Consensus droite-gauche contre les régimes à deux vitesses

Membres de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, le 15 mai 2016, lors du Conseil Général du Parti libéral du Québec
Photo: Facebook Membres de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, le 15 mai 2016, lors du Conseil Général du Parti libéral du Québec

En s’attaquant de front à la notion d’ancienneté, les jeunes libéraux ont mis en évidence cette semaine un étonnant consensus gauche-droite sur les clauses de disparité de traitement, dites « orphelin ». Or cette fois, on ne parle pas d’iniquités dans les salaires, mais bien dans les régimes de retraite et dans les avantages sociaux.

Lors de son congrès qui se tiendra cette fin de semaine, la Commission-Jeunesse du Parti libéral va proposer que le gouvernement clarifie la Loi sur les normes du travail pour abolir les disparités de traitement en fonction de l’embauche tant dans les régimes de retraite que dans les régimes d’assurance collective, les fameuses « clauses orphelin ».

Fait rare : des représentants jeunesse de la FTQ ont salué la démarche. « On est d’accord avec la formulation de la proposition des jeunes libéraux », a plaidé jeudi Dominic Lemieux, adjoint au directeur québécois des Métallos, un syndicat affilié à la FTQ, en marge d’un débat du Forum social mondial.

Le débat sur les clauses de disparité de traitement n’a-t-il pas déjà été fait ? Pas au complet, répond-on. La loi votée en 2001 portait sur les inégalités liées au salaire ; or, avec le temps, les avantages sociaux et inégalités liés à la retraite ont pris de l’ampleur.

Le débat actuel prend sa source dans les demandes de plusieurs employeurs afin de transformer les régimes de retraite à prestations déterminées en régimes à cotisations déterminées pour les nouveaux employés. Dans certains cas, cette demande est formulée à cause des difficultés financières du régime, mais, dans d’autres cas, le régime peut être pleinement capitalisé, parfois à plus de 110 %. Certains syndicats sont déchirés à l’interne par ce débat, qui oppose des générations d’employés plus anciens à des plus jeunes.

« On a une loi sur l’équité salariale pour les femmes au Québec, pourquoi on ne tolère plus la discrimination envers les femmes mais on la tolère pour les jeunes ? » lance Dominic Lemieux. « Pour employer une caricature grossière, c’est comme si on négociait une convention collective qui va permettre un meilleur régime de retraite aux hommes qu’aux femmes. Ce serait socialement inacceptable. »

Mésentente sur l’ancienneté

Par contre, les jeunes leaders syndicaux martèlent que les jeunes libéraux « ratent la cible » en s’en prenant à l’ancienneté. « Personne ne parle de ça dans le monde syndical », fait valoir Maxime Sabourin, président du comité des jeunes de la FTQ. « Le monde syndical a évolué. Pour tout ce qui touche aux promotions, l’ancienneté n’est vraiment pas la seule chose qui est prise en compte. »

Les jeunes libéraux veulent abolir « un privilège qui n’existe pas », plaidait cette semaine le président du Syndicat de la fonction publique, Christian Daigle. Selon lui, cela découle d’une profonde méconnaissance de la fonction publique, puisque l’ancienneté n’a de l’impact que sur les congés et l’ordre des licenciements quand des postes sont supprimés.

Interpellé à ce propos, le président de la Commission-Jeunesse, Jonathan Marleau, rétorque que la proposition reflète le contenu de la consultation menée avant le congrès. « On ne pouvait pas ne pas en parler. C’était une inquiétude qui était vraiment présente », dit-il. « Tout le monde a des histoires à raconter sur l’ancienneté. Prenons l’exemple d’un cas où la personne ne travaillait plus, mais pouvait faire à peu près ce qu’elle voulait à cause de l’ancienneté ; un autre cas où une personne avec plus d’ancienneté avait plus d’autorité malgré sa faible envie de travailler… L’imaginaire collectif est plein d’histoires comme celles-là. »

Lorsqu’on lui demande si ses membres sont mal informés sur la réalité de la fonction publique, il rétorque que, « quand on fait des recherches par mots dans les conventions collectives, l’ancienneté apparaît quand même dans plusieurs pages », notamment dans celles des employés de l’État. « Est-ce que c’est grave dans chaque syndicat ? Assurément pas, mais les jeunes se posent ces questions-là et c’est légitime d’en débattre. »

Serait-il possible aussi qu’ils aient davantage en tête des secteurs comme la santé et l’éducation (le parapublic) ? « Ça pourrait expliquer ce malentendu-là », concède-t-il.

