Un rejet de la campagne de peur, dit Aussant

Jean-Martin Aussant
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean-Martin Aussant

Le triomphe du Brexit est aussi celui du rejet d’une campagne de peur sur le plan économique, estime Jean-Martin Aussant. L’ancien député a salué vendredi la décision des Britanniques et s’est dit peu inquiet pour l’avenir du pays.

« Les Britanniques ont fait preuve de beaucoup de courage en refusant de se laisser influencer par les peurs économiques, soutient M. Aussant, qui a travaillé dans la capitale anglaise pour Morgan Stanley Capital International de 2003 à 2005 et de 2013 à 2015. Je trouve ça admirable, parce que les gens cèdent souvent à ce genre de menaces. »

Cela dit, l’ex-chef d’Option nationale n’a pas trouvé la campagne référendaire particulièrement réjouissante : à une campagne de peur liée à l’argent, les promoteurs du Brexit ont répliqué avec une campagne de peur de l’immigration, note-t-il. « Les deux camps ont joué sur la peur, et personne n’a proposé un réel projet de société. »

Malgré la forte réaction des marchés financiers au vote historique de jeudi, Jean-Martin Aussant n’entrevoit pas de lendemains trop difficiles pour le Royaume-Uni… du moins sur le plan économique.

« C’est sûr qu’il y a certains avantages à être dans l’Union européenne [UE], dit-il. Mais en sortir ne sonne pas du tout le glas de l’économie britannique. Le Canada et les États-Unis sont souverains, mais ont probablement les économies les plus intégrées dans le monde. Il n’y a pas besoin d’être dans un marché unique, avec une monnaie unique et un Parlement unique pour ça. »

Il rappelle que la « Grande-Bretagne est la deuxième puissance économique de la zone, après l’Allemagne, et qu’elle importe plus de biens qu’elle en exporte avec l’UE. Mais elle est surtout le géant incontesté sur le plan financier. L’UE n’aura pas le choix de composer avec ce joueur-là, même si on sent de la frustration après le vote ».

Québec et Écosse

M. Aussant voit peu de liens à faire entre la décision des Britanniques et un possible impact pour la souveraineté au Québec. Mais il s’attend comme plusieurs à ce que le résultat relance le projet indépendantiste écossais.

« Un des arguments [du premier ministre britannique] David Cameron en 2014 était de dire aux Écossais qu’ils devaient voter non à l’indépendance s’ils souhaitaient demeurer dans l’UE. Jeudi, 62 % des Écossais ont voté pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. » Façon de dire qu’une raison de voter non il y a deux ans en serait désormais une de voter le contraire dans un autre référendum…

 

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19 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 juin 2016 07 h 01

    Deux côtés

    Tous ont entendu les deux côtés et tous les arguments positifs et négatifs. Et chacun les a soupesés avant d'apposer leur vote et chacun avait ses propres raisons de choisir. Si «la peur» est un argument avancée par les deux côtés, elle devient forcément banale.

    PL

    • Pierre Fortin - Abonné 25 juin 2016 19 h 00

      Mais la peur est-elle un argument à considérer devant un tel dilemme?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 27 juin 2016 06 h 38

      «un argument à considérer»
      Si la peur pèse sur les deux plateaux de la balance, elle s'élimine elle-même et comme je le dis plus haut : Elle devient banale. Et elle n'est plus un argument valable. Si peur de partir équivaut à peur de rester, il faut donc «compter» ceux qui n'ont pas eu peur de choisir.

      Bonne journée.

      PL

  • Michel Lebel - Abonné 25 juin 2016 07 h 13

    Bien prévisible!

    Peu de perspective européenne chez M.Aussant! Comme si la décision de quitter le navire européen était intrinsèquement bonne! Même si 48% de Britanniques et un forte proportion de jeunes croient que c'est une mauvaise décision. Mais de fait l'explication du poinde vue de M.Aussant est simple: un souverainiste québécois ne peut être que pour le Brexit!


    Michel Lebel

    • Claude Bariteau - Abonné 25 juin 2016 13 h 27

      En démocratie, il n'y a rien d'intrinsèque, sauf les exigence propres à ce concept qui signifie : dêmos pour peuple et kratos pour autorité.

