Les souverainistes revigorés

Les Britanniques ont choisi de quitter l’UE, un désaveu cinglant pour la construction européenne qui a plongé les marchés mondiaux dans la tourmente et coûté son poste au premier ministre conservateur David Cameron, alors qu’il avait fait campagne pour le maintien de son pays dans l’UE.
Photo: Leon Neal Agence France-Presse Les Britanniques ont choisi de quitter l’UE, un désaveu cinglant pour la construction européenne qui a plongé les marchés mondiaux dans la tourmente et coûté son poste au premier ministre conservateur David Cameron, alors qu’il avait fait campagne pour le maintien de son pays dans l’UE.

La victoire du Brexit constitue une nouvelle démonstration de la forte volatilité de l’opinion publique, souligne Alexandre Cloutier, tout en s’accrochant à l’espoir de voir naître le « pays du Québec ».

« Qui aurait prédit les résultats de ce référendum du côté britannique il y a à peine un an ? Qui aurait prédit que la nation écossaise aurait connu une telle progression [du nombre d’] indépendantistes au cours de la campagne référendaire ? Ce que je sais, c’est que la politique, ça change très rapidement », a-t-il insisté en marge des festivités de la fête nationale, à Montréal. « Avant de prendre des engagements trop fermes, il faut rester à l’écoute de ce qui se passe à la fois sur la scène nationale et sur la scène internationale », a-t-il poursuivi dans un clin d’oeil à son refus de promettre, à ce moment-ci, la tenue ou l’absence d’un référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat du PQ au pouvoir.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alexandre Cloutier

Le candidat à la direction du PQ a applaudi la décision du premier ministre canadien Justin Trudeau de reconnaître sans tarder l’éclatement de l’Union européenne des 28 après l’annonce de l’appui de 51,9 % des électeurs britanniques au Leave. « Il a souhaité une transition dans l’harmonie. On est du même avis », a déclaré M. Cloutier, insistant sur la nécessité pour la classe politique canadienne de reconnaître « la seule règle applicable », soit celle du « 50 % plus un ».

Les propos de M. Trudeau seront « notés au procès verbal de l’histoire », a souligné un autre prétendant au poste de chef du PQ, Paul Saint-Pierre Plamondon. « J’espère que monsieur Dion va prendre acte du fait que pour le premier ministre britannique, 51,9 %, “c’est clair” », a ajouté le professeur de droit Daniel Turp.

Le député de Rosemont, Jean-François Lisée, a aussi salué la « beauté de la démocratie » en Grande-Bretagne, qui est le siège de la mère des Parlements. « Si ç’avait été, disons, Jean Chrétien ou Stéphane Dion, ils auraient dit : “C’est juste un sondage. On va regarder ça. La majorité n’est pas assez forte. La participation n’est pas assez forte.” Tous les arguments que les Trudeauistes ont utilisés ici sont renversés par la réalité britannique, les inventeurs du parlementarisme britannique », s’est-il réjoui.

Échec du multiculturalisme

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s’est dit heureux de voir M. Trudeau « confirmer » que 50 % de la population plus une personne peut « décider de l’avenir de la société ». « Ça m’a fait un peu sourire, mais en même temps, je suis content de voir que Justin Trudeau reconnaît un résultat serré : 51-52 % », a-t-il affirmé.

Par ailleurs, M. Legault a invité le chef du gouvernement québécois Philippe Couillard à tirer une « leçon » de la victoire du Brexit, qui est en partie attribuable à l’échec du multiculturalisme au Royaume-Uni. « On a besoin au Québec de se demander comment on peut mieux intégrer les immigrants, parce que, qu’on le veuille ou non, sans être racistes, […] il y a des Québécois qui sont inquiets de l’immigration de 50 000 immigrants par année », a-t-il souligné dans un échange avec Le Devoir.

Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir Véronique Hivon, du PQ, et Françoise David, de QS, ont pris part au défilé de la fête nationale, vendredi à Montréal.

