Québec 2004 - Santé: La table est mise pour une année mouvementée

La restructuration est en cours. Mais à quel prix? Et après quelles luttes?

Il y a toujours des feux à éteindre à gauche et à droite dans le réseau de la santé. Tantôt, il devient impérieux d'apporter des correctifs pressants dans les centres hospitaliers de soins de longue durée et dans les urgences; à d'autres moments, il faut vite trouver les solutions pour combler les pénuries de professionnels en différents endroits; sans compter que les équipements requis et adéquats manquent à l'appel dans plusieurs cas. Tout cela dans un cadre financier à l'intérieur duquel la santé draine déjà 19 des 54 milliards $ du budget global du Québec.

Et voilà que se pointent en 2004 une autre restructuration en profondeur du réseau et un remodelage des accréditations syndicales par des fusions, ce qui compliquera des négociations déjà qualifiées de difficiles dans le secteur public et parapublic. Pour pimenter le tout, médecins omnipraticiens et spécialistes doivent renouveler leurs ententes avec le gouvernement pendant cette année chargée.

De son côté, la Fédération des infirmières et des infirmiers du Québec (FIIQ) a qualifié 2004, dans son récent plan d'action annuel, d'année de bouleversements et de résistance. L'Association des hôpitaux du Québec, qui a participé aux consultations prébudgétaires du ministre des Finances Yves Séguin, prônait pour sa part, il y a quelques jours, le recours à de nouvelles sources de financement pour garantir la pérennité du système de santé; ce regroupement proposait l'établissement d'un fonds consacré spécifiquement à la santé.

Décidément, le Québec de 2004 vivra et vibrera plus que jamais au rythme et au diapason de son système de santé...

Les régies régionales de la santé ont poussé leur dernier souffle le 30 janvier dernier. Les agences de développement des réseaux locaux de services de santé et de services sociaux leur ont succédé et sont chargées de remodeler le réseau d'ici quelques mois. La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) voit dans ce virage l'événement majeur de 2004 en santé.

Pour son président, le docteur Rénald Dutil, il ne fait aucun doute que loi 25, portant sur l'ossature même du système, marquera la présente année: «Le premier grand dossier est celui de la mise en place de réseaux de services.» L'organisation des soins pour les médecins et les autres intervenants en santé se trouvera profondément modifiée: «Nous sommes particulièrement impliqués dans cette opération parce que nous intervenons en très bonne partie, même si de façon non exclusive, en première ligne.» Les nouvelles agences de développement ont entrepris leur travail et disposent d'un échéancier très court, qui a été fixé à juin 2004, pour proposer au ministre les configurations des divers réseaux de services de chaque région et les regroupements d'établissements hospitaliers ou d'autres points de service qu'ils comporteront.

Bien que le ministère ait annoncé le 16 janvier la mise sur pied de 12 nouveaux groupes de médecine familiale (GMF), ce qui porte à 52 leur nombre à la grandeur du territoire, Montréal n'en compte à ce jour que six; ce modèle convient moins bien à ce vaste bassin urbain. Pour Montréal, une autre formule a donc été trouvée, soit celle des Centres médicaux affiliés (CMA) actuellement en gestation: «Il faut bien comprendre que cela cheminait depuis longtemps. Au départ, il était question de cliniques pivots où se retrouvent un ensemble d'outils diagnostiques et où sont rassemblés les médecins qui exercent la médecine familiale et qui offrent également des services sans rendez-vous aux heures irrégulières.»

Il se base sur les documents de la Régie de Montréal-Centre et sur les discussions qu'il a poursuivies avec les dirigeants de celle-ci pour éclaircir un point sur les Centres médicaux affiliés: «Le projet consiste à créer, dans différents territoires de la Ville de Montréal, des cliniques de réseau qui ne constituent pas simplement un site physique. Le concept de clinique de réseau pourrait inclure une clinique plus grande et plusieurs plus petites qui gravitent autour d'elle. Les omnipraticiens pourraient obtenir en ces lieux l'accès à un plateau technique et à des examens diagnostiques rapides. Les patients éviteraient ainsi de se rendre dans les salles d'urgence. Les principaux services de médecine familiale seraient disponibles pour la prise en charge et le suivi des clientèles, particulièrement celles qui sont plus vulnérables.» Le docteur Dutil insiste sur un point: «La collaboration des médecins du territoire où se situerait cette clinique affiliée serait sollicitée de diverses manières pour prêter main-forte aux équipes déjà en place dans le but de prolonger les heures de service. Il n'est cependant nullement question d'obliger les omnipraticiens à se joindre à une telle clinique dans la proposition présentée par la Régie de Montréal.»