      Si je vous comprends, 48 % d'adhérants à l'UE serait supérieur à 52 % qui veulent quitter l'UE. Si ce n'est pas ce que vous dites, alors que vient faire votre argument sur l'intrinsèque si ce n'est de juger que les 52 % sont dans l'erreur et ont voté dans le sens contraire du BON.

    • Michel Lebel - Abonné 25 juin 2016 16 h 55

      Claude Bariteau,

      L'histoire est remplie d'erreurs commises par les peuples et leur gouvernement. Comme si une majorité ne pouvait se gourer! Ainsi vont les peuples comme les individus: ils font de bonnes choses, de moins bonnes, et de franchement mauvaises. C'est ainsi, et je vous défie de me contredire!


      M.L.

    • Gilles Théberge - Abonné 25 juin 2016 18 h 13

      Oui monsieur Lebel, bien sûr. Il faudrait considérer l'opinion de la minorité. Et mettre en action sa frustration de n'avoir pas su convaincre de le justesse de sa position.

      Mais voyez-vous si le résultat avait été contraire, vous seriez le premier chantre de la sagesse du peuple Brittanique.

      Acceptez donc la réalité telle qu'elle se présente pour une fois...

    • Pierre Fortin - Abonné 25 juin 2016 19 h 16

      Vous concluez très vite, Monsieur Lebel : « Mais de fait l'explication du poinde vue de M. Aussant est simple : un souverainiste québécois ne peut être que pour le Brexit! »

      Non seulement vous lisez dans l'esprit de M. Aussant mieux que lui-même, mais votre affirmation repose sur quoi, au juste? C'est plutôt gratuit et creux.

      Si vous examiniez de nouveau son point de vue et ses arguments, vous pourriez apprécier un regard réfléchi et pertinent auquel au demeurant vous n'êtes pas obligé d'adhérer.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 juin 2016 19 h 40

      Il ne faut pas se fier aux jeunes pour avancer une position «nationaliste», ils sont de partout et de nulle part en même temps.
      Comme les docteurs : Ils sont sans frontières.

      PL

    • Claude Bariteau - Abonné 26 juin 2016 04 h 07

      Votre raisonnement n'a pas la démocratie comme assise, mais une catégorisation subjective des décisions, qui implique une échelle de valeurs et une méthode de calcul pour les qualifier de bonnes, moins bonnes et mauvaises.

      En quelque sorte, vous vous transformez en définisseur des règles et des décisions politiques à partir d’un angle particulier.

      Vous pouvez alors avancer vos idées et débattre de leurs pertinences. Or, mon commentaire n’était pas de cet ordre. Il interrogeait votre catégorisation en vous demandant en quoi la décision des Britanniques ne peut-elle pas être qualifiée d’intrinsèquement bonne ?

      Avec vos précisions, ma question deviendrait en quoi cette décision peut-elle être qualifiée de bonne, de moins bonne et de franchement mauvaise ?

      Dans votre propos, vous faites écho aux jeunes et à 48 % des Britanniques. Vous auriez pu inclure le pourcentage du vote (72 %) ou les différences entre les régions, les villes et les « nations» constitutives de la Grande-Bretagne.

      Or, en démocratie, il y a des règles sur lesquelles il y a des accords à un moment donné, Dans ce référendum, il y avait un accord partagé : seuil (50 % + 1), question, pourcentage, règles d’accès et les suites.

      Vous pouvez penser qu’une bonne décision implique d’autres règles (seuil à 75 %, participation à 90 %, poids différents des électeurs et droit du parlement de renverser la décision) et qu’une mauvaise découler d’un seuil à 50 % + 1, d’une participation à 72 %, d’un poids équivalent entre les électeurs.

      Si vous le faites, c’est votre point de vue, qui diffère de celui des Britanniques. Personnellement, je respecte les choix exprimés selon des règles partagées.

    • Serge Morin - Inscrit 27 juin 2016 22 h 27

      On pourrait vous soupçonner d'être un avatar,ML,tant vos positions sont caricaturales.

  • Claude Bariteau - Abonné 25 juin 2016 07 h 38

    Projet de société et pays.