En mars, M. Couillard s’était dit favorable à l’accueil de 60 000 immigrants par année, soit 10 000 de plus. Devant la controverse, il a par la suite abaissé le seuil d’immigration à 51 000 pour les années 2017 et 2018. « On ne doit pas, au minimum, augmenter le seuil. Est-ce qu’on doit le diminuer ? Ça doit être analysé, a-t-il dit. On doit s’assurer que les immigrants qui arrivent au Québec acceptent d’apprendre le français. C’est ça qu’on célèbre aujourd’hui. »

Au Royaume-Uni, le camp du Brexit a notamment été alimenté par la « xénophobie » jusqu’à la victoire, a fait remarquer la coporte-parole de Québec solidaire, Françoise David. « Dans le camp du Brexit, il y a aussi des gens fâchés contre les élites financières. Beaucoup de gens se sentent floués par un pouvoir qui leur apparaît très loin d’eux. Ils ont l’impression qu’ils sont dépossédés, eux, de ce pouvoir. Ça, je le comprends », a-t-elle déclaré.

Appui à géométrie variable au Leave

La députée de Joliette, Véronique Hivon, a dit trouver « très intéressant » l’appui de la nation anglaise au Leave et celui des nations écossaise et irlandaise au Remain du Royaume-Uni dans l’UE. « [Les nations] votent de manière complètement différente quant à un même enjeu parce qu’elles votent conformément à leurs aspirations, à leurs valeurs et leurs intérêts », a-t-elle soutenu.

D’ailleurs, la consultation de jeudi « remet en avant les questions d’indépendance nationale », y compris celle de « la légitimité pour un peuple comme le peuple québécois d’aspirer à sa pleine indépendance », selon elle.

Après avoir rappelé que 100 % des circonscriptions écossaises ont voté pour le maintien dans l’UE, la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a rapidement déclaré que « la possibilité d’un second référendum [sur l’indépendance de l’Écosse] doit être sur la table, et elle est sur la table ». Aux yeux du chef intérimaire du PQ, Sylvain Gaudreault, « c’est une démonstration du fait qu’on peut être souverainiste tout en étant pour la libéralisation des marchés ». Cela dit, M. Gaudreault a souhaité un « divorce de velours » au Royaume-Uni et à l’UE.

 

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11 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 25 juin 2016 07 h 31

    Le PQ en pleine contradictions

    Corrigé

    Ils me font bien rire moi, les Alexandre Cloutier, Jean-François Lysée et autres péquistes de ce monde qui viennent aujourd’hui applaudir le «Brexit» et donc de la sortie du Royaume-Uni de ce Traité de libre-échange de l’Union européenne et qui sont pourtant les instigateurs mêmes avec Brian Mulroney de l’ALÉNA, ce Traité de libre-échange multilatéral de avec les États-Unis et le Mexique.

    Ceci alors que Québec Solidaire dénonce depuis sa création l’abolition de la souveraineté effective du Québec et de la démocratie par ces traités néolibéraux internationaux et alors que le Parti québécois proposait leur maintien lors du dernier référendum avec «l’Entente du 12 juin 1995» et dont voici un extrait :

    « En matière de commerce à l’intérieur du Partenariat, adapter et renforcer les dispositions de l’Accord sur le commerce intérieur. En matière de commerce international, par exemple, pour convenir de positions communes pour le maintien de l’exception culturelle dans l’OMC et l’ALÉNA ».

    1) 20 ans plus tard, les péquistes auraient-ils enfin fini par comprendre et à se ranger du côté de la position anti-néolibérale de Québec Solidaire?

    2) Ou s’agirait-il encore d’une autre application de leur vieille tactique éculée: Le PQ, à gauche dans l’opposition et à droite au pouvoir?

    Permettez-moi de penser qu’avec les deux candidats de la vielle garde qui ont le plus de chances de gagner la course à la chefferie et un Jean-François Lisée qui, non seulement appuie l'UE mais a travaillé pour l’insertion du Québec dans l’Union européenne, qu’il s’agit bien davantage de la seconde éventualité.

    Christian Montmarquette

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 juin 2016 07 h 13

      Zzzzzz

    • Normand Carrier - Inscrit 26 juin 2016 07 h 49

      Il n'y a aucun doute que les Britanniques ont agi tout a fait démocratiquement mais je vous trouve très complaisante pour la loi de la clarté élaborée par le duo Chrétien-Dion .... Toute vos théories sur l'écart des bulletins rejetés versus l'écart entre un oui et un non repose sur rien dans cette loi .... Imaginons comme cela arrive souvent que nombre élevés d'électeurs décident d'annuler leurs votes en cochant les deux cases et que nous ayons un écart de 5% a titre d'exemple vs un nombre de 6% de bulletins rejetés ..... Selon vos propos , le résultat serait contesté par Dieu le père Dion ..... Vous n'avez surement pas écouté toutes les aneries de Jean Chrétien depuis pour justifier ses bons sentiments ......

