Le burkini s’invite dans la course au PQ

Le candidat Paul Saint-Pierre Plamondon a fait valoir qu’il n’y a aucun lien entre le burkini et la lutte contre le terrorisme.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le candidat Paul Saint-Pierre Plamondon a fait valoir qu’il n’y a aucun lien entre le burkini et la lutte contre le terrorisme.

Deux ans après la mise au rancart de la charte des valeurs, le port de symboles religieux continue de diviser le Parti québécois (PQ).

Le burkini, ce maillot de bain qui recouvre la majeure partie du corps, porté par des musulmanes, alimente le débat entre les aspirants à la direction du parti. Ce simple vêtement met en lumière des divergences d’opinions au sein du PQ sur la place des signes religieux dans l’espace public.

Les candidats Alexandre Cloutier et Paul Saint-Pierre Plamondon se sont opposés jeudi à la création d’une sorte de « police de la plage » qui surveillerait la tenue des baigneuses. Rien ne justifierait l’interdiction du burkini au Québec, ont-ils fait valoir.

Leur collègue Agnès Maltais croit elle aussi que ce débat n’a pas lieu d’être. « Ce que la police devrait faire actuellement, c’est s’occuper du terrorisme, de l’intégrisme, des jeunes qui partent en Syrie et des parents qui sont tout seuls. Mais ça, Philippe Couillard ne veut pas qu’on s’y attaque », a-t-elle dit sur les ondes de RDI.

Ces députés contredisent leur collègue Jean-François Lisée, qui réclame un débat sur le bannissement de la burqa, du niqab et du burkini. « Nous avons un ennemi déclaré, [le groupe] État islamique, qui recrute ici des gens pour poser des bombes. Notre seul choix est de débattre de l’interdiction de la burqa AVANT qu’un djihadiste s’en serve pour cacher ses mouvements pour un attentat, ou APRÈS », a-t-il écrit sur sa page Facebook.

Au cours d’un point de presse, Paul Saint-Pierre Plamondon a fait valoir qu’il n’y a aucun lien entre le burkini et la lutte contre le terrorisme. Il est cependant d’accord avec Jean-François Lisée pour bannir en public la burqa, le niqab et tout autre vêtement qui cache le visage de la personne — contrairement au burkini, qui laisse le visage à découvert. L’interdiction de ces vêtements n’aurait rien à voir avec la religion, estime Paul Saint-Pierre Plamondon : « Ma position, c’est que partout dans la société québécoise, on ne peut pas avoir une tenue vestimentaire qui rend l’identification des gens impossible. C’est une question de citoyenneté et d’application de nos lois. »

Une charte améliorée

M. Saint-Pierre Plamondon est le seul des cinq candidats à la chefferie du PQ qui vient de l’extérieur du parti. Il s’engage à présenter une version améliorée de la charte des valeurs qui avait été mise en avant par Pauline Marois avant la défaite électorale du printemps 2014.

Le projet de loi de M. Plamondon se veut plus rassembleur que la défunte charte du PQ, qui avait plongé le Québec dans un débat déchirant sur la religion et les accommodements raisonnables. Il s’inspirerait du rapport Bouchard-Taylor en interdisant le port de symboles religieux aux fonctionnaires qui incarnent l’autorité de l’État, comme les juges ou les policiers. La charte du PQ allait plus loin en bannissant les signes religieux pour tous les employés — et même les sous-traitants — de l’État.

Le gouvernement Couillard, lui, soutient que les employés de l’État et les citoyens qui reçoivent les services doivent être à visage découvert. Le port de signes religieux est permis à cette condition.

Une identité forte

Plus globalement, Paul Saint-Pierre Plamondon compte rendre l’identité québécoise « contagieuse et inspirante » avec une série de mesures qui faciliteraient l’intégration des immigrants. S’il est élu chef du PQ, il rétablirait les budgets d’aide à l’emploi des nouveaux arrivants. Il rendrait obligatoires les cours de francisation et investirait massivement dans la formation. En parlant un meilleur français, les immigrants trouveraient plus facilement du travail et s’intégreraient mieux à la société, estime-t-il.