    Monsieur Aussant vous a transmis une lecture sereine de la sortie de la GB de l'UE, même s'il constate que l'absent de ce référendum est un projet de société. Pas un projet de pays, car le pays existe et qu'il lui faut revoir maintenant le « vivre ensemble » par un projet liant les gens qui vivent en GB.

    Ce sera un défi énorme, car tout « vivre ensemble » dans ce pays s'inscrit autour de la notion de « nationalité » plutôt que celle de « citoyenneté », ce qui biaise par définition la mise en place d'un projet de société qui ne serait pas construit autour de la notion de « nationalité ».

    Cela dit, le résultat de ce référendum constitue, à mes yeux, le début d'une accélération du changement de l'ordre mondial né avec l'effondrement du mur de Berlin, qui mit une croix sur le monde de Yalta de l'après Deuxième Guerre mondiale.

    Dans le monde post-Berlin, les ensembles fédérés sont remis en question. Le démembrement de l'URSS en témoigne. L'heure est plus à des accords multilatéraux d'ordre économique. Sous cet angle, l'UE, née dans le monde de Yalta, allait plus loin. La GB sortie, elle devra se réaligner au risque de voir sortir d'autres membres qui se sentent à l'étroit. Et ce réalignement ne saurait se faire en transformant l'UE en fédération analogue à celle des États-Unis ou du Canada.

    Si cela se produit, il y aura apparition de nouveaux pays sur l'échiquier international d'ici au plus cinq ans et le Québec en sera probablement un pour des motifs économiques, sociaux et politiques plutôt que culturels, car les changements à l'échelle internationale renforceront les revendications citoyennes.

  • Andrée Phoénix-Baril - Abonnée 25 juin 2016 08 h 52

    La peur?

    Il faut voir ce que l'UE va proposé à la Grande Bretagne parce qu'il faut se méfier de
    la montée des populistes, ça peut créé des Trump, Marine Le Pen, ou pire un Hitler
    qui avait obtenue sa puissane des Allemands.
    Andree PB

    • Serge Morin - Inscrit 26 juin 2016 22 h 02

      Pourquoi leur proposer quoi que ce soit.
      fini nini
      exit?

  • Michel Blondin - Abonné 25 juin 2016 09 h 25

    La peur combattue par la peur


    La leçon de Brexit que doit retenir le Québec en référendum.

    Une campagne de peur ne se combat que par une campagne de peur. On prend nos forces et on combat. Sinon, le camp se fait manger tout rond.

    C'est une morale qui ressort de toutes les expériences décisives du "to be or not to be" non seulement de l'humanité, mais du monde du vivant.

    Un référendum est un moment où le peuple doit trancher. Les types d'argumentaires ne sont pas plus nombreux que six ou sept. L'un de ceux-là est l’argument scientifique ou rationnel. Mais ceux qui ont le plus à perdre utilisent plus souvent l'argument de la menace et du chantage. Ceux qui n’utilisent pas la stratégie de faire face aux « dangers » et de combattre par les mêmes armes ont deux options: faire le mort ou échapper à son prédateur par la fuite. (« Confronté à une épreuve, l'homme ne dispose que de trois choix : 1 — combattre ; 2— ne rien faire ; 3— fuir. Henri Laborit).
    Le camp du Brexit a utilisé tous les argumentaires y compris la peur comme le Remain. Les argentés et les sondages pipées de dernières minutes pour faire peur ont rencontrés une autre peur: celle de la perte d'identité sur leurs iles.

    Nous, notre contour est la langue en cette mer d'Anglos en Amérique.


    Il n'y a rien, même pas la raison, qui combat la peur sinon par elle-même.

    • Gilles Théberge - Abonné 25 juin 2016 18 h 16

      On peut avoir l'impression que le chantage à la peur jouera moins fort la prochaine fois.

      Une fois qu'on aura compris que le ciel ne leur est pas tombé sur la tête!

    • Sylvain Rivest - Abonné 25 juin 2016 19 h 28

      Merci m. Blondin, c'est bien résumé.

    • Diane Guilbault - Abonnée 25 juin 2016 20 h 13

      Il y a un contre exemple à ce que vous dites. En 1988, le général Pinochet a perdu son référendum au Chili . Le camp du NON a gagné sur fond de bonheur