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 juin 2016 06 h 50

      Au Modérateur et à Normand Carrier.


      " je vous trouve très complaisante pour la loi de la clarté élaborée par le duo Chrétien-Dion .... Toute vos théories sur l'écart des bulletins rejetés.."-NC

      Je crois qu'il y deux personnes dans la lune sur cette tribune.

      Pour qui sait lire, ce commentaire ne s'adresse pas à moi.

      - CM

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 juin 2016 16 h 34

      " Zzzzzz" - Pierre Lefebvre.

      Si vous trouvez mes commentaires endormants..

      - Pourquoi passez-vous votre temps à les lire et à les commenter?

      Passez tout droit au lieu de lire et vous ferez deux heureux.

  • Normand Carrier - Inscrit 25 juin 2016 07 h 50

    Un rétablissement des pouvoirs des nations sur leur destiné ....

    Ce vote historique des britanniques qui ont décidé de sortir de l'Europe et de s'affirmer comme nation souveraine aura des effets majeures pour la suite des choses ...... Ce vote qu'aucun analyste et éditorialiste n'avait prévu démontre que la conjoncture politique change rapidement ......

    On dit que six mois en politique est une éternité et Alexandre Cloutier a raison de se garder une marge de manoeuvre sur la décision finale de consulter ou pas la population ..... Six mois avant l'élection est nettement suffisant car l'important est que la position du PQ soit parfaitement claire lors de l'élection de 2018 ....

    Une des suites de ce vote britannique sera un futur référendum en Écosse qui risque d'être déterminant cette fois car les Écossais ont voté en faveur du maintien dans la CÉE et ne veulent pas être dans le giron de l'Angleterre et veulent voler de leurs propres ailes dans le concert des nations .....

    Un autre effet de ce cote est l'acceptation et l'engagement de Trudeau , Couillard , Dion et cie d'accepter ce vote de 51.9% comme nettement suffisant pour sortir de l'ensemble européen , de leur souhaiter un tranfert sans douleur et de promettre leur collaboration ...... Ces paroles et cet engagement devra s'appliquer lors d'une situation similaire qui pourrait se reproduire au Québec .....

    Les Dion et Chrétien pourront ainsi jeter a la poubelle cette loi dite de la clarté et en retirer la lecon eux qui se croient de grands démocrates ..... Serait ce trop demander qu'ils reconnaissent leurs erreurs et s'en excusent ?

    • Loraine King - Abonnée 25 juin 2016 13 h 58

      Je trouve au contraire que les Britanniques ont agi dans l'esprit de la loi sur la clarté. Ils ont confié le libellé de la question à une commission indépendante qui devait s'assurer de sa clarté. De l'expérience québécoise ils ont apprit qu'un gouvernement qui mènera une des deux campagnes se place en conflit en s'impliquant dans le libellé de la question. Je note dans les rapports de la commission qu'on a démontré que les gens se trompaient assez souvent pour affecter le résultat avec une question auquelle on répond oui-non. Le choix de réponse doit décrire l'intention, donc Remain-Leave.

      Un résultat serré ne pose pas de problème s'il est incontestable. Si le nombre de bulletins rejettés est supérieur à l'écart entre les deux options le résultat du vote est contestable. Le résultat d'un référendum aux Iles MoukMouk où il existe un écart de six pourcent et un taux de rejet de 10 % des bulletins ne sera pas considéré comme étant légitime par la communauté internationale qu'importe le principe du 50% plus un vote. C'est pour cela que la dite loi sur la clarté ne chiffre pas un pourcentage acceptable. Au RU l'écart entre les options esr de 1,9% alors que le taux de bulletins rejettés esr de 0,08%. Le résultat est serré mais inconstestable.

  • Loraine King - Abonnée 25 juin 2016 08 h 36

    Clair comme de l'eau de roche dira Dion

    Au RU 1,3 million de votes séparent les deux choix (1,9%) ; des 33,5 millions de votes dépouillés, 26,033 bulletins furent rejettés (0,08 %). L'écart entre les deux options est 48 fois plus important que le nombre de bulletins rejettés.