Ententes sur l'organisation du réseau

Le président soutient que les grandes priorités se résument actuellement dans l'organisation du réseau. Il en va ainsi de la redistribution des médecins dans les régions. Une entente particulière a été conclue avec le ministère au sujet des plans régionaux d'effectifs médicaux durant l'automne dernier et elle s'appliquera à compter de 2004. Il fait observer à ce propos que cet accord complexe fait preuve d'une certaine souplesse pour qu'il soit possible d'en arriver à une meilleure répartition des effectifs médicaux; ledit accord ne créera toutefois pas de médecins: «Il en manque 800 à travers la province et les résultats de cette entente devraient être positifs à moyen et à long terme plutôt qu'au cours de la présente année, durant laquelle l'ajout net d'omnipraticiens se situera à 80 personnes seulement.» Une autre entente fera progressivement sentir ses effets à compter de 2004; elle stipule que, selon diverses modalités, tous les médecins de cabinet privé devront consacrer un plus grand nombre d'heures à des activités prioritaires comme, par exemple, l'urgence et les soins à l'hôpital.

Équilibre entre besoins et ressources

Rénald Dutil signale que la Fédération se montre vivement préoccupée par le manque de ressources humaines et financières dans le réseau de la santé. Des pénuries se manifestent à divers niveaux. Malgré la volonté du gouvernement de conférer au secteur de la santé un caractère prioritaire, il se montre réaliste dans un contexte budgétaire serré: «On sait très bien que ce secteur ne pourra pas se voir accorder de crédits significatifs dans le prochain budget du gouvernement du Québec.» Il résume ainsi le plus grand défi qui se pose dans les circonstances pour 2004: «C'est celui de balancer l'équation besoins de la population versus ressources financières disponibles. La façon de se donner les moyens pour répondre à ces besoins, qui sont grandissants, demeurera la grande priorité de la présente année.»

Il reconnaît finalement que la fusion des accréditations syndicales dans les établissements créera dans l'ensemble un climat politique et syndical très difficile au cours des prochains mois: «Les grands syndicats n'ont toujours pas digéré les modifications apportées à l'article 45 sur la sous-traitance, et les négociations dans le secteur public et parapublic se dérouleront en 2004. De plus, pour nous, l'entente avec le ministère prend fin le

31 mars prochain. Notre politique a toujours été de ne pas accepter de retard indu dans le renouvellement de nos ententes. La Fédération a bien l'intention de faire les représentations requises pour renouveler celles-ci à l'intérieur de 2004.»

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1 commentaire
  • Normand Leblanc - Inscrit 17 février 2004 14 h 53

    Ah! Enfin la ré-ingénierie

    Le présent gouvernement, comme tous les précédents, tente de composer avec l'augmentation substantielle des coûts de la santé. Tous nos gouvernements se targuent d'avoir un système de santé universel et gratuit. Voici un cas vécu (le mien) qui exprime clairement que l'on a un gros problème à régler.

    A ma première visite chez mon médecin de famille pour une tendinite à l'épaule (diagnostic à confirmer), je débourse 15$ pour un anti-inflammatoire. A la deuxième visite, c'est un autre 15$ pour une injection de cortisone. A la troisième visite, voyant que mon cas se déteriore, mon médecin m'envoi passer un examen de résonance magnétique dans un centre privé pour 600$ et je débourse aussi 30$ pour un autre anti-inflammatoire non-couvert par la régie. En plus, la physiothérapie sera nécessaire à raison de trois fois semaines au coût de 45$ la session.

    Evidemment, plusieurs me dirons que je n'avais qu'à aller à l'hopital pour économiser. Ce qu'il faut retenir, à mon avis, est que les délais de plusieurs mois pour obtenir ces services dans le réseau public n'auraient fait qu'aggraver mon cas et, conséquemment, auraient coûtés plus cher au gouvernement. Qu'est-ce qu'une personne pauvre devrait faire dans un cas comme celui-ci? Attendre d'être pratiquement paralysé et de devenir une charge pour la société?

    Il faut se rendre à l'évidence que l'État n'a plus les moyens d'offrir un service gratuit et universel en santé sans une hausse substantielle des taxes et impôts. Il ne reste qu'à espérer que cette ré-ingénierie soit équitable pour toutes les classes de notre société et que le principe de l'accès gratuit aux soins pour tous soit maintenu.

    Normand Leblanc