Place à l'emploi ne remplit pas ses promesses d'économies

En plus d'être incapable de référer en 24 heures les nouveaux demandeurs d'aide sociale pour les diriger vers des emplois disponibles ou une formation, la «nouvelle philosophie» que tente d'implanter le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, ne génère pas les économies escomptées.

D'entrée de jeu, les analystes du ministère constatent dans leur évaluation de l'opération «Place à l'emploi» datée du 5 février, dont Le Devoir a pris connaissance, qu'il n'y a pas de «croissance des résultats financiers par rapport à l'année dernière». En clair, malgré les intentions derrière «Place à l'emploi», l'aide sociale coûte toujours aussi cher.

Ainsi, en septembre 2002, les prestations d'aide sociale ont totalisé 226 millions, comparativement à 230 millions en septembre dernier. En octobre 2002, elles représentaient 224 millions, alors qu'un an plus tard, elles atteignaient 228 millions.

En juillet dernier, le ministre Béchard estimait pouvoir réaliser des économies de 188 millions avec le virage qu'il faisait prendre à l'immense machine administrative de la Sécurité du revenu et d'Emploi-Québec. En décembre, avec la révision de l'objectif de sortir 25 500 ménages de l'aide sociale passé à 6000, le ministre Béchard a cessé de parler d'objectif financier précis.

Quant aux pénalités que le ministre Béchard menaçait d'imposer à tous les bénéficiaires de l'aide sociale qui n'ont aucune contrainte à l'emploi et qui refusent un emploi ou une formation, il semble ne pas y avoir eu d'augmentation. En fait, il est difficile d'en juger avec précision puisque le cabinet du ministre Béchard refuse depuis trois semaines au Devoir de lui donner accès à ces données publiques.

Le rapport dont Le Devoir a pris connaissance grâce à une source qui connaît bien les rouages d'Emploi-Québec précise que seulement 41 % de la clientèle potentielle a été référée par la Sécurité du revenu à Emploi-Québec. Combien, parmi ces personnes, ont rejeté l'offre de participation à des mesures actives ou ont refusé de faire les démarches nécessaires pour obtenir un des emplois disponibles? Et, surtout, combien de ces assistés sociaux ont vu leur chèque amputé chaque mois?

Chose certaine, ils ont dû faire montre de beaucoup de patience avant d'être référés à Emploi-Québec. Même si le ministre Béchard affirme depuis des mois que sa nouvelle philosophie (qui consiste entre autres à intervenir en 24 heures auprès des nouveaux demandeurs d'aide sociale) fonctionne, rien n'est plus faux. L'évaluation réalisée par son propre ministère a calculé qu'il fallait plutôt six semaines entre le moment où une personne remplit une demande d'aide de dernier recours et celui où un fonctionnaire d'Emploi-Québec la rencontre. Seulement 13 % des personnes ont reçu le service dans les délais prévus.

Devant les révélations faites par Le Devoir hier, le ministre Béchard a refusé de faire des commentaires. Mais la réponse de son attaché de presse, Pierre Choquette, a été plus ambiguë. En début de journée, il affirmait que le cabinet réagirait par communiqué de presse, dont la diffusion était annoncée pour 16h. Puis, à 16h30, M. Choquette a affirmé que l'équipe mettait la dernière main au texte. À 18h, le cabinet réajustait sa stratégie et M. Choquette laissait tomber un laconique: «Nous serons en mesure de réagir dans les prochains jours.» Entre-temps, le cabinet a enclenché une chasse aux sorcières à la Sécurité du revenu, croyant y trouver un fonctionnaire trop bavard avec les journalistes.