islamistes comme avec l’invalidation du Conseil d’Etat des arrêtés municipaux anti-burkini. L’autoriser c’est laisser le grignotage permanent de l’espace public par les mœurs salafistes et communautaristes continuer de progresser, comme il le fait depuis 20 ans. La bataille est perdue dans les deux cas. L’urgence est donc de s’attaquer politiquement aux salafistes, à leur message, à leurs financements, à leurs réseaux et de défendre bec et ongles la laïcité et la République qui rappelons-le, défend aussi la majorité des musulmans contre la prise de pouvoir d’un islamisme rétrograde, anti-égalitaire et liberticide. Les petits accommodements mous se font toujours au profit des plus agressifs et des plus radicaux contre les plus tolérants.»

      Le parti libéral, content de cette polémique, ne confrontera jamais les salafistes intégristes. Ni QS, progressiste et féministe (sic), à cause de leur clientèle et de leur mollesse!

  • Gilles Théberge - Abonné 29 août 2016 12 h 10

    La solution c'est une charte de laïcité...

    Legault peut bien claironner mais quand la charte aété proposée ils se sont opposés à son adoption.

    Tout cela est un mauvais vaudeville, et un exercice d'esbroufe auquel Legault nous a habitués...

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 août 2016 17 h 10

      En fait, non, parce que la laïcité ne concerne que l'État.

  • Raymond Labelle - Abonné 29 août 2016 12 h 58

    Capital politique...

    ...à bas prix.

  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 29 août 2016 14 h 35

    La CAQ est un parti "FÉDÉRALISTE".

    Legault peut bien faire le fanfaron en public pour se gagner l'électorat du PQ mais il sait très bien qu'en restant sous le régime fédéral, son parti sera toujours soumis à la charte Canadian, et celle-ci permet tous ces accoutrements de toutes les religions.

  • Margarita Farias - Abonnée 29 août 2016 14 h 56

    La burkini de nos arrières grandes-mères

    N'oublions pas que nos ailleules aussi devaient vêtir un maillot de bain fermé jusqu'aux genoux. Époque et mode obligent. Maintenant serait le climat et le soleil trés fort et dangeureux que le retour de maillot de bain bien fermé pourrait nous protéger des rayons solaires. Maintenant je le pense serieusement, enlever certains détails de la burkini, et rester avec l'essentiel pour pouvoir nager ....et me protéger du soleil. Merci. Margarita Farias.

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 août 2016 17 h 11

      Au moins, elles se découvraient les cheveux...

    • Johanne St-Amour - Abonnée 29 août 2016 19 h 35

      Et bien, heureusement, les femmes ont changé depuis ce temps Mme Farias. À Edwyn Plenel qui donnait aussi cet exemple de femmes en maillot long, pour justifier, entre autres, le burkini, Caroline Fourest répliquait: «Ce qui revient à mettre un mouchoir sur un siècle de libération, Mai 68 et le MLF compris, pour défendre la réaction... Car il s'est passé un micro-détail depuis le début du vingtième siècle : la libération des femmes et des corps justement. Soutenir le fait de couvrir les corps des femmes comme s'il s'agissait d'une "liberté" et non d'un retour en arrière témoigne d'un esprit profondément réactionnaire, qu'aucun progressiste ne peut soutenir sans trahir son profond machisme orientaliste.»

      Et si interdire le burkini donne des munitions à ceux et celles qui le défendent, force est de constater que plusieurs s'entendent pour dire qu'il faut combattre l'intégrisme qu'il sous-tend!