Le président du Mexique doit défendre son bilan en matière de droits de la personne

Le premier ministre Philippe Couillard est prêt à donner au président du Mexique, Enrique Peña Nieto, le temps nécessaire pour améliorer la situation des droits de la personne dans son pays.
Photo: Clément Allard La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard est prêt à donner au président du Mexique, Enrique Peña Nieto, le temps nécessaire pour améliorer la situation des droits de la personne dans son pays.

Amorçant sa visite au Canada à Québec, le président du Mexique, Enrique Peña Nieto, n’a pu éviter de commenter la question des droits de la personne moins de deux semaines après que des policiers mexicains eurent fait feu sur des manifestants qui s’opposent à la réforme éducative de son gouvernement, faisant une dizaine de morts dans l’État d’Oaxaca.

En conférence de presse aux côtés du président mexicain, le premier ministre Philippe Couillard a dit qu’il avait abordé le sujet des droits de la personne avec son hôte, rappelant que l’Assemblée nationale avait adopté une motion visant le Mexique. En avril 2015, les parlementaires ont voté en faveur d’une motion exprimant leurs inquiétudes à la suite de la disparition de 43 étudiants mexicains en septembre 2014, un crime dans lequel des policiers fédéraux auraient été impliqués.

« Le président m’a indiqué avoir la situation bien en main et avoir un plan très détaillé », a dit le premier ministre. Reprenant un argument qu’il avait invoqué dans le cas de l’Arabie saoudite, Philippe Couillard a dit croire que la meilleure façon de réagir à des violations de droits de la personne dans certains pays, c’est « non pas de diminuer mais d’augmenter les échanges » avec ceux-ci.

« La meilleure façon de faire des progrès dans le domaine, c’est de garder les échanges les plus ouverts possible, sur tous les plans », a fait valoir Philippe Couillard.

Pour respecter les prérogatives de l’État canadien, Enrique Peña Nieto, avant de rencontrer le premier ministre provincial, a rendu visite au gouverneur général, David Johnston, à la Citadelle de Québec, située à un jet de pierre du Parlement. Dans une courte allocution sur place, le président mexicain avait salué le leadership du Canada en matière de défense des droits de la personne.

Manifestation

En conférence de presse, Enrique Peña Nieto, un président issu du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) qui n’est pas sans présenter des similitudes avec le Parti libéral du Québec pour sa durable mainmise sur le pouvoir, a soutenu que le Mexique tenait à « être reconnu comme un pays où les libertés sont respectées et où les droits de l’homme sont pleinement respectés ». Il a affirmé que le pays était ouvert aux examens des institutions internationales en la matière et qu’il avait observé 80 % de leurs recommandations. Le Mexique a également créé sa propre Commission nationale des droits de l’homme, a-t-il rappelé.

En parlant de la manifestation funeste dans l’État d’Oaxaca, Enrique Peña Nieto a souligné qu’« il ne s’agit pas de la première fois que l’État recourt à la force afin de maintenir l’ordre et la paix sociale ». Mais « la gravité de ces faits » — la mort d’une dizaine de manifestants — « doit nous inciter à établir des responsabilités».

« Le gouvernement a toujours cherché le dialogue, a toujours cherché à réduire les tensions qui sont à l’origine du chaos dans lequel sont plongées certaines régions de notre pays », a-t-il poursuivi. Dans son allocution devant la Chambre de commerce de Québec, il avait présenté le Mexique comme « un pays ouvert, stable et sûr ».

À l’extérieur du château Frontenac où se sustentait l’aréopage, une vingtaine de manifestants, associés au Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL), dénonçaient Peña Nieto « le dictateur » et le traitaient d’assassin. Des membres de ce comité s’étaient procuré des billets pour le dîner-conférence, mais la Chambre de commerce, prétextant le manque de places, a annulé leurs inscriptions.

Première depuis 25 ans

Le président mexicain était accompagné de six de ses ministres qui ont rencontré autant de ministres québécois. Philippe Couillard a rappelé que, lors de sa visite au Mexique en octobre 2015, les deux gouvernements avaient signé une entente visant la création d’une commission mixte pour augmenter les échanges en matière d’économie innovante, d’énergies renouvelables, de lutte contre les changements climatiques et de culture.

Le Mexique entretient une relation particulière avec le Québec et les « Latinos du Nord ». En 2012, la première ministre Pauline Marois avait été reçue avec les égards accordés à un chef d’État, tout comme Philippe Couillard à l’automne. Le Mexique est le quatrième partenaire commercial en importance pour le Québec. C’était la première visite officielle au Québec d’un président mexicain en 25 ans. Enrique Peña Nieto est attendu à Ottawa où il rencontrera Justin Trudeau et Barack Obama.

