Québec dit avoir été trop «passif»

Québec lance une campagne de promotion dans l’espoir d’attirer davantage d’immigrants dans les cours de francisation. La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a annoncé lundi à Montréal que cet effort de promotion, doté d’une enveloppe de 750 000 $, vise surtout à attirer les conjoints d’immigrants qui sont acceptés comme travailleurs spécialisés et ceux qui entrent au pays en vertu du programme de réunification des familles.
Photo: David Afriat Le Devoir Québec lance une campagne de promotion dans l’espoir d’attirer davantage d’immigrants dans les cours de francisation. La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a annoncé lundi à Montréal que cet effort de promotion, doté d’une enveloppe de 750 000 $, vise surtout à attirer les conjoints d’immigrants qui sont acceptés comme travailleurs spécialisés et ceux qui entrent au pays en vertu du programme de réunification des familles.

La désaffection des immigrants envers les cours de francisation est en partie la faute de Québec, a reconnu lundi la ministre Kathleen Weil, qui dit que le gouvernement « a été passif ». Pour corriger la situation, Québec mise sur une campagne estivale de promotion des cours.

Québec investira 250 000 $ d’ici le 30 août en publicité dans différents journaux, radios et sites Internet — de même que dans le métro et les autobus de Montréal — pour inciter les immigrants à s’inscrire à des cours qui, souligne-t-on, ne coûtent rien. « Apprendre le français, c’est gratuit et c’est gagnant », vante ainsi le slogan de la campagne.

L’objectif est d’augmenter de 10 % le nombre d’immigrants qui suivent des cours de francisation, a indiqué la ministre de l’Immigration. Selon le rapport annuel de gestion 2014-2015 du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion [MIDI], 26 109 personnes ont participé à un ou des cours de français l’an dernier.

C’est là une baisse de 6,1 % par rapport à l’année précédente — résultant notamment d’un recul de fréquentation des cours de français à temps plein (-6,3 %) et des cours en ligne (-30 %). Dans les faits, si l’objectif est atteint, Québec retrouvera le niveau atteint en 2011-2012, mais demeurera sous celui de 2012-2013 (29 200 personnes).

En janvier, Le Devoir révélait que près de 60 % des immigrants adultes qui ne connaissent pas le français en arrivant au Québec refusent de suivre des cours. Or, si l’apprentissage du français est évidemment important pour l’intégration à la société québécoise, il l’est aussi pour aider à la rétention des immigrants. Une étude du MIDI dévoilée en avril montrait que 46 % des immigrants admis entre 2004 et 2013, sélectionnés en raison de leurs qualifications professionnelles et ne parlant pas français à leur arrivée, avaient quitté le Québec en 2015.

Méconnaissance

« Nous avons noté que pas assez de personnes immigrantes se prévalaient de notre offre en francisation », a indiqué Mme Weil. Elle a fait valoir que cette offre est « complète, variée et flexible » en fonction des besoins et des horaires, et que le gouvernement offre jusqu’à 115 $ par semaine à ceux qui sont inscrits à temps plein et ne peuvent donc pas travailler en même temps. « Ces éléments sont méconnus », pense Mme Weil.

« On ne veut pas rester passif » face à cette situation, dit-elle. « On dit depuis des années qu’on peut répondre à la demande. Mais personnellement, je ressentais le besoin d’en faire la promotion active, parce que c’est sûr qu’on ne rejoint pas toutes les clientèles potentielles, et qu’au fil du temps, elles ont peut-être senti que ce n’était pas pour elles. » À son avis, le problème n’en est pas un d’attrait du français.

Première étape

La campagne vise particulièrement les personnes qui ne sont pas sélectionnées pour leur profil linguistique ou professionnel — par exemple, les conjoints de travailleurs qualifiés ou ceux qui arrivent par des programmes de réunification familiale.

Selon Kathleen Weil, l’annonce de lundi est « importante. Il y a eu beaucoup de reportages sur comment rejoindre cette clientèle qui semble éloignée des cours de français », a-t-elle dit. Et en quoi une campagne de promotion en plein mois d’août permettra-t-elle d’y arriver ? La ministre répond notamment que les médias des communautés culturelles sont très lus… et aussi que ce n’est qu’une première étape.

En septembre, Québec lancera ainsi le deuxième volet de cette initiative. Quelque 500 000 $ serviront à aider les organismes d’accueil et d’aide des immigrants à être des « relayeurs » de cette campagne.

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19 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 12 juillet 2016 03 h 22

    Parler français n'est pas une chose gratuite...