Interrogés là-dessus, les représentants jeunesse de la FTQ font valoir que ça ne s’applique pas dans le parapublic non plus. « Il y a plusieurs années, les plus anciens se planifiaient six semaines de vacances l’été et les plus jeunes se ramassaient avec une semaine avant l’été et une autre à l’automne. Ça, ça s’est réglé aux tables de négos depuis longtemps », affirme Dominic Lemieux.

Des jeunes sous-représentés

Mais encore, les syndicats ne sont-ils pas complices des clauses de disparité de traitement ? Ne voit-on pas parfois les syndicats lors des négos sauver les conditions de retraite au détriment d’autres combats, comme ceux des jeunes en situation précaire ?

« Il ne faut pas oublier que les syndicats, ce sont des membres qui votent à la toute fin », répond Maxime Sabourin du comité des jeunes de la FTQ. Il ajoute que, en changeant la loi pour interdire les régimes à deux vitesses, les employeurs privés pourraient moins facilement brandir la menace d’une délocalisation pour faire peur aux membres qui cherchent à préserver leurs acquis.

Les jeunes libéraux et ceux de la FTQ s’entendent par ailleurs pour dire que les jeunes sont sous-représentés dans les assemblées et les négos. En matière de régimes de retraite, les jeunes qui sont affectés par les décisions ne sont « pas encore embauchés », fait remarquer Dominic Lemieux.

En entrevue, Jonathan Marleau note aussi que les jeunes, parce qu’ils sont en situation précaire, sont moins représentés lors des assemblées. « Souvent, les gens qui votent ces conventions-là sont ceux qui sont en place et risquent d’en bénéficier. Ils ne vont pas voter pour les gens qui vont rentrer dans 20 ans. »

6 commentaires
  • Salah-Eddine Khalfi - Inscrit 12 août 2016 05 h 24

    A propos des jeunes libéraux

    C'est surprenant sachant que la très grande majorité de ses jeunes sont issues d'une Bourgoisie ayant des valeurs à Droite et donc très peu sympatiques aux luttes et aux préoccupations des masses ouvrières et des pauvres.

  • Jean-François Trottier - Abonné 12 août 2016 08 h 00

    Ancienneté ou agisme ?

    JOn se méfie toujours quand on lit des propositions de la part de commission jeunesse. Il y a peu, elle a appuyé (et appuie encore) Uber, corporation délinquante sinon criminelle aux yeux du fisc.
    En clair, la Commission désavoue à l'avance toute loi formulée à l'avenir!

    Maintenant, la même Commission souhaite brasser la cage des employés à qui ses membres demanderont dans quelques années d'agir en se fermant la gueule. Étonnant. Vivifiant peut-être, bizarre certainement.

    Ce qui me déplaît est la forme-même de la proposition. Plutôt que de vouloir promouvoir le bien-être chez les syndiqués les plus jeunes, la Commission tire bien malhabilement vers ceux qui jouissent de plus d'expérience, tout en soutenant que les plus jeunes "veulent plus travailler".

    Combien de préjugés en quelques mots ? Je n'arrive plus à les compter. On croirait entendre de vieux curés de campagne tenant un sermon usé sur des péchés auxquels plus personne ne croit. Vraiment bizarre.

    Il existe sûrement des cas d'employés plus vieux qui veulent moins travailler. Il en existe de jeunes aussi. Une égalité bien approximative existe là, en tout cas! Mais le pire est que, à une généralisation abusive de la part des Jeunes et fringants Libéraux, je réponds moi-même par une généralisation (très) abusive!

    Dans les faits, les gens de la fonction publique travaillent pour la plupart comme des défoncés, voilà la réalité. Le nombre de dépressions qui y règne en est un symptôme, et ces dépressions sont justement utilisées par les "jeunes" pour parler de manque de volonté, eux qui ressemblent décidemment et de plus en plus à de vieilles barbes.

    Voilà l'art de tout mêler. De la pure Radio X de bas étage en fin de compte: trouver un point noir, nommer un coupable, frapper vite et fort. Fillion ne ferait pas mieux.