Le PQ lui-même doit ouvrir ses portes aux minorités et aux anglophones, notamment, pour mieux refléter les préoccupations de toute la société, estime Paul Saint-Pierre Plamondon. « René Lévesque était clair là-dessus : le Parti québécois est le parti de tous les Québécois. Le nom Parti québécois vient avec la responsabilité écrasante de servir et de faire une place à tous les Québécois. »

Cloutier veut protéger les sièges sociaux du Québec

Alexandre Cloutier propose une série de mesures visant à empêcher l’achat d’entreprises québécoises par des intérêts étrangers, comme le Cirque du Soleil, Rona et les restaurants St-Hubert, notamment. « Il y a urgence d’agir pour protéger nos sièges sociaux. On peut poser des gestes pour favoriser les entreprises du Québec », dit le candidat à la chefferie du PQ. Il s’inspire du rapport d’un groupe de travail mis sur pied par le gouvernement Marois, publié en 2014, pour ses recommandations : 

Encourager la participation des travailleurs au capital de leurs entreprises ; ils pourraient acheter des actions sous la valeur marchande et n’être imposés qu’au moment où ils se départiraient de leurs actions ; 

Modifier la loi pour accorder un droit de vote prépondérant aux fondateurs et aux actionnaires de longue date, ce qui freinerait les offres d’achat hostiles ; 

Accompagner 100 entreprises «fleurons» du monde des affaires pour augmenter le nombre de firmes québécoises inscrites en Bourse. Selon une étude de l’Ordre des CPA et de Finance Montréal, à peine 9 des 223 nou-velles entreprises inscrites en Bourse au Canada en 2014 avaient leur siège social au Québec.


29 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 19 août 2016 03 h 33

    Cet uniforme...

    Le burkini n'a rien de religieux, sauf prétexte falacieux invoqué pour justifier son port.
    Si des gens ressentent le besoin de cacher un corps qui pourrait offrir tentations, à la plage ou ailleurs, libre à eux; à condition bien entendu de ne pas couvrir le visage, qui lui doit rester ouvert à l'identification de la personne (sauf à -30...).
    N'y a-t-il pas bien d'autres vêtements disponibles pour le faire, que celui d'un uniforme standardisé par une mode "aux ordres" et donnée comme norme par ceux-là même qui excècrent la vie, jusqu'à la liberté elle-même ?
    Cet uniforme est celui de la domination revendiquée comme souhaité des femmes par les hommes et de la négation du droit à ne pas croire.
    Ainsi qu'il est défendu d'arborer la Croix Gammée, ce qu'il faut rejeter en droit c'est l'étalage public du symbole fasciste et suprémaciste qu'exprime intrinsèquement le burkini.
    Si de se promener en djélaba et en babouche ou avec un foulard sur la tête pour les femmes, ne représentent rien de plus qu'un attachement conservateur (très fort ou encore restant...) à une coutume ancestrale, celui de porter le burkini équivaut à faire directement l'apologie de l'obéissance totale des êtres humains (et pas que des femmes...) à des règles modernes qui n'ont pour objectif que de détruire le libre choix dans des pays, régions et contrées, où il se pratique. Adhésion culturelle qui doit être totalement proscrite d'acceptation publique et encore plus de valorisation, dans un pays qui se fonde sur l'idée de la valeur fondamentale de l'humanité.
    Et cela, que les libéraux qui sont au pouvoir à Québec le comprennent ou pas. Ou qu'ils préfèrent en amoindrir la signification du burkini de manière trompeuse, se servant de l'attachement profond des Québécois à la liberté des moeurs et, justement, des coutumes des uns ou des autres...
    De tout mélanger sans cesse dans l'unique objectif de casser du Québécois pour l'obliger à être un bon Canadian a maintenant atteint ses limites.

