Québec regarnit l’enveloppe de la francisation

Le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx

Québec renflouera finalement la francisation des enfants d’immigrants dans les écoles primaires et secondaires, réduisant de 5 millions les coupes de l’an dernier que les commissions scolaires craignaient de voir intégralement reconduites.

Le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Sébastien Proulx, a confirmé au Devoir que les règles budgétaires imposées aux commissions scolaires pour l’année 2016-2017 — le Conseil du trésor doit les officialiser d’ici peu — prévoient l’ajout de cette somme de 5 millions pour soutenir les élèves non francophones issus de l’immigration.

« Il y a de l’argent supplémentaire mis cette année en francisation. Ça, j’y tenais, et ça se retrouve dans les règles budgétaires », a affirmé Sébastien Proulx.

Dans le cadre de son effort général pour redresser les finances publiques, le gouvernement Couillard avait imposé une « réduction budgétaire » arbitraire de 13,6 millions à l’allocation versée aux commissions scolaires pour l’accueil et la francisation des enfants d’immigrants en 2015-2016, soit 26 % d’une enveloppe de 51,4 millions. La coupe est donc ramenée à 8,6 millions l’an prochain.

« Il n’y a pas d’enfants d’immigrants qui se retrouvent [...] laissés pour compte », a soutenu Sébastien Proulx. « On a toujours été au rendez-vous à l’égard de la francisation et on va continuer à l’être. » Le ministre estime que les commissions scolaires jouissent d’une « certaine autonomie » qui leur permet de répartir diverses enveloppes budgétaires afin de répondre aux besoins des enfants d’immigrants.

Contorsions budgétaires

Les commissions scolaires ont cherché à atténuer l’effet des compressions en continuant à offrir des classes spéciales aux enfants d’immigrants non francophones, quitte à creuser leur déficit. Ainsi, la Commission scolaire de la Capitale (CSC), après avoir subi une coupe de 570 000 $ sur un budget de 1,285 million, a finalement dépensé plus de 1,5 million pour répondre aux besoins des enfants d’immigrants. « On a fait le choix de présenter un budget déficitaire », a signalé la porte-parole de la CSC, Marie-Elaine Dion. La commission scolaire, qui a affiché un déficit de 1,8 million en 2014-2015, a présenté un plan de redressement, mais aucune échéance n’est fixée, a indiqué la porte-parole.

À la Commission scolaire de Montréal (CSDM), on se réjouissait de cette annonce, mercredi matin, mais on restait prudent puisqu’on n’avait pas encore eu le temps d’analyser le document. « On va voir comment ça se traduit », a affirmé la présidente Catherine Harel Bourdon. Et même si l’annonce arrive à quelques heures de l’adoption des règles budgétaires de la plus grosse commission scolaire du Québec, cela ne devrait pas poser problème, ajoute-t-elle, tout sourire. « Pour l’accueil et la francisation, ce sont des inscriptions en continu, alors on va prendre l’argent n’importe quand, quand il va arriver, ce ne sera pas un problème. »

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a accueilli avec satisfaction la décision du gouvernement. Dans son mémoire, présenté au début du mois, sur les règles budgétaires 2016-2017, elle déplorait le sous-financement des services offerts aux enfants d’immigrants, « lequel contraignait les commissions scolaires à faire des choix budgétaires difficiles afin de pouvoir offrir ces services dont plusieurs élèves ont grandement besoin ».

8 commentaires
  • André Nadon - Inscrit 30 juin 2016 04 h 51

    La belle affaire!

    Le nombre d'immigrants ne diminue pas, mais le budget pour les françiser baisse de 6 millions. Tous se réjouissent.
    Allez comprendre?
    Nos politiciens veulent notre bien.

    • Donald Bordeleau - Abonné 2 juillet 2016 22 h 56

      Une goute d'eau dans l'océan pour la radicalisation. On prend encore la mauvaise direction en évitant une intégration qui fait que le nouvel arrivant apprend le français et l'histoire du Canada.



      Le gouvernement fédéral serait même très généreux avec son homologue québécois puisque le budget total de CIC, pour toutes les provinces (excepté le Québec), dédié à l’intégration sociale et linguistique des nouveaux arrivants est estimé à 600 millions $ pour environ 200 000 nouveaux arrivants, par année, pendant que le Québec reçoit à lui seul 320 millions $ avec l’ajout de 50 millions pour études des dossiers, pour environ 50 000 nouveaux arrivants.

