TransCanada prend ses distances de Jean Charest

Jean Charest en 2012
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean Charest en 2012

Alors que débute la portion québécoise des audiences de l’Office national de l’énergie (ONE) sur le projet d’oléoduc Énergie Est, TransCanada cherche à prendre ses distances de l’ex-premier ministre québécois Jean Charest, qui a rencontré des membres de l’organisme fédéral alors qu’il agissait comme consultant pour l’entreprise albertaine.

Survenues au début du mois, ces révélations sur l’entretien survenu le 15 janvier dernier à Montréal ont semé le doute chez de nombreux observateurs quant à la crédibilité du processus de l’ONE, certains, comme le maire de Montréal, Denis Coderre, allant jusqu’à réclamer une suspension des audiences.

Si le vice-président d’Énergie Est au Québec, Louis Bergeron, convient que l’entreprise a un « gros défi » devant elle compte tenu du nombre d’opposants au projet — dont la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), l’Union des producteurs agricoles (UPA) et les Premières Nations — il réitère que TransCanada n’a jamais demandé une telle rencontre.

« Je comprends que cela suscite des préoccupations [chez les citoyens], mais je ne peux pas changer le passé, a-t-il dit au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne. Nous sommes dans une nouvelle phase du projet et M. Charest n’est plus présent. »


Une équipe «rebâtie»
 

Prudent dans ses commentaires, celui qui a été recruté à l’été 2014 pour piloter le controversé projet d’oléoduc de 15,7 milliards de dollars, dont la mise en service est prévue en 2020, s’est distancé de M. Charest en affirmant avoir « rebâti une équipe au Québec » depuis son arrivée chez TransCanada.

« Quand vous regardez la liste des 22 lobbyistes qui sont inscrits, la plupart sont des ingénieurs et techniciens susceptibles de rencontrer des maires et municipalités », illustre M. Bergeron.

N’empêche, les récentes révélations ont incité certains organismes, comme l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPQ), à demander la récusation des commissaires Lyne Mercier et Jacques Gauthier — qui ont participé à la rencontre avec M. Charest.

En réponse, l’ONE s’est limité à dire qu’il étudiera ces requêtes — qui devront être soumises d’ici le 7 septembre — par l’entremise d’un « processus par écrit ». De plus, l’organisme fédéral a indiqué qu’il n’avait pas l’intention d’entendre les questions sur ce sujet lors des audiences prévues cette semaine à Montréal.

« C’est le choix de l’Office de procéder de la sorte et je respecte l’approche que l’ONE a décidé de prendre », s’est limité à dire M. Bergeron, prudent, refusant de se prononcer quant à savoir si Mme Mercier et M. Gauthier avaient toujours leur place.

« J’ose espérer que les décisions qui seront prises [par l’Office] seront à la hauteur des attentes du public », a-t-il ajouté.

Une forme de bâillon

Pour le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, l’attitude de l’organisme fédéral impose une forme de bâillon en « bottant » la question après les audiences montréalaises.

« Cela discrédite davantage le processus puisque c’est l’ONE qui décide quels seront les sujets discutés », affirme-t-il.

Entre-temps, de nombreuses questions ayant déjà été posées lors des audiences printanières du Bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pourraient bien demeurer sans réponse à la fin de la semaine.

Le tuyau de 4600 kilomètres devrait acheminer quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Au Québec, on prévoit la construction de 648 kilomètres de canalisation.

On ignore toujours de quelle façon l’oléoduc traversera la rivière des Outaouais, puisque TransCanada prévoit soumettre à l’ONE d’ici la fin de 2016 son scénario pour ce cours d’eau.

Il en va de même pour les plans d’urgence de la grande majorité des 25 cours d’eau importants identifiés par le promoteur dans son avis de projet déposé auprès du gouvernement du Québec.

« Nous voulons que tous les plans soient développés en 2018, ce qui est quand même deux ans avant la mise en service, affirme M. Bergeron. Effectivement, ça serait super d’avoir toutes les réponses, mais c’est un travail de longue haleine. »

Par ailleurs, après avoir déposé une poursuite contre l’administration américaine à la suite du blocage du projet Keystone XL, TransCanada n’a pas voulu exclure totalement cette possibilité advenant que le gouvernement québécois, au terme des audiences du BAPE, décide de s’opposer à Énergie Est.