  • Michel Lebel - Abonné 19 août 2016 06 h 02

    ''Le'' sujet: le burkini!

    Le PQ prend le train du burkini! Plus''pognant'' que celui de la question référendaire! Après les pitbulls, le burkini! Voilà bien de graves sujets politiques! Heureusement que le ridicule ne tue pas au pays du Québec!

    M.L.

    • Yves Côté - Abonné 19 août 2016 09 h 19

      Heureusement "que le ridicule ne tue pas au pays du Québec", Monsieur Lebel.
      D'ailleurs, votre propos ≈d'aujourd'hui tout ) fait déconnécté de la réalité me donne ainsi à vous souhaiter longue vie !

      Jusqu'où irez-vous donc dans votre délire canadian, Monsieur ?
      Je me le demande de plus en plus...

    • Michel Lebel - Abonné 19 août 2016 13 h 32

      @ Yves Côté,

      Mais quel délire canadian? Aucun rapport! Merci pour vos souhaits de longue vie!! J'accepte!

      M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 19 août 2016 13 h 42

      Je voulais ironiser. Comme il n'y a pas de ''grosses'' nouvelles, les médias ont peu de choses à se mettre sous la dent. C'est d'ailleurs souvent le cas l'été. Le pitbull et la burkini sont heureusement là! Il faut bien l'admettre: la mayonnaise sur la question référendaire ne prend pas du tout!

      M.L.

  • Michel Thériault - Abonné 19 août 2016 06 h 43

    Plus de mordant

    À force d'éculcorer cette charte et de l'affaiblir à un tel point qu'elle serait complètement innofensive pour ne "blesser" personne, rendons-là encore plus mordante. Je soutiens que le port de vêtements et de signes religieux ostentatoires doivent être bannis de l'espace public, et ce pour tous, pas seulement pour les employés de l'État.

    Je veux vivre dans une société laïque, inclusive, multi-ethnique et multi-culturelle. Mais pas question de retourner au 16e siècle. Vous voulez prier dans des accoutrements du Moyen-Âge ? Pas de problème, faites-le dans votre salon.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 19 août 2016 09 h 50

      Aucune société ne peut se développer sainement sans affirmer le respect réciproque entre politique et religions en évitant la tentation constante du mélange ou de l’opposition.

      Toutes expressions publiques doivent pouvoir se manifester; il en va de même dans l'expression publique et sociale de sa foi. Alors, une saine laïcité demande à l'État de ne pas considérer la religion comme un simple sentiment individuel qui pourrait se confirmer au seul domaine privé.

    • Richard Lupien - Abonné 19 août 2016 14 h 24

      La religion n'est pas une expression publique, quand même. Il ne faudrait pas inventer de nouvelles théories pour prouver l'incohérence.

      La religion est uniquement l'expression personnelle d'une foi et d'une croyance en des préceptes envers quelque dieu qui n'existe que pour celui qui y croit.

      Cette religion devrait s'exercer en privé. (((À genoux devant son petit lampion allumé devant la petite statue de plâtre de son choix))).

      Ou encore, toujours en privé, comme à l'intérieur d'un temple, d'une église, d'une synagogue ou d'une mosquée qui ne sont tous des endroits puniques.

  • Bernard Terreault - Abonné 19 août 2016 07 h 23

    De grâce

    Qu'on cesse de paniquer sur une niaiserie comme la tenue de plage!

    • Jacques Patenaude - Abonné 19 août 2016 09 h 08

      En effet vous avez raison. On manque de nouvelles durant l'été au Québec.
      Le PQ aurait intérêt à éviter le piège. Les deux dernières élections (une au provincial et l'autre au fédéral) ont démontrés que cette question n'est pas un enjeu durant les élections. Même si 93% des gens étaient contre le port du niquab lors de la cérémonie de l'obtention de la citoyenneté 70 % des gens ont votés pour des partis qui présentaient un avis contraire. Au Québec le PQ était convaincu que la "charte des valeurs" le propulserait vers un gouvernement majoritaire... voyez le résultat. Le PQ et Harper ont été sanctionnés me semble-t-il sur des enjeux bien plus concrets. Ces vêtements dérangent mais lors des élections cet enjeux retrouve sa place: Un irritant tout au plus. Le PQ devrait laisser la CAQ s'embourber dans ce débat.