    En 1995, 86,501 bulletins furent rejettés, (1.82%) alors que l'écart entre les deux choix était de 0,58 %. Le taux de rejet était plus important que l'écart entre les deux options.

    Stéphane Dion a toujours soutenu que le résultat doit être à l'abri des contestations pour qu'Ottawa accepte de négocier. Les indépendantistes lui donnent raison en parlant depuis plus de 20 ans du référendum volé, et pour cause. Le principe du 50 % plus un vote doit quand même respecter certaines conditions, incluant celles relatives à la qualité du dépouillement du vote et à la clarté de la question, pour avoir une légitimité reconnue par les autres pays.

    La méthode de recrutement et la formation des employés pour nos scrutin, élection générale ou référendum, doit être revue. On l'a vu en 1995, et lors de la dernière élection au Québec. Le personnel pour l'inscription des électeurs et le dépouillement des votes est souvent recruté parmi les membres des partis. C'est malsain. Il faut changer cela.

    Il faut ajouter la clarté de la question élaborée par la Commission électorale du Royaume-Uni, non pas par le gouvernement. Leurs rapports sont très intéressants :

    http://www.electoralcommission.org.uk/find-informa

    Il faut se réjouir qu'un résultat serré au RU est accepté partout mais on ne peut le faire en ignorant la clarté de la question choisie par une commission indépendante du gouvernement et le faible taux de rejet des bulletins de vote. En passant, on votait d'un x sur un bulletin papier.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 25 juin 2016 10 h 21

    Profil très différent

    On ne peut comparer le peuple québécois au peuple anglais. Les citoyens du Royaume-Uni n'ont pas la mêne histoire, ils sont beaucoup plus politisés. J'entendais ce matin un reportage à Radio-Canada mentionnant que le clivage se situait dans les groupes d'âges, les plus jeunes étant en faveur de rester dans l'UE, et les plus vieux (55 et plus) non. La situation du Québec ne se compare pas à la leur et il ne faut tirer aucune généralisation. D'autant plus qu'avec le mouvement d'austérité, les citoyens ont d'abord besoin de retrouver une justice sociale. Le règne du gouvernement conservateur aurait dû insuffler ce goût d'indépendance et cela ne s'est pas produit, sous le parti libéral fédéral actuel, qui défend beaucoup plus la classe moyenne et qui marque un tournant environnemental (protection des grenouilles entre autre à Rivières-des-Prairies), je souhaite bonne chance à quelque parti que ce soit de nous convaincre de sortir du Canada quand on a enfin un gouvernement plus soucieux de sa population.

  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 25 juin 2016 16 h 45

    L'Union européenne n'est pas un traité de libre-échange...

    C'est surtout l'union des pays d'Europe, créée en 1992 par le traité de Maastricht, pour une "coopération en matière de politique étrangère et de sécurité commune, voire de défense commune, coopération policière et judiciaire en matière pénale".
    C'est également la création de la citoyenneté européenne pour la paix des différentes nations d'Europe.

    Bruxelles en a fait une dictature économique, c'est pourquoi il y a maintenant grogne dans plusieurs de ses pays membres.

    • Christian Montmarquette - Abonné 27 juin 2016 09 h 58

      "L'Union européenne n'est pas un traité de libre-échange" - Jacinthe Lafrenaye

      Si l'Union europénne dépasse le seul niveau du libre-échanche, le libre-échange et les normes supranationales n'en font pas moins non seulement partie, mais en constitue aussi les fondements:

      "L'Union européenne est régie par le traité de Maastricht et le traité de Rome dans leurs versions actuelles, depuis le 1er décembre 2009:

      "Le traité de Rome est signé le 25 mars 1957 : les «six» décident d'approfondir leur coopération. Les domaines économiques, mais aussi politiques et sociaux, sont concernés. Le but est d'aboutir économiquement à un marché commun permettant la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux.."

      " L'Acte unique européen est signé à Luxembourg le 17 février 1986 par neuf États membres, suivis par le Danemark (à la suite du résultat positif du référendum de 1986), l'Italie et la Grèce le 28 février 198623. Entré en application le 1er juillet 1987, il avait pour but de redynamiser la construction européenne en fixant l'achèvement du marché intérieur en 1993, permettant la libre circulation également des capitaux et des services"."