Boycottage politique du micro de Normandeau

Nathalie Normandeau fait face à des accusations de complot, de fraude, de corruption et d’abus de confiance envers le gouvernement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nathalie Normandeau fait face à des accusations de complot, de fraude, de corruption et d’abus de confiance envers le gouvernement.

De manière unanime, les députés des quatre partis à l’Assemblée nationale entendent décliner toute invitation à l’émission de Nathalie Normandeau, qui doit commencer le 6 septembre à BLVD 102,1, une radio de Québec.

Le cabinet du premier ministre Philippe Couillard a donné une consigne en ce sens aux membres du cabinet, qui ont été invités à refuser toute demande d’entrevue le temps que prennent fin les démêlés de l’ex-vice-première ministre avec la justice.

Certains des anciens collègues de Nathalie Normandeau ont paru mal à l’aise devant l’interdit, mercredi, mais tous ont indiqué comprendre la pertinence de la consigne. « Dans le contexte actuel, la prudence commande de ne pas accorder d’entrevue », a soutenu la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre. Son collègue à la Santé, Gaétan Barrette, a fait valoir qu’il ne fallait pas prendre « le risque, tout simplement, de venir enfreindre, d’une quelconque façon, le processus [judiciaire] en cours ».

Perte de crédibilité

En entrevue à RDI, mercredi, la présidente du caucus de la Coalition avenir Québec (CAQ), Nathalie Roy, s’est montrée catégorique : étant donné les chefs d’accusation « très graves » qui pèsent sur l’ex-vice-première ministre, ni elle ni aucun de ses collègues ne prendront part, de près ou de loin, à une émission à laquelle participe Nathalie Normandeau. « À partir du moment où le processus judiciaire est enclenché, et au criminel, il faut bien le mentionner, elle perd toute crédibilité pour devenir une analyste », a-t-elle déclaré avec vigueur. Nathalie Roy a reconnu qu’il y a présomption d’innocence et que Mme Normandeau « peut travailler et s’exprimer » librement, mais affirme que le boycottage de son parti tiendra jusqu’à ce qu’elle soit blanchie par la justice.

Déjà, la semaine dernière, le chef de la CAQ, François Legault, avait déclaré sur les ondes de CHOI Radio X qu’il avait donné une directive à tous ses députés. « Personne à la CAQ ne va donner une entrevue à quelqu’un qui est accusé de corruption. […] Il y a quand même des limites. »

Le Parti québécois et Québec solidaire ont affirmé n’avoir pas davantage l’intention de partager le micro de l’ex-ministre.

Longtemps numéro deux du cabinet de Jean Charest, à la tête de ministères stratégiques, Nathalie Normandeau doit répondre à des accusations de complot, de fraude, de corruption et d’abus de confiance envers le gouvernement liées à du financement politique et à l’octroi de contrats publics.

Arrêtée en mars par l’UPAC, elle a plaidé non coupable et doit se présenter en cour le 29 août.

8 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 17 août 2016 16 h 45

    Étrange unanimisme!

    Les sépulcres blanchis me semblent nombreux à la docte Assemblée nationale! Tout le monde veut laver plus blanc que blanc. Et la présomption d'innocence, qu'en fait-on? L'opinion publique serait-elle devenue le grand tribunal infaillible? Je m'interroge.

    M.L.

  • Michel Thériault - Inscrit 17 août 2016 21 h 29

    Nous, les politiciens...

    ...sommes une grande famille. Jusqu'à ce qu'un d'entre nous...

  • Pierre Valois - Abonné 18 août 2016 06 h 13

    Quoique...

    le don d'un petit bouquet de roses pourrait peut-être arranger les choses...

  • Colette Pagé - Inscrite 18 août 2016 08 h 39

    La présomption d'innocence à deux vitesses !

    Se pourrait-il qu'avant même d'attendre le verdict, l'ensemble de la classe politique foule aux pieds la présomption d'innoncence. Une notion si souvent évoquée par le PM dans le cas de certains de ses ministres présumés coupables. Une présomption qui ne semble pas s'appliquer à Madame Normandeau.

    Par contre, si en retour de cette rebuffade l'ex VP se mettait en table et révélait toutes les informations qu'elle détient sur les turpitudes du PLQ il est raisonnable de penser que certains de ses ex-collègues pourraient se retrouver à leur tour dans la tourmente médiatique.

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 août 2016 09 h 02

      À Claude Gélinas,

      "Présomption d'innocence à deux vitesses!" - Claude Gélinas

      Le Directeur général des élections du Québec et la Commission Charbonneau n'ont-ils déjà pas suffisamment démontré les millions en fraude électorales pour que Nathalie Normandeau "vice première ministre" soit responsable et imputable des agissements de sa formation politique?

      - Qui essayez vous de défendre par ce commentaire complaisant?

      Le Parti libéral ou le Parti québécois qui a trempé dans les mêmes magouilles?

      Christian Montmarquette

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 août 2016 10 h 26

      @ CM J'aime bien votre réponse à certains commentaires plus haut:
      "Le DGE et....de sa formation politique?"

      @ CM "qui essayez-vous de défendre par ce commentaire complaisant?"

      Seulement cette phrase, uniquement cette phrase...et je vous aurais donné un 10/10....

      La suite est de trop... teintée de partisanerie...tout comme vous le reprochez à certains d'entre eux.

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 août 2016 14 h 49

      À Nicole D. Sévigny,

      "La suite est de trop... teintée de partisanerie...tout comme vous le reprochez à certains d'entre eux." -Nicole D. Sévigny

      Malheureusent Mme Sévigny,

      Il semble que ce soit plutôt les péquistes qui sont aveuglés de partisanerie, quand ils blâment le Parti libéral pour ses magouilles, alors qu'ils soutiennent un PQ qui utilise les mêmes procédés; la seule différence consistant essentiellement dans une proportion différente *.

      Pourquoi donc les dirigeants libéraux devraient-ils être imputables des fraudes de leur parti et pas le Parti québécois?

      - Deux poids, deux mesures Mme Sévigny?

      Les péquistes qui se demandent sans cesse comment les libéraux font pour continuer de voter pour un parti de fraudeurs et de magouilleurs comme le PLQ n'ont qu'a se regarder aller pour comprendre.

      Ils font exactement la même chose.

      Christian Montmarquette

      * Référence :

      Le DGE a identifié près de 13 millions en financement sectoriel - Le Devoir

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/374775/le

      .

  • Sylvain Lévesque - Abonné 18 août 2016 12 h 36

    présomption d'innocence ?

    Les libéraux ont tellement galvaudé la notion de présomption d'innocence, à force d'ériger des écrans de fumée autour de leurs magouilles, que le public lui-même a fini par en perdre le sens.
    Refuser d'être interviewé par une personne qui fait face à des accusations criminelles (et qui de surcroît traiterait dans ses interviews des mêmes sujets pour lesquels elle est accusée), ce n'est pas la condamner avant le procès, c'est simplement faire preuve d'une prudence élémentaire.