Burkini: les visions péquistes et libérales s’affrontent

La ministre Vallée ne croit pas que le burkini, contraction de burqa et de bikini, soit très fréquent au Québec. Ci-dessus, une femme et son enfant sur une plage de Tunisie.
Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse La ministre Vallée ne croit pas que le burkini, contraction de burqa et de bikini, soit très fréquent au Québec. Ci-dessus, une femme et son enfant sur une plage de Tunisie.

Les gens ont droit à leurs croyances et peuvent s’habiller comme ils le veulent, a déclaré mercredi la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, en réaction à la décision de certaines municipalités de France d’interdire le port du burkini.

« Une femme a le droit de se vêtir comme elle le souhaite. Les femmes qui sont vêtues de façon un peu plus choquante aussi par moments », a lancé la libérale, en marge du dépôt du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État. La mesure législative, qui n’est pas encore adoptée, vise notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes.

La ministre Vallée ne croit pas que le port du burkini — contraction des mots burqa et bikini — est très fréquent au Québec. Il s’agit d’un type de maillot de bain intégral ressemblant à une tenue d’exercice couvrant les jambes, les bras, le torse et la poitrine, assortie d’un voile. « C’est un débat qui est de l’autre côté de l’océan. On va le laisser de l’autre côté de l’océan », a-t-elle déclaré.

Le gouvernement libéral semble ainsi plutôt prudent et tolérant quant à cette question actuellement débattue en France. La ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, a qualifié la question « d’absolument délicate » et a précisé ne pas vouloir s’immiscer dans les décisions prises par les Français.

Lisée ouvre le débat

 

Le candidat à la chefferie du Parti québécois, Jean-François Lisée, a plutôt saisi l’occasion pour s’impliquer dans le débat. À son avis, le Québec n’aura d’autre choix que de discuter du port du burkini, mais aussi de la burqa et du niqab, dans l’espace public. « Nous avons un ennemi déclaré, [le groupe] État islamique, qui recrute ici des gens pour poser des bombes. Notre seul choix est de débattre de l’interdiction de la burqa avant qu’un djihadiste s’en serve pour cacher ses mouvements pour un attentat, ou après », a-t-il écrit sur sa page Facebook.

Selon lui, le niqab, la burqa et le burkini sont « l’expression ultime de la soumission de la femme », tandis que leur utilisation, « très récente », témoigne de la volonté politique de mouvements « rétrogrades », qui financent « des versions extrêmes de l’islam ».

Christine St-Pierre a proposé de s’en remettre aux Chartes québécoise et canadienne des droits et libertés, qui protègent la liberté de religion et la liberté d’expression.

La ministre ne veut pas que des femmes musulmanes soient stigmatisées ou restent enfermées chez elles si leur tenue de baignade est interdite. « On veut les aider à s’épanouir comme femmes, et c’est la raison pour laquelle on travaille avec elles », a-t-elle déclaré.

Jean-François Lisée n’est pas de cet avis. « Si notre société tolère dans l’espace public la manifestation patente de l’oppression des femmes, elle valide le fait que cette oppression est acceptable et acceptée, a-t-il fait valoir. Il faut au contraire promouvoir l’égalité et faire naître chez la femme voilée la conscience que ses contraintes familiales et religieuses l’excluent de l’accès à l’égalité. Qu’elle doit donc faire le choix de s’en libérer. »

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