Commandites: Charest a peur d'éventuelles retombées, selon Dumont

Québec - Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, estime que le premier ministre Jean Charest pourrait être éclaboussé par le scandale des commandites.

C'est ce qui expliquerait pourquoi «M. Charest est une homme mal à l'aise» lorsqu'il parle du scandale des commandites, a souligné M. Dumont au cours d'un point de presse. «Évidemment, entre le Parti libéral du Canada et le Parti libéral du Québec, on a des firmes communes qui aident, on a des individus communs, des employés de cabinets qui passent de l'un à l'autre. Alors, probablement que M. Charest est prudent parce qu'il pense que, peut-être, dans la suite des choses, il pourrait y avoir des éléments qui viennent rebondir chez lui», a-t-il dit.

M. Dumont faisait notamment référence aux liens qui unissent Jean Charest à des dirigeants du Groupe Everest, une firme impliquée dans le scandale (voir autre texte en page A 2), à la présence au sein de son cabinet de Michel Guitar, qui vient d'Everest, et de Claude Lemieux, qui provient du cabinet de l'ex-ministre Alfonso Gagliano. «Je n'ai pas senti que M. Charest avait les coudées franches pour nommer les choses, pour en parler, pour les dénoncer au nom des payeurs de taxes du Québec», a poursuivi le chef adéquiste.

Mardi soir, Jean Charest a affirmé croire Paul Martin lorsque ce dernier prétend n'avoir jamais eu vent des détournements de fonds publics que permettait le programme fédéral de commandites. «Je crois M. Martin», a dit M. Charest. «Mais ce n'est pas moi qui va chercher à faire les procès dans cette affaire-là car ça relève du gouvernement fédéral.»

Mario Dumont n'accepte pas cette démission. «Normalement, le premier ministre du Québec devrait être parfaitement libre, comme responsable des affaires du Québec, de constater une situation à Ottawa et de la dénoncer, avec la même clarté et la même fermeté que tout le monde», a-t-il dit. Après tout, la population du Québec a été «flouée» et «volée», a rappelé M. Dumont.

Contrairement à M. Charest, M. Dumont ne croit pas que M. Martin, à l'époque où il était ministre des Finances, ait pu ignorer l'existence du scandale. «Quelqu'un qui siège au conseil des ministres ne peut pas ne pas avoir entendu parler qu'il y avait un programme de commandites et que l'argent revolait par-dessus bord», a-t-il dit. Il est possible que «M. Martin ait pris une décision personnelle de dire: "bien, ce n'est pas moi qui est le boss, c'est M. Chrétien qui est là", et il a laissé passer parce qu'il laissait le boss s'en occuper», a évoqué le chef adéquiste.

Par ailleurs, en marge de la réunion présessionnelle du caucus des députés du Parti québécois, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a accusé Jean Charest de se montrer «mou et complaisant» en ce qui concerne le scandale qui secoue le Parti libéral du Canada.

«C'est vrai que M. Charest doit en partie son élection aux libéraux fédéraux, car ils sont venus l'aider, ils partagent la même idéologie fédéraliste, mais ce n'est pas une raison pour laisser passer une chose aussi monstrueuse», a poursuivi M. Landry.

Selon le leader péquiste, «on doit s'élever avec vigueur contre ce qui s'est passé à Ottawa. Mais le premier ministre [Charest] a fait le contraire, il a fait le bon gars», a dit M. Landry.

La réaction de M. Charest a aussi suscité la colère du député péquiste de Richelieu, Sylvain Simard, ancien président du Conseil du trésor à Québec. «Ce que j'ai entendu me surprend. On a vu Charest partir au secours de Martin en banalisant ce scandale et en affirmant sa foi et sa confiance envers le premier ministre [fédéral]. Il a perdu une bonne occasion de se taire», a-t-il dit.

Selon le député de Richelieu, «tous les citoyens ont eu un haut-le-coeur devant ce qui se passe. Il n'est pas normal que le premier ministre [Charest], qui doit représenter tous les citoyens, ne partage pas ce haut-le-coeur devant un tel scandale», a poursuivi le député Simard.

Plusieurs députés péquistes ont par ailleurs fait valoir que le scandale des commandites à Ottawa a plus que jamais prouvé l'importance et la valeur du Bloc québécois à Ottawa. «Le BQ a démontré son utilité en posant 440 questions à Ottawa et en mettant toute l'affaire en lumière», a dit M. Simard. «Imaginez s'il y avait 75 députés libéraux à Ottawa! Si le Bloc québécois n'était pas là pour poser des questions et harceler le gouvernement Martin, il n'y aurait aucun regard critique sur la question», a pour sa part commenté le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau.

Avec la Presse canadienne