    Les "jeunes" ne parlent pas de promotion des jeunes ! Ils coulent les vieux et c'est tout.
    Des "jeunes" ? De vieilles croûtes retombées en enfance.

  • Germain Dallaire - Abonné 12 août 2016 08 h 08

    Titre fallacieux

    Tel que le confirme l'article, il aurait fallu écrire clause remorque plutôt qu'ancienneté. L'ancienneté est un principe de base du syndicalisme et peut-être même le plus important. Pour ce qui est des clauses remorques concernant les régimes de retraite, les syndicats se sont toujours battus contre et quand ils l'ont concédé, c'était à leur corps défendant. Les clauses remorques ou orphelins sont une revendication patronale. En mettant en titre ancienneté, on donne l'impression que la gauche appuie une vieille revendication patronale alors que c'est l'inverse. Ce sont les jeunes libéraux qui appuient une position syndicale tout en étant bien conscient que ces derniers, en bons porte-parole des patrons, voudraient bien attaquer le principe de l'ancienneté. En tout cas eux, ils doivent être bien contents de ce titre.
    Germain Dallaire
    abonné

  • Jean Henrichon - Inscrit 12 août 2016 08 h 17

    L'individuel vs le collectif; le temps présent vs le temps collectif

    La question soulevée ici est très importante. Elle fait référence à notre capacité individuelle de tenir compte, lors de nos prises de positions et de décisions des conséquences de ces dernières sur les générations futures. Elle remet également en quetion notre mode de prise de décision ou vote; soit le système du «une voix, un vote», car ce système fait complètement abstraction des « sans-voix» et aussi d'une certaine manière des minorités. Nous aurions grand intérêt à apprendre de nos ancêtres des premières nations qui songeaient aux effets de leurs décisions sur les sept générations suivantes.
    Nous vivons en collectivité, nous devons penser collectivement et cette pensée doit tenir compte du temps collectif i-e du passé, du présent et du futur.
    Cette réflexion doit également se faire tant à l'intérieur des syndicats qu'à l'intérieur de nos structures gouvernementales et politiques.
    Si nous avions eu cette capacité auparavant notre planète ne se retrouverait probablement pas dans une situation aussi déplorable.

  • Yves Côté - Abonné 12 août 2016 09 h 06

    Le réveil

    "Les jeunes libéraux et ceux de la FTQ s’entendent par ailleurs pour dire que les jeunes sont sous-représentés dans les assemblées et les négos..." est-il écrit dans l'article.
    Un autre, celui-ci de Monsieur Shields hier, me fait clairement estimer qu'il n'y a pas qu'en cette matière que l'entente règne entre ces deux. Ni que l'entente en question se cantonne exclusivement aux plus jeunes des travailleurs, d'ailleurs...
    Misère de misère ! Où c'est-y qu'on est rendu quand le conservatisme abrutissant et la lutte pour le profit d'abord deviennent les valeurs défendues par un syndicat ?
    Lorsqu'il se produira, le réveil va être dur pour cette organisation et ses syndiqués !!!
    Beaucoup des ouvriers historiques du syndicalisme au Québec et en Amérique du Nord (comme mon propre grand-père...) doivent se retourner dans leurs tombes je pense...
    Dans quel délire illogique et morbide collectivement sont donc tomber la FTQ et ses représentants actuels, en commençant par Monsieur Ouellet, pour en être rendu là ?!?
    Cherchez pourquoi, mais je ne peux m'empêcher de penser que le fond du raisonnement a plus que jamais aujourd'hui grand besoin de nous être connu.
    En sommes-nous arrivés à ne penser qu'à très court terme pour refuser, tel ceux-ci le font, de nous faire violence à nous-mêmes en choisissant de penser et d'opter pour le "demain et même mieux après-demain, il sera toujours temps de commencer à réfléchir sur une éventuelle possibilité de changer un jour qui viendra dans le futur, et peut-être, les choses pour nos suivants et suivantes" !!!?
    En sommes-nous maintenant au Québec à tellement vouloir protéger notre doux et proximal confort ombélical pour être indifférent même à nos propres enfants et petits-enfants ?
    Moi pas comprendre la FTQ, Monsieur-Madame.
    Ou si moi comprendre, pas trouver tout cela glorieux pour l'amour propre à venir de plusieurs de ses composantes.
    C'est comme si je sentais ce matin une laine blanche nous pousser de nouveau sur le dos...