Québec 2004 - Éducation: Une réforme bien engagée

Le monde de l'éducation est en mouvement. D'une part, il y a la réforme scolaire, déjà implantée au primaire et bientôt au secondaire, qui vient transformer les habitudes et les façons de faire. D'autre part, le rôle et la fonction des collèges, en particulier des cégeps, sont remis en question. Les universités n'échappent pas à la règle puisqu'elles devront, d'ici quelques années, renouveler le personnel enseignant.

En éducation, les questions sont nombreuses et les défis à relever, multiples. Il existe au Québec un organisme, le Conseil supérieur de l'éducation, dont le mandat est précisément de se pencher sur ces questions. En effet, depuis sa création en 1964, ce conseil a publié de nombreux avis concernant plusieurs aspects du monde de l'éducation.

Primaire

Selon Jean-Pierre Proulx, président de l'organisme, la réforme actuelle au primaire est bien engagée. «Mais c'est une réforme profonde qui exige un changement de culture. L'enjeu principal est qu'elle s'implante dans les mentalités des enseignants et des parents.» Parmi les éléments de la réforme, il souligne la prise en charge collégiale des élèves dans les cycles. «On ne peut plus dire "ma classe" mais on doit plutôt dire "notre classe". C'est un bouleversement majeur des habitudes.»

M. Proulx tient aussi à préciser que la réussite à l'école ne doit pas être uniquement centrée sur les notes. «L'éducation, c'est un tout. La mission de l'école est d'instruire, mais aussi de socialiser et de qualifier l'élève. La réussite scolaire est capitale, mais l'école doit aussi répondre aux attentes sociales.»

C'est pourquoi il juge importante la participation des parents et de la communauté dans l'école, par le biais, entre autres, des conseils d'établissement. «L'école doit être un lieu de communauté où s'exerce la participation citoyenne.» Il avoue par contre qu'il s'agit là d'un défi difficile à relever. «C'est un défi lourd à porter dans une société où prime l'individu.»

Secondaire

Parmi les questions auxquelles l'école secondaire devra trouver réponse, il y a, selon M. Proulx, la question des cycles. «Lequel du premier ou du deuxième cycle devrait comprendre trois ans?» Quant à la réforme scolaire, qui fera son entrée au secondaire l'an prochain sur une base volontaire, M. Proulx estime que son implantation ne devrait pas causer de problèmes insurmontables. «Ça va sans doute ressembler à ce qui s'est passé au primaire mais en plus complexe, à cause des compétences disciplinaires.»

L'encadrement des étudiants lui apparaît aussi comme un des enjeux importants de l'école secondaire. Le titulariat et le tutorat lui semblent des mesures appropriées qui aideront à mieux encadrer les étudiants. «L'élève a besoin de se rattacher à quelque chose. L'anonymat pour un élève est un défi difficile à surmonter. Il ne faut pas oublier qu'un adolescent est en quête d'identité. Être dans un groupe stable d'élèves, avoir des amis dans la classe, s'identifier à l'enseignant, tout cela compte pour l'élève. L'incapacité pour l'élève de s'identifier à une personne ou à un groupe crée la dispersion de cet élève dans l'école.» Cela étant dit, et malgré les carences des écoles à cet égard,

M. Proulx tient à préciser que, dans l'état actuel des choses, «l'école secondaire au Québec, ce n'est tout de même pas le Far West».

Autre défi du secondaire: l'orientation des élèves. «Les jeunes n'arrivent pas à trouver facilement ce qu'ils veulent faire dans la vie.» Il ne jette pourtant pas le blâme sur les étudiants. «Ce n'est pas une carence des jeunes mais un facteur de société.»

Enseignement supérieur

Un facteur de société qui déborde le cadre de l'école secondaire puisqu'il se retrouve aussi au cégep. «Les étudiants hésitent, changent de programme, c'est évident. Mais je ne vois rien d'anormal dans la situation. C'est conforme à notre société.»

Le Conseil supérieur de l'éducation ne remet pas en cause ce modèle d'éducation que sont les cégeps et les collèges, mais il reconnaît que plusieurs défis se pointent à l'horizon. «Un des défis majeurs pour les cégeps est de faire un bilan critique de tous les programmes techniques offerts au collégial.»

Selon Jean-Pierre Proulx, la place de la formation générale dans la formation technique se situe parmi les enjeux majeurs de l'enseignement collégial. «Certains étudiants trouvent ardue la formation générale. Certains prétendent qu'il s'agit même d'une cause d'échec. Est-ce bien vrai?»

Quant aux universités québécoises, le principal défi qu'elles auront à surmonter dans les années à venir consiste dans le renouvellement du corps professoral. Selon le Conseil supérieur de l'éducation, le défi ne se situe pas uniquement en regard du nombre de professeurs à recruter. «Le marché des enseignants universitaires est devenu un marché pointu. Nos universités doivent se colleter avec la concurrence internationale dans le domaine. Le financement doit être au rendez-vous si l'on veut que nos universités soient en mesure de recruter les meilleurs candidats.»

Jean-Pierre Proulx tient à rappeler que «la mission première de l'université est la formation supérieure des Québécois et des Québécoises. L'université est intrinsèquement liée à cette mission de formation». C'est la raison pour laquelle il croit qu'il est important de chercher à préserver un équilibre entre l'enseignement et la recherche.

«L'université ne doit pas être seulement une boîte de recherche. Il faut reconnaître que la recherche universitaire doit aussi servir à la formation de nouveaux chercheurs.» Il craint que la quête de candidats pour combler les postes de professeur, qu'on cherche souvent à séduire par des chaires de recherche, en vienne à créer un déséquilibre entre la fonction de professeur et celle de chercheur.

Jean-Pierre Proulx tient aussi à mentionner que le Conseil supérieur de l'éducation se penche actuellement sur ce qu'il considère comme deux des enjeux importants de l'éducation au Québec: la formation professionnelle et la formation continue.

«Il est clair que trop de jeunes boudent la formation professionnelle au secondaire. C'est un problème difficile à résoudre. Sur 500 000 étudiants inscrits au secondaire, seulement 6000 environ choisissent la formation professionnelle. Aujourd'hui ce sont surtout des adultes qui s'inscrivent à ces cours.»

Quant à la formation des adultes et la formation continue, c'est devenu, selon M. Proulx, un défi de société. «Par exemple, la révolution informatique nous a révélé les problèmes d'alphabétisation de plusieurs de nos citoyens auxquels on doit trouver réponse. Le Québec est devenu une société qui ne peut pas continuer sans formation continue de ses membres.»

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