SAAQ: taux d’échec élevé pour l’examen théorique en arabe

La SAAQ offre la possibilité de passer l’examen théorique avec l’aide d’un traducteur dans une trentaine de langues différentes, mais ce service est seulement disponible à Montréal.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir La SAAQ offre la possibilité de passer l’examen théorique avec l’aide d’un traducteur dans une trentaine de langues différentes, mais ce service est seulement disponible à Montréal.

Nouvel obstacle à l’intégration des réfugiés syriens. Les plus récentes données de la SAAQ montrent que les futurs automobilistes sont deux fois moins nombreux à réussir l’examen théorique quand ils le font en arabe. Le taux de réussite en langue arabe est en effet de 33 % contre 65 % pour l’ensemble des tests, toutes langues confondues.

Ces statistiques issues de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) concernent les résultats aux examens réalisés entre avril 2015 et août 2016.

À titre comparatif, notons que les résultats en espagnol sont également inférieurs à la moyenne, mais de façon beaucoup moins marquée, avec un taux de réussite de 45,6 %. Pour ce qui est de la version du test en mandarin (seule autre langue disponible pour les examens écrits en plus du français et de l’anglais), les résultats sont au même niveau que la moyenne.

Rappelons qu’en mai dernier un résidant de Lévis qui parraine une famille de réfugiés syriens avait dénoncé dans les médias les embûches à l’intégration de la famille, notamment pour le permis de conduire. Le père de la famille, Marwan Al-Oufan, alléguait que l’examen était dans un arabe incompréhensible et que son cousin l’avait raté sept fois. En août, lui-même a échoué pour la cinquième fois. Les données de la SAAQ semblent lui donner raison.

Comment expliquer cela ? Selon le porte-parole de la SAAQ, Gino Desrosiers, aucune analyse n’a été faite pour enquêter sur le taux d’échec en arabe.

On souligne que « les examens n’ont pas été faits sur le coin d’une table », mais avec le concours « de traducteurs certifiés ». Les difficultés des arabophones seraient-elles liées aux différences entre l’arabe parlé d’un pays à l’autre ? La question reste entière.

« Il faut regarder ça de près », estime le président de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephen Reichold. « C’est clair qu’il y a un problème quelque part et qu’il faut l’identifier et le résoudre », a-t-il dit après avoir été mis au courant des données. « C’est quand même troublant parce que la plupart de ces gens avaient des permis dans leurs pays d’origine et conduisaient déjà », soutient-il.

1114
Nombre de réfugiés syriens parrainés par l’État qui se sont établis au Québec depuis 2015

Un enjeu pour les réfugiés en général

Cela pose problème parce que le Québec s’apprête à recevoir encore des milliers de réfugiés en provenance de Syrie, souligne-t-il. « Il y a 7000 Syriens parrainés qui devraient arriver, et un millier de réfugiés pris en charge par l’État sont attendus par année. »

Il ajoute que ceux qui sont parrainés par l’État vont se retrouver « surtout en région » et qu’on sait que « l’intégration sans permis de conduire en région pose un sérieux problème, surtout pour aller travailler ».

Depuis 2015, 1114 réfugiés parrainés par l’État se sont établis au Québec, dont la grande majorité ont été dirigés à l’extérieur de Montréal. Ils ont été accueillis à Drummondville (60 personnes), Gatineau (134), Granby (68), Joliette (34), Québec (266), Saint-Hyacinthe (60), Saint-Jérôme (38), Sherbrooke (113), Trois-Rivières (51) et Victoriaville (50).

Par ailleurs, les arabophones ne sont pas les seuls à devoir passer leur test théorique à répétition. Il y a deux semaines, Le Devoir rapportait les difficultés de réfugiés colombiens à Joliette et de Népalais dans la région de Québec.

Rappelons que l’examen théorique est divisé en trois sections : la sécurité routière, la signalisation et le type de véhicule. Quelle que soit la langue choisie, la section où l’on réussit le moins est celle portant sur la signalisation : 27 % (langue arabe), 38 % (espagnol), 56 % (mandarin). Toutes langues confondues, la moyenne est de 60 %.

Anciennement, l’examen était aussi proposé en polonais, en italien et en grec. Au milieu des années 1990, la SAAQ a aussi ajouté à ses services la possibilité de passer l’examen théorique avec l’aide d’un traducteur dans une trentaine de langues différentes. Toutefois, ce service est seulement offert à Montréal. De plus, les immigrants ne peuvent s’en prévaloir que dans les trois années suivant leur arrivée.

