Le Québec en voie de dépasser ses cibles

Si le nombre de réfugiés augmente, les seuils totaux d’immigration devront vraisemblablement être gonflés.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Si le nombre de réfugiés augmente, les seuils totaux d’immigration devront vraisemblablement être gonflés.

Québec sous-estime le nombre d’immigrants qui seront admis en 2016 et dans les années futures. C’est du moins ce que croit Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

À l’instar de la plupart des intervenants qui défilent depuis mercredi devant la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, dans le cadre de la consultation publique sur la planification de l’immigration au Québec pour 2017-2019, il penche en faveur d’une augmentation des niveaux d’immigration.

« Les cibles citées sont nettement sous-estimées », note M. Reichhold. Pour 2016, le document soumis à la consultation en cours sur la planification de l’immigration fait état d’un maximum de 6600 réfugiés au total. Or, en date du 8 août, le Québec avait déjà accueilli 6181 réfugiés syriens. La cible initiale est donc déjà dépassée, suppose-t-il, puisqu’il faut y ajouter les réfugiés d’autre provenance.

C’est « l’effort humanitaire exceptionnel » envers les Syriens qui explique ce dépassement, a indiqué au Devoir le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI).

Mais tout indique que la tendance ne fléchira pas dans les prochaines années. « Ce qu’ils proposent ne correspond plus à la réalité », soutient le directeur de la TCRI. Il cite notamment l’objectif fédéral de 300 000 nouveaux résidents permanents en 2016, dont au moins 51 000 réfugiés, annoncé en mars par le ministre fédéral de l’Immigration, John McCallum. Ce dernier a réitéré mercredi ses intentions de ne pas faire fléchir cette tendance dans le cadre d’une série de consultations.

Le Québec possède ses propres pouvoirs en la matière, mais il reçoit une proportion de réfugiés correspondant à son poids démographique en vertu de l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration. Si le nombre de réfugiés augmente, et que l’immigration économique doit représenter 63 % du total en 2019 comme le souhaite la ministre Weil, les seuils totaux devront être gonflés.

Planification et français

« Il faut revoir les niveaux proposés », conclut M. Reichhold. Une estimation plus juste permettra de mieux planifier les programmes de francisation et d’intégration, juge-t-il.

La majorité des groupes qui se sont adressés à la ministre en commission ont aussi plaidé pour l’augmentation des admissions. Cette hausse doit toutefois aller de pair avec les ressources financières associées, a fait valoir en matinée le Réseau des forums jeunesse régionaux du Québec.

L’Association canadienne des conseillers professionnels en immigration a souligné que le MIDI a récolté 41 millions de dollars en 2014-2015 en frais de tarification des demandes d’immigration. « Le message est de faire savoir que ce n’est pas le contribuable qui paie les frais », a précisé Isabelle Vachon, présidente de la section provinciale de cette association.

« Nous sommes aussi la seule province à avoir 345 millions de dollars qui lui tombe sur la tête du fédéral », ajoute Stephan Reichhold. Les obstacles à l’intégration économique sont connus, dit-il, « mais les choses ne bougent pas ».

Il dénonce notamment l’inefficacité du programme d’accès à l’égalité, qui ne remplit pas ses promesses, même dans la fonction publique. La reconnaissance des acquis et des compétences doit devenir une priorité, ajoute-t-il.

Quant à la francisation, un consensus se dessine pour son renforcement. Le Mouvement Québec français demande de rendre la francisation obligatoire, à la fois pour l’immigrant, autrement « condamné à vivre en marge de la société », et pour la cohésion sociale. Cette proposition a déjà été énoncée par la Coalition avenir Québec (CAQ) dans le passé.

Pour d’autres, c’est l’attrait et la flexibilité du programme qui font défaut. Les incitatifs financiers pour y participer sont actuellement bas : les immigrants suivant des cours de français à temps plein reçoivent moins de 500 $ par mois. Des frais de garde d’enfant et de transport sont également remboursables.

La question des migrants temporaires non spécialisés a également été remise de l’avant par la Confédération des syndicats nationaux (CSN). « Je pense qu’il y a un bassin de gens qui voudraient rester au Québec et qui ont le potentiel […] et c’est le groupe le plus vulnérable », a affirmé le secrétaire général Jean Lortie.

6 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 19 août 2016 03 h 14

    Je ne comprends pas

    Comment le directeur de la Table de concertation des organismes au service des réfugiés et des immigrants peut-il prôner d'augmenter les niveaux d'immigration alors qu'on peine à franciser ceux qu'on accueille déjà? L'IREC a déjà démontré cette triste réalité.

    • Raymond Chalifoux - Abonné 19 août 2016 10 h 33

      Le PLQ s'importe des suffrages...

    • Gilles Théberge - Abonné 19 août 2016 11 h 45

      C'est exact le PLQ d'importer des suffrages.

      Il faudra un changement de gouvernement avant d'avoir une discussion basée sur les véritables besoins du Québec en cette matière.

      Patience... 2118

    • Brigitte Garneau - Abonnée 19 août 2016 11 h 48

      Exactement, Monsieur Chalifoux!

  • Marc Tremblay - Abonné 19 août 2016 18 h 06

    L'immigration: un besoin?

    Bon, c'est sûr que nous le devoir d'accueillir des réfugiés pour des raisons humanitaires. Mais il n'est pas démontré que nous avons besoin d'immigrants en raison d'un manque de main d'oeuvre ou pour contrer le vieillissement démographique.

    Ce sont les immigrants qui ont besoion de venir ici.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 20 août 2016 19 h 06

    Un mantra à déboulonner

    Il y a quelques années campagne de publicité du gouvernement libéral québécois sur l’immigration, centrée sur le slogan “L’avenir du Québec ne peut s’écrire sans l’immigration”, était carrément insultante pour la majorité des Québécois. Pourquoi ne serions-nous pas capable comme peuple de survivre et de nous développer par nous-même? Pourquoi devrions-nous nécessairement compter sur les autres? Pourquoi n’aurions-nous pas d’avenir en nous-mêmes?

    Ce qui fait la richesse d'un pays, c'est le produit intérieur brut PIB par habitant, pas le nombre de personnes dans ce pays. Il n'y a aucune corrélation entre le niveau de vie et l'ampleur de la population. On n'a qu'à penser aux pays scandinaves riches et et de faible population, et aux pays africains pauvres et avec beaucoup de population.


    Il y a actuellement au Québec un mantra à l'effet que le Québec a absolument besoin de plus d'immigrants. Aucunement prouvé. Si au moins nous réussissions à intégrer tous ou presque tous les immigrants au Québec francophone, ce pourrait à la limite être acceptable d'accueillir plus d'immigrants, mais plus de la moitié de ceux-ci ne s'intègrent pas à la majorité francophone, alors on se tire dans le pied en augmentant inconsidérément le nombre d'immigrants.

    L’avenir du Québec ne peut s’écrire que par une meilleure instruction donnée à nos enfants, et par des efforts soutenus en recherche et développement. Nous serons alors plus productifs. L’augmentation de notre productivité est la vraie la clef de notre survie comme peuple francophone et la la clef de la santé économique et sociale du Québec.