5 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 28 juin 2016 06 h 46

    Sacré Couillard!

    "Le président m’a indiqué...": Décidément, il n'en rate pas une (occasion de décevoir, en tant que chef d'état).

    Quand on veut du changement, il faut poser des gestes assez forts pour le provoquer, le changement; car la force de l'inertie peut être considérable.

    Or ici, dans le cas du "n'importe quoi Mexicain" en matière de droits humains et du maintien de la loi et de l'ordre, la masse inerte pèse des mille et des tonnes!

    "Cher Monsieur Nieto, au vu de ce qui se passe dans votre pays en matière de droits, vous n'êtes pas le bienvenu au Québec, mon gouvernement refusera donc de vous recevoir et de donner l'impression de cautionner... bla, bla, bla. Veuillez donc passer votre chemin." Signé P. Couillard.

    Ben voyons donc, pis tout le commerce entre nous et eux?
    Nan! Foutaise! Ce qu'il faut comprendre chaque fois, quand t'es chef d'état, c'est que "la bisnêss", elle a ses propres règles et qu'anyway, chaque fois, elle se fait pareil, la "bisnêss".

    Et c'est pour ça que malgré le Brexit, pour les "blôques", en quelques petites semaines à peine, tout va se tasser et qu'encore une fois "le coup de la Brinks" n’aura été qu’une énième tentative d'enc.lade des plus crédules.

    Dehors, Nieto! Je vais continuer d'acheter tes fraises, toi mon sirop, mais épargnons-nous ce cinéma: ton pays je n'y irai pas et toi reste chez toi! Voilà.

  • Hélène Paulette - Abonnée 28 juin 2016 08 h 44

    De nombreuses similitudes en effet...

    Pena-Nieto "un président issu du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) qui n’est pas sans présenter des similitudes avec le Parti libéral du Québec pour sa durable mainmise sur le pouvoir" grâce à la corruption, faut-il le dire...

  • François Masseau - Abonné 28 juin 2016 10 h 03

    Droits de la personne

    Après les années passées à s'enrichir dans cette grande démocratie qu'est l'Arabie Saoudite, je ne crois pas que Couillard s'émeuve de ces broutilles que sont les droits de la personne.

  • Michel Lebel - Abonné 28 juin 2016 10 h 46

    Ne jamais oublier!

    Soulever publiquement et officiellement la question des droits de l'homme au Mexique est déjà un bon point. Autoriser des manifestations contre le président mexicain (où il y avait malheureusement peu de non-Mexicains), en voilà un autre. Quoi faire plus: boycotter les produits mexicains, interdire aux gens de passer des vacaces au Mexique?!. Mais qui seraient alors les perdants? Les Mexicains, bien entendu! Il faut garder les ponts ouverts, ,les échanges, avec le Mexique, tout en n'oubliant jamais, pour les politiques, de soulever la question des droits de la personne. Un État de droit ne s'établit malheureusement pas en un jour!

    M.L.

  • Charles Lebrun - Abonné 28 juin 2016 12 h 38

    Les humains prioritaires!

    À l'émission "Déjà dimanche" il y a deux semaines, M. Couillard affirmait haut et fort qu'à chaque fois qu'il aurait le choix entre les chiens (pitbull) et les humains, sans hésitation aucune, il choisira les droits des "humains"... Faut croire que dans le cas qui nous occupe, la dizaine de morts dans l'État d'Oaxata, M. Couillard n'agit pas comme un premier ministre mais comme un président de chambre de commerce! Le plus important à ses yeux c'est une population "stable", des travailleurs dociles, un climat favorable à la production de sécheuses, de produits électroniques, de produits automobiles et d'avionneries (pour Bombardier, entre autre) à un prix nettement inférieur à ceux que nos travailleurs sont en mesure de produire... tout ça pour que nos entreprises fassent plus de profits!

    Entre un animal et une personne humaine, M. Couillard choisit la personne humaine... mais entre la "business" et la personne humaine, son OBSESSION POUR L'ARGENT fait basculer son jugement en faveur de son compte en banque! On comprend mieux maintenant ses choix politiques depuis qu'il est élu (tous guidés par des baisses de fonds publics dans le but de diminuer les impôts en n'oubliant pas d'augmenter les salaires des médecins) et sa décision de préférer travailler pour les Saoudiens au lieu de Médecin sans frontière!