    Au contraire de la fausse prétention qui apparaît sur l'affiche se trouvant derrière la ministre Weil, apprendre le français et le parler au Québec n'est certainement pas une chose gratuite.
    Ce n'est pas une chose gratuite, parce que c'est une chose signifiante.
    Mais cela, il faut au moins parler suffisamment le français pour le comprendre.
    Apprendre le français lorsqu'on réside au Québec, qu'on y soit immigrant ou installé depuis des générations, est un geste politique d'une très grande signification et de conséquence connue : celle de montrer qu'on adopte pour soi-même la langue commune historique du Québec.
    Ou à tout le moins, qu'on n'en rejette pas la réalité...
    Comportement qui sans être la solution à tous nos maux, à tous nos mots non-plus, est déjà une victoire sur la volonté qu'il n'est plus possible au Canada de masquer, celle de réussir à la remplacer définitivement par la langue anglaise. Pour en faire une province qui à ses yeux mérite d'être comme toutes les autres en ayant une culture folklorique sympathique d'un bord et le quotidien normalisé en anglais de l'autre.
    Comme un pas dans la bonne direction n'est pas un pas dans la mauvaise, de le faire n'est certainement jamais gratuit.
    C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous devons tous autant aux immigrants qui décident de le faire et donc, de s'intégrer ainsi à notre tant fragile mais si forte société québécoise.
    Après tout, pour comprendre et aimer vraiment celle-ci, donc pour éviter de tomber dans les clichés réducteurs et trop souvent faits de mépris, y aurait-il une autre solution viable et pérenne que celle-là ?

    Tourlou !

  • Daniel Lemieux - Abonné 12 juillet 2016 05 h 20

    Trop peu, trop tard

    Ce ne sont pas ces 750 000 $ lancés en pleine période estivale qui renverseront la vapeur, la candide ministre fait semblant d'y croire.

    Il sera toujours impossible pour le commun des mortels de savoir si ce sont les fonctionnaires qui « dormaient au gaz » devant le phénomène, ou si c'est la ministre qui ignorait les nombreuses alertes lancées par plusieurs organismes militants depuis une décennie. De fait, d'où vient cet intérêt subit pour tenter de stopper le mouvement ?

    Ou ce gouvernement veut se donner bonne conscience, ou encore cette stratégie impromptue vient masquer une éventuelle annonce de politique multiculturelle de l'Immigration, on le saura bien assez tôt.

  • André Chevalier - Abonné 12 juillet 2016 05 h 29

    Un coup d'épée dans l'eau

    Tant qu'on tolèrera que les entreprises du Québec auront l'anglais au lieu du français comme langue d'usage, il sera inutile de demander la connaissance du français de la part de immigrants.

    Il n'est pas acceptable que, dans une grande entreprise québécoise, on engage des unilingues anglophones, mais pas d'unilingues francophones. Lorsque c'est le cas, la langue de communication interne devient automatiquement l'anglais.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 juillet 2016 06 h 06

    De la poudre aux yeux ?

    Le communiqué de Québec dit qu’il investira 250 000$ en publicité dans différents journaux, radios et sites Internet, de même que dans le métro et les autobus de Montréal

    On ne sait pas si les journaux en question seront des journaux dits ‘ethniques’ ou non.

    Tout comme la campagne « Merci de me servir en français », faire une campagne _en français_ dans le métro, dans les autobus et ailleurs, est inefficace puisque ceux qui ne connaissent pas notre langue n’auront pas la moindre idée de ce qui est écrit.

    Cela ne sert qu’à faire croire aux Francophones que le Parti libéral fait quelque chose pour la francisation du Québec.

    Au Royaume-Uni, un candidat à l’immigration dont la candidature est acceptée ne peut mettre les pieds sur le sol britannique pour y prêter le serment de citoyenneté (le Serment du Test déguisé, comme au Canada) et finaliser statut à moins de connaitre déjà la langue anglaise.

    Pour un immigrant, il n’y a pas meilleure motivation pour apprendre une langue que de savoir que si tu ne l’apprends pas, eh bien tu restes dans ton pays.

    • Pierre Cousineau - Abonné 12 juillet 2016 14 h 26

      Le Devoir de vendredi dernier (8 juillet 2016, p. B9) publiait un court article intitulé: ''L'Allemagne adopte des règles pour intégrer les réfugiés''

      Quelques extraits :
      ''Entre autres mesures, les autorités attribueront désormais un lieu de résidence aux demandeurs d'asile reconnus, afin de mieux les répartir sur le territoire et d'éviter ainsi les ghettos. En cas d'infraction, des pénalités et sanctions sont prévues pour les demandeurs d'asile. L'Allemagne n'attribuera pas de droit de séjour durable aux réfugiés qui ne feraient pas suffisamment d'efforts pour s'intégrer, notamment par l'apprentissage de la langue allemande.''
      '' L'acquisition de la langue est aussi nécessaire pour un séjour provisoire en Allemagne, stipule le document''

      Certains avanceront qu'Angela Merkel essaie de temporiser avec les porteurs de valeurs nationalistes qui se manifestent de plus en plus en Europe, mais devant l'ampleur des mouvements migratoires modernes n'est-ce pas plutôt une politique de sens commun quand l'on tient à la cohésion sociale?

  • Lise Bélanger - Abonnée 12 juillet 2016 06 h 53

    En tous cas, il est clair qu'une majorité d'immigrants ne désirent s'intégrer aux québécois.