34 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 29 août 2016 00 h 09

    Examen en français

    Les immigrants devraient passer l'examen en français, la langue officielle du Québec.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2016 09 h 45

      Pensez-y 2 minutes: laissez leur le temps d'arriver! Il faut connaitre un tantinet la problématique pour savoir que de demander à un réfugié
      de passer cet examen théorique en français, dans les 6 premiers mois, en français est IMPOSSIBLE, à moins qu'il ne parle déja le français.

      Après 3 ans, oui!

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 août 2016 10 h 18

      Réplique à Pierre Grandchamp :

      Les tests en d'autres langues que le français ou l'anglais sont des accomodements déraisonnables.

      Qu'arrivera-t-il si le conducteur ne parlant aucune de ces deux langues a un accident ? Doit-on prévoir des policiers parlant tous les langues au monde, des formulaires de constat d'infraction dans toutes les langues possibles et imaginables ? Et doit-on obliger le peuple québécois à maitriser toutes les langues parlées au monde pour être en mesure de s'entendre à l'amiable avec toutes ces personnes qui prendraient la route dans parler ni le français ni l'anglais ?

      Ceci est aberrant !

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2016 10 h 48

      IL doit y avoir des priorités. En région, sauf exceptions, ça prend un véhicule et le réfugié n'a que 6 mois, s'il avait un permis là-bas.

      Normalement, les réfugiés vont aller suivre les cours de francisation dispensés par la commission scolaire mais avec entente avec Immigration Québec. Pendant ces quelque 8-9 mois, en région, t'as besoin d'un véhicule pour aller à l'épicerie, àu Centre d'achats, à l'église....etc.

      Il faut connaitre la situation d'un réfugé, à son arrivée, pour comprendre qu'on ne peut pas lui demander de parler le français assez correctement dans les 6 premiers mois. Surtout le réfugié sur le BS. Allons-y par priorités! Or, en région, le permis de conduire est une priorité première!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2016 11 h 44

      Réplique à M. Martel:"Les tests en d'autres langues que le français ou l'anglais sont des accomodements déraisonnables.".

      L'indépendantiste que je suis est en désaccord absolu avec vous. Surtout pour les réfugiés en région. Réfugié=arrive ici dans le dénuement le plus complet. Pire encore pour celui parrainé par l'État=BS pcq il n'a pas de parrain.

      Priorités: avoir un logement, de la nourriture, les cartes d'assuance maladie, assurance sociale...etc, avoir le téléphone..Lui demander d'apprendre le français avant son arrivée ou à son arrivée, c'est une absurdité. Une fois installé, inculturé un peu...oui. il peut commencer des cours de français...mais en région, il n'a que 6 mois pour avoir le permis québécois(s'il avait un permis chez lui). En peu de temps, le permis de conduire devient "un must"! Les réfugiés sur le BS vont être inscrits aux cours de francisation.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2016 07 h 10

    Pas seulement la langue.......!!!

    Ici, à Joliette, un Syrien parrainé par le privé a réussi l'examen théorique à sa 3e tentative. Par après, il a coulé l'examen pratique à sa 1ère tentative, doit se représenter cette semaine. Après chaque échec, il faut attendre au moins 28 jours.Ce réfugié estime que l'arabe utilisé dans l'examen est plutôt l'arabe du Maghreb.Ce qui l'a aidé, c'est qu'il parle un peu l'anglais et qu'ici, à l'examen, on lui a montré comment aller voir la même question et en arabe et en anglais.Son fils ainé a coulé les 3 fois.

    Le premier problème consiste à trouver des documents en arabe pour pouvoir étudier et se préparer en n'oubliant pas que ces gens-là doivent affronter de nombreux autres problèmes en même temps. Comme ils n'ont que 6 mois pour obtenir le permis québécois, s'ils avaient un permis là-bas, plusieurs peinent à se conformer.Comme en région, avoir une auto est "un must", devinez ce qui arrive au bout de 6 mois......?????

    "La plupart de ces gens avaient des permis dans leurs pays d’origine et conduisaient déjà "-M. Reichold.- Conduire au Népal, en Syrie,en Irak pis conduire ici c'est une autre paire de manches: cela signifie que réussir l'examen pratique représente, aussi, un gros défi: faire l'angle mort, bien faire ses ARRÊTS avec priorités ou sans priorité.....etc.. Moi, je leur recommande de suivre une heure de cours sur la route avec un prof d'une école de conduite....mais ça coûte des $$$????

    Le niveau de scolarité y joue beaucoup là-dedans. Moins le réfugié est scolarisé plus il a des chances de devoir se présenter à l'examen théorique plusieurs fois.Or, il semblerait que les réfugiés syriens parrainés par l'État sont moins scolarisés. En plus d'être complètement démunis, par rapport à ceux parrainés par le privé, ce sera un ÉNORME défi pour eux d'obtenir le permis québécois.

