Les excuses de Barrette jugées insuffisantes

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

Tant le Parti québécois que Québec solidaire ne se satisfont pas des plates excuses de Gaétan Barrette, qui a affirmé, mercredi, qu’un attentat comme celui commis par Richard Henry Bain au Métropolis, « c’est ce qui arrive quand on brasse trop les choses ». Ils exigent que le premier ministre Philippe Couillard semonce son ministre et s’en dissocie.

Au cabinet du premier ministre, on juge que les excuses qu’a présentées le ministre de la Santé et des Services sociaux sont suffisantes et constituent un rectificatif. « Les propos de M. Barrette devaient être rectifiés. Ils le sont », a-t-on indiqué.

À l’entrée du Conseil des ministres mercredi matin, Gaétan Barrette a commenté en anglais le verdict de culpabilité rendu mardi contre M. Bain. Le ministre a reconnu que l’attentat avait « une connotation politique claire ». Puis, il s’est aventuré sur un terrain glissant en soulignant qu’un discours politique qui « brasse trop les choses » entraînera de tels événements, tout en plaidant pour un discours mesuré. « De plusieurs façons, nous devons nous assurer que les arguments et le discours que nous livrons sont mesurés, droits au fait. Et même à ça, tout peut arriver. »

En marge d’une conférence de presse en début d’après-midi, Gaétan Barrette, contrit, a reconnu qu’il s’était mal exprimé. « Je le prends sur moi, j’en suis fort désolé et je m’en excuse. » Il a offert ses excuses sans que le cabinet du premier ministre lui enjoigne de le faire, a-t-il précisé. « Ce sont de tristes événements, et je peux comprendre très bien que cela ait soulevé un certain nombre d’émotions auprès des personnes concernées, politiquement ou non. […] Si aujourd’hui des gens ont pu être offensés par mes propos, qui visaient tout le monde, moi-même et la classe politique dans son ensemble, je peux comprendre que des gens ont été potentiellement atteints par la chose. »

Propos « inacceptables »

Le chef de l’opposition officielle, Sylvain Gaudreault, a qualifié les propos du ministre d’« inimaginables », exigeant du premier ministre qu’il les dénonce. Il est « inacceptable » qu’un élu, et ministre de surcroît, « ait pu faire un lien entre une position politique tout à fait légitime et démocratique et l’attentat au Métropolis », écrit Sylvain Gaudreault dans un communiqué. En demandant aux députés de mesurer leur discours, le ministre parle-t-il du discours souverainiste ? « Doit-on comprendre que le ministre veut ainsi limiter la liberté d’expression des députés souverainistes ? » a-t-il poursuivi.

Dans un communiqué, la porte-parole de Québec solidaire Françoise David estime que les propos de Gaétan Barrette, qui a « cette vieille habitude de responsabiliser la victime pour la violence à son égard et surtout dans le cas des femmes », sont « déplacés et indignes d’un ministre ». Selon elle, le premier ministre « a la responsabilité d’expliquer à la population comment il compte agir pour que les propos grossiers et malheureusement récurrents de son ministre de la Santé ne se répètent plus. Il y a longtemps que la coupe déborde. »

Sylvain Gaudreault a déclaré au Devoir que « de dire n’importe quoi et, après ça, dire, bien, “j’aurai juste à m’excuser”, ça devient une façon de faire » pour Gaétan Barrette. En 2014, le ministre avait offert des excuses à son prédécesseur péquiste, Réjean Hébert, et, au printemps dernier, à la députée péquiste Diane Lamarre.

C’est la candidate à la direction du Parti québécois, Martine Ouellet, qui s’est montrée la plus virulente à l’endroit de Gaétan Barrette, exigeant la démission du ministre. « Ce sont des propos qui sont dangereux, qui cautionnent la haine politique, qui cautionnent la violence, qui méprisent la démocratie », a-t-elle livré au Devoir. La députée a signalé, exemples à l’appui, que des propos haineux, des appels au meurtre de souverainistes, en provenance de lecteurs, sont publiés sur les sites Web des quotidiens anglophones, notamment The Gazette, une pratique qui doit cesser, selon elle.

Avec La Presse canadienne

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