    • Yves Côté - Abonné 19 août 2016 09 h 28

      Monsieur Tétreault, ce n'est pas le fait de se couvrir quand on veut et où qu'on veuille qu'il faut condamner, c'est le symbole de haine et de rejet de la liberté humaine que représente le burkini.
      Si quelqu'un veut aller se baigner à 40 degrés en habit de ski-doo, je m'en fiche de manière éperdue. Libre à cette personne de faire un arrêt cardiaque par négligence ou volontariat...
      Et libre à nous d'en rire ou d'en pleurer.
      Mais le burkini, uniforme de haine et de rejet de liberté, c'est non. Point.
      Faut pas jeter l'eau du bain avec le bébé sous prétexte d'être plus laïque que qui que ce soit, il me semble...

    • Michel Duval - Abonné 19 août 2016 09 h 54

      Très juste, ces gens ne savent plus quoi faire pour se nuire...

    • Marc Therrien - Abonné 19 août 2016 18 h 07

      D'accord avec M. Terreault. Tant qu'à en faire une niaiseire, qu'il me soit permis de dire que du simple point de vue esthétique les femmes en burkini que j'ai vues dans les journaux exprimaient à mes yeux davantage de sensualité que la compagne d'un ''motard de l'enfer'' bardée de cuir par exemple. Comme disait l'autre: Les goûts ne sont pas à discuter, mais le bon goût peut être défini.

      Marc Therrien

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 août 2016 07 h 36

      J'aime bien le lien fait ici entre le burkini et le ''motard de l'enfer'', car les deux envoient un «message». Et c'est cela qu'il faut comprendre.

      PL

  • Jean Lapointe - Abonné 19 août 2016 07 h 44

    Comment s'entendre si on ne discute pas

    «Deux ans après la mise au rancart de la charte des valeurs, le port de symboles religieux continue de diviser le Parti québécois (PQ).» (Marco Fortier)

    En disant que le port de symboles religieux continue de diviser le Parti québécois, est-ce que la personne qui a écrit cela ne laisse pas entendre que ce n'est pas une bonne chose et que le Parti québécois ne fait pas ce qu'il devrait faire?

    Mais comment en arriver à s'entendre si les gens concernés ne peuvent pas en discuter entre eux parce que ce serait le signe qu'ils seraient «divisés»?

    Serait-il donc préférable que le chef décide lui-même sans donner la possibilité à tous d'en discuter quitte à étouffer les divergences d'opinions.

    Mais quand il n'y pas de chef officiel et quand on cherche à prendre une position commune sur différents sujets qu'est-ce qu'on peut faire d'autre sinon en discuter?

    Personnellement je préfère donc que des discussions puissent avoir lieu, surtout sur des sujets comme celui dont on parle ici.

    Et je trouve qu'il est inapproprié que de parler de divisions comme si c'était un drame.

    C'et quand même mieux il me semble que d'étouffer toutes les dissensions qui peuvent exister comme paraît-il cela se passe dans d'autres partis politiques.

    • Yvan Harnois - Inscrit 19 août 2016 09 h 23

      Votre commentaire est d'une logique évidente.Cependant des politiciens ne veulent pas discuter mais veulent profiter d'une situation ou d'un sujet controversé pour simplement aller se chercher du capital politique. Un travers pernicieux et sclérosant de notre "démocratie".

    • Gilles Théberge - Abonné 19 août 2016 12 h 00

      Peut-être que le journaliste du devoir prend mal la mesure de la division qui est présente à la grandeur de la sociéte pas simplement au sein du
      PQ.