      Donc Québec reçoit 370 millions pour l’intégration des nouveaux arrivants, mais de ce montant seulement 250 millions vont pour les nouveaux arrivants et la francisation. On constate que 120 millions sont pompés dans les autres missions du gouvernement Couillard. Mais le gouvernement a encore fait des coupes de budget pour la francisation et l'intégration.



      http://www.pressegauche.org/spip.php?article19897

      Proulx doit être petit dans ses bobettes et un peu décourager de ne pas livrer la marchandise.

  • Yves Côté - Abonné 30 juin 2016 05 h 08

    Dix pas...

    Dix pas en avant pour tester ce qui passera, un pas en arrière pour montrer qu'on est à l'écoute de ce qui irrite le plus. La méthode est aussi vielle que la nécessité de se faire élire pour commander...
    Au Québec, nous sommes déjà en période électorale: un gouvernement qui ne représente pas le tiers des électeurs tremble déjà d'être allé un peu trop loin.
    En face, le temps est arrivé de commencer à travailler ensemble à un véritable projet de société.
    Il faut définitivement sortir les libéraux du pouvoir à la prochaine occasion, cela doit devenir l'obcession de tout Québécois qui se respecte.
    La bande d'individus qui s'est emparée du pouvoir ne mérite qu'un désaveux général. Cela incluant bien entendu des fédéralistes intègres. Biensûr s'il en reste pour se tenir debout devant ceux qui tentent de convaincre qu'ils sont la commune mesure d'une pensée politique provinciale.
    Je suis ouvertement indépendantiste depuis plus de quarante ans et ai toujours refusé de percevoir tout fédéraliste comme un ennemi. Pourtant, avec l'équipe tordue que nous avons connue des Trudeau, Chrétien, autres Paul Desmarais en représentation et compagnie, la tentation fut forte. Parfois très forte.
    Mais avec la traîtrise politique à laquelle nous assistons aujourd'hui, le pouvoir à Québec reposant comme jamais dans notre histoire sur le mensonge et la tromperie de quelques-uns qui se présentent comme des nôtres, jamais n'aie-je été aussi tenté de le faire.
    Les manigances du gouvernement actuel sont honteuses.
    Non-seulement je ne dois pas être le seul indépendantiste à l'estimer, mais il me semble qu'un nombre notable de fédéralistes doit bien aussi avoir envie que moi d'un vent de démocratie qui reviendrait sur le Québec.
    Mis à part les partisans racistes d'une imbécilité québécoise chronique, tous nous pouvons de bonne foi je crois, nous retrouver sur un projet de pays porteur d'espoir et de véritable démocratie.
    Le temps n'est-il pas venu pour nos vrais chefs de l'élaborer ?

  • Daniel Gagnon - Abonné 30 juin 2016 08 h 32

    Grignotage sauvage du français par les LIbéraux de Monsieur Couillard

    Gouvernance du grignotage sauvage à la petite semaine, alors qu’en réalité le plan de francisation est victime d’assauts répétés de la part des Libéraux traîtres à la nation.

    La francisation est constamment menacée par la façon mesquine du gouvernement Couillard de la concevoir et de la gérer, menacée dans sa légitimation même, alors qu’elle devrait être un fleuron de sa politique.

    Le gouvernement de Monsieur Couillard gouverne comme un gouvernement de vaincus.

    Est-ce que, comme des quêteux, nous avons encore à quêter notre survie?

  • Patrick Daganaud - Abonné 30 juin 2016 08 h 33

    Moins neuf est un entier très, très très relatif


    Le ministère peut bien rater l'élaboration de ses examens de math...

    Une coupe sèche de 18 %, ce n'est pas « regarnir l’enveloppe de la francisation » et les commissions scolaires béates (CSDM en tête) sont des complices écervelées.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 30 juin 2016 09 h 59

    pouvoir offrir

    «pouvoir offrir ces services dont plusieurs élèves ont grandement besoin ».
    Nous vérifierons si ces millions sont allé là où ils sont supposés aller.

    La règle fondamentale : Faire confiance, mais vérifier.

    PL