    Pire encore, on envoie en région des familles de Syriens, parrainés par l'État où personne n'a un permis de conduire: ÇA VA ÊTRE L'ENFER!

    Selon mon expérience, depuis 201

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2016 10 h 29

      Selon mon expérience, depuis 2010

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2016 10 h 35

      Depuis 2010, les cours de conduite sont obligatoires pour les jeunes Québécois( 24 heures de théorie et 15 de pratique). Or le réfugié doit passer le même examen théorique que les jeunes Québécois. Selon mon expérience, l'examen est plus difficile depuis 2010. En effet, il y a maintenant des questions faisant appel à la fois aux connaissances et au jugement. Exemple: regarde ces 6 véhicules dans l'intersection, lesquels désobéissent aux règles? Parfois, ce n'est pas facile même pour nous.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2016 10 h 38

      Oui, mais en région t'as besoin d'un véhicule pour aller faire ton épicerie, aller rencontrer les profs de ton enfant, aller à l'église.....etc.

      Tu ne peux pax courir 10 lièvres en même temps!

    • Bernard Terreault - Abonné 29 août 2016 12 h 51

      Cela veut dire que ces récents arrivés devraientse concentrer à Montréal et Québec où il y a du transport public.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2016 16 h 43

      @M. Terreault

      Ça veut dire qu'un réfugié arrivant en région et ayant un permis de conduire, le système d'immigration devrait l'aider dans ses démarches pour obtenir le permis de conduire dans les 6mois.

      Mais, une famille de réfugiés où personne n'a un permis...vous posez une bonne question, quant à moi!

  • Lise Bélanger - Abonnée 29 août 2016 07 h 26

    Quand on émigre, le moins que l'on puisse faire est d'apprendre la langue du pays qui nous accueille.

    Si je vais en Allemagne, je vais apprendre l'allemand avant de m'y rendre. Le cas des réfugiés est plus délicat mais arrivé dans le pays accueillant, ils devraient au moins faire l'effort d'apprendre la langue.

    Il y a une vingtaine d'années, vous souvenez-vous de ce médecin arabe qui a fait la manchette des journaux durant plusieurs années sur le fait de la discrimination. Ce médecin a raté durant plusieurs années les tests nécessaires à la pratique médicale au Québec et cela par incompétence uniquement, la langue n'était aucunement en cause puisqu'il était de langue française.

    Mécontent de ses propres résultats aux examen médicaux il s'est donné le rôle de victime, accusant notre système de discrimination et il a réussi à convaincre des médias.

    Qui veut se faire soigner par un incompétent, qui veut que des gens conduisent sans comprendre la signalisation routière?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 août 2016 11 h 02

      "Si je vais en Allemagne, je vais apprendre l'allemand avant de m'y rendre".

      Mais si t'es un réfugié, ça fait quelques mois ou quelques années que tu dois te cacher ou que tu vis dans un camp de réfugiés. Tu dois fuir et arriver ici avec une claque pis une bottine.

      Mais,oui, les réfugiés, en tout cas, ceux parrainés par l'État, doivent suivre les cours de francisation.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 29 août 2016 12 h 51

      Bravo pour cette belle suite de propos convenus qui n'enrichissent pas le débat.

      - J'imagine d'abord que vous ne voyagez pas beaucoup s'il vous faut apprendre la langue de chaque pays visité, du moins suffisamment pour y passer un examen théorique (que 2/3 des bons Québécois de vieille souche réussissent...) ;

      - Avez-vous déjà songé au fait que pour des immigrés récents se cherchant un boulot et étant prêts à plusieurs compromis, comme travailler loin de la maison, un permis signifie un instrument d'intégration, pas une fin en soi, donc un facilitateur. La langue viendra ensuite, ou non ;

      - Pourquoi un exemple d'un médecin arabe francophone? Poser la question c'est y répondre, comme disait Pat Burns....

  • Bernard Terreault - Abonné 29 août 2016 07 h 41

    On ne rit pas avec la sécurité routière

    Il ne faut pas relâcher les critères sous prétexte de non discrimination. D'ailleurs, la signalisation étant en français, il me semble que tout conducteur devrait connaître au moins le vocabulaire de base de l'automobile, pour comprendre toutes les consignes, pour parler si nécessaire à la police ou à d'autres conducteurs ou à la station-service!

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 29 août 2016 07 h 45

    Peut-être que

    ces gens achetaient leur permis...dans une boîte de pop corn.... dans leur pays d'origine? D'où la double difficulté de comprendre ce qu'ils voient ...dans les examens
    écrits en français ou en arabe.
    La corruption c'est pas juste au Québec que ça existe.