Québec 2004 - Culture: Dure année !

Le Mouvement pour les arts et les lettres, qui représente 15 000 artistes de la musique, de la danse, du théâtre, des arts visuels, de la littérature et des métiers d'art ainsi que plusieurs organismes, dénonce avec fougue la situation actuelle qui prévaut au Québec. «La culture québécoise est toujours en état de survivance. Elle est toujours menacée. Pour cette raison, elle a besoin du soutien du gouvernement québécois», lance Bastien Gilbert, porte-parole du MAL et directeur du Regroupement des artistes autogérés du Québec.

Pourtant, rien ne laisse présager une baisse du budget du ministère de la Culture et des Communications. Du moins, officiellement. Comme l'an dernier, il devrait se chiffrer pour 2004-2005 à 515 millions $. Toutefois, ces chiffres seraient faussés par les dépenses liées à l'immobilisation, soutient Bastien Gilbert: «L'immobilisation devrait représenter près des deux cinquièmes du budget du ministère.» Par le fait même, l'argent alloué au secteur de la création en serait inévitablement affecté. Le MAL estime cette réduction à 35 millions $. «C'est la première fois en près de 15 ans qu'il y a menace de coupures. On estime présentement la réduction du budget normalement destiné à la culture à 15 %.»

Malgré tout, le Québec reste la province qui alloue la somme la plus importante dans ce secteur. Selon le ministère de la Culture, cela représenterait environ 73 $ per capita. La moyenne des autres provinces tourne autour de 31,47 $. Cependant, M. Gilbert affirme qu'il est difficile, voire impossible, de comparer ainsi les différentes réalités provinciales. La raison en est fort simple: «Dans certaines provinces, les villes jouent un rôle important dans l'investissement culturel. De plus, la culture québécoise a des spécificités.» Le porte-parole du mouvement admet toutefois que la culture de la province «se porte plutôt bien. Elle est reconnue chez elle et à l'extérieur. Elle participe certainement à la reconnaissance du Québec». Il s'empresse d'ajouter que c'est pour maintenir cette qualité que le MAL se mobilise.

La fierté culturelle

Si la culture québécoise rayonne et déborde des frontières de la province, c'est dû, entre autres raisons, à son cinéma. Cette année, les figures de proue du septième art sont bien connues: Les Invasions barbares, Séraphin: un homme et son péché, La Grande Séduction, ce dernier ayant devancé au box office les grandes productions américaines comme Le Seigneur des anneaux. Du jamais vu. «Il s'agit, pour le cinéma, d'une année exceptionnelle», constate la directrice des communications de l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ), Céline Pelletier. La part des productions québécoises sur le marché local a augmenté de 55 %.

Toutefois, ce succès n'est certainement pas dû à une génération spontanée. «Plusieurs cinéastes ont ouvert la voie. Il y a également une volonté politique du niveau fédéral et provincial au cours des dernières années.» Une volonté politique qui s'est réellement fait sentir, il y a trois ans, lorsque le gouvernement fédéral décidait d'appuyer davantage la production de longs métrages.

Mais encore là, des réserves sont émises. Céline Pelletier confie que «là où le bât blesse, c'est lorsqu'on observe les enveloppes de performance». Celles-ci ont récemment diminué. Le secteur de production francophone recevait du fédéral 0,50 $ pour chaque dollar rapporté. Il a maintenant chuté à 0,34 $. Le secteur anglophone, pour sa part, reçoit 0,84 $ pour le même montant quand le Québec assure à lui seul 42 % de la production nationale.

Si le provincial offre plus de fonds pour la production de longs métrages qu'auparavant, le gouvernement Charest a annoncé une réduction du crédit d'impôt. Cette mesure affectera l'ensemble de l'univers culturel québécois.