« Tout le monde s’entend pour dire que le processus souverain est celui de l’Office parce que c’est un projet interprovincial », a dit M. Bergeron, affirmant vouloir continuer de collaborer avec Québec afin de répondre aux exigences gouvernementales.

La CMM ainsi que les villes de Montréal et de Laval seront parmi les premiers intervenants des audiences de lundi, qui se déroulent dans un hôtel du centre-ville de Montréal.
 

14 commentaires
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 28 août 2016 13 h 50

    Et puis?...

    Ont-ils enfin compris que c'est NON...NIET...NEIN...NÄO...NO !

    Et leurs menaces voilées sont du plus mauvais effet !

    • Pierre Fortin - Abonné 28 août 2016 17 h 30

      Je ne crois pas que menacer de poursuivre le Québec pour son refus de se coucher devant TransCanada soit susceptible de convaincre les opposants. Je dirais même que ça risque de jeter de l'huile sur le feu et d'enflammer le débat en braquant les positions. Il devrait prendre garde à ne pas transformer ce dossier en bataille Québec vs Canada.

      Mais cette déclaration a au moins l'avantage de nous révéler la mentalité et les arguments à venir de M. Bergeron. Prétendra-t-il avoir été mal cité?

    • Louise Collette - Abonnée 28 août 2016 18 h 20

      D'accord avec vous.

  • Nicole Delisle - Abonné 28 août 2016 14 h 02

    Énergie est et TransCanada les fossoyeurs de l'humanité!

    Je ne comprends pas que des humains dits "intelligents" puissent penser que 4600 kilomètres de tuyaux pour laisser circuler 1,1 millions de barils de pétrole par jour
    dans une bonne partie du Canada et surtout du Québec ne constituent pas un danger
    innommable et fort probable qui anéantira des populations entières, des villes et villages en entier en les laissant avec de l'eau non potable, des terrains contaminés et de la pollution à l'extrême! Voudraient-ils seulement cela pour eux-mêmes et pour leur famille? Seraient-ils prets à porter cette odieuse décision qu'ils auraient prise et la laisser en héritage à leur descendance? Nul nettoyage, advenant une fuite, ne pourra remettre les sites comme ils étaient avant! Et ils le savent très bien! Alors, pourquoi faire courir un si grand risque à des populations? Il y a bien sûr l'argent, ce "satané"argent qui mène le monde à prendre des décisions irrationnelles d'une telle envergure. À quoi sert de s'enrichir si tu ne peux pas faire profiter d'un environnement sain les gens qui t'entourent! Au-delà de faire de l'argent, savent-ils
    seulement réfléchir à long terme? J'en doute. Le dieu argent, pour certains est toujours le plus fort et ils se foutent bien du reste et de leurs semblables! Lamentable
    et complètement odieux!

    • Pierre Fortin - Abonné 28 août 2016 19 h 07

      « À quoi sert de s'enrichir si tu ne peux pas faire profiter d'un environnement sain les gens qui t'entourent! »

      Tu ne seras de toute façon jamais assez riche pour être heureux si tu ne sais pas apprécier ce que tu possèdes déjà.

  • Jocelyne Bellefeuille - Abonnée 28 août 2016 14 h 35

    NON

    Ils ne comprendront jamais rien et ils ne lâcheront jamais leur but: money, money, money. On ne devrait même pas discuter avec eux. Niet. On claque la porte à toute discussion.

  • Denis Paquette - Abonné 28 août 2016 15 h 39

    comment les nommer, des victimes consentantes ou pas

    encore un échec pour notre ambitieux nationale si le papa est mort il doit bien se retourner dans sa tombe lui qui a tant espéré pour son fils, peut etre faut-il possédéer plus que de l'ambition, quel génération, souvent surfaite, se pourrait-il que nos institutions aient leur tord enfin je ne les nommerai pas ici, peut etre s'en sont ils pris de diverse facons aux enfants

  • Richard Lupien - Inscrit 28 août 2016 16 h 34

    Descendre dans la rue

    Au moment opportun, nous, citoyens, devrons manifester notre désapprobation à ce projet insensé.

    (((( Nous avons appris que a température moyenne en ce mois d'août est de trois degrés au dessus de la normale. ))))