Québec 2004 - Les employés et l'État: La fonction publique s'en va-t-en-guerre !

Décidément, rien ne s'améliore dans les relations entre les gouvernements et leurs employés. Pire, elles semblent se détériorer. Portrait.

Froissé par la façon cavalière dont plusieurs lois furent adoptées par le gouvernement québécois en décembre dernier, le président de la section provinciale du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Marcel Girard, qualifie de «difficile... très difficile même» le lien qui unit actuellement son organisation au gouvernement Charest. «Le principal problème, dans notre cas, c'est que notre employeur est en plus le législateur. Par le fait même, c'est lui qui établit les règles du jeu.»

L'adoption rapide de la loi 30, qui fusionne les syndicats dans les hôpitaux, affecte particulièrement le SCFP, qui compte au total près de 100 000 membres au Québec, dont 20 000 dans le secteur de la santé. «Cette loi, que nous impose notre employeur, va contre le droit à l'association», affirme M. Girard.

Voilà pourquoi, le 4 février dernier, 250 délégués du Conseil provincial des affaires sociales du SCFP se sont réunis à Québec afin de s'exprimer sur des solutions et moyens de pression. À l'unanimité, les délégations présentes ont approuvé un plan d'action qui envisage le recours à la grève générale. «On a un mandat de grève d'ici le 12 mars», affirme Marcel Girard. D'ici là, une série de votes devraient avoir lieu dans les syndicats locaux.

Dans cette croisade syndicale, le SCFP n'est pas seul. Le Syndicat québécois des employés et employées de services (SQEES), qui représente 25 000 salariés du secteur de la santé, appuie l'initiative et envisage d'emprunter la même avenue.

L'objectif visé par ces organisations, toutes deux affiliées à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), est claire: proposer un dépôt unique de leurs revendications aux tables de négociation locales. Ils tenteraient ainsi d'enrayer les effets de la loi 30 qui, comme le dénonce Marcel Girard, «décentralise les négociations du secteur public. On s'est battu au cours des années 1970 pour avoir des négociations nationales. On va s'organiser pour que cela ne change pas».

La réorganisation de Martin

sème la grogne

Le mécontentement est également palpable au sein de la fonction publique fédérale. Là aussi, la colère gronde. Depuis l'arrivée au pouvoir de Paul Martin, «un climat d'incertitude s'est installé», observe la présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), Nycole Turmel.

Le jour de la formation du nouveau cabinet, le

12 décembre dernier, les inquiétudes des syndicats ont fait surface. Sans consultation et sans préavis, ils apprenaient que la gestion des ressources humaines allait être répartie entre trois ministères. Quatre jours plus tard, le gouvernement y allait d'une annonce de gel de la taille de la fonction publique et de la reclassification des employés. Les relations se sont, par la suite, détériorées lorsque le nouveau président du Conseil du trésor, Reg Alcock, qualifia la fonction publique fédérale de «sloppy» qui «bouge comme un escargot».

Paul Martin, voyant ses relations avec les employés fédéraux se détériorer à un rythme effréné, organisa en janvier une rencontre avec Mme Turmel afin de rassurer les fonctionnaires et mettre ainsi un frein au malaise. «La rencontre avec le premier ministre a été très positive. Mais on attend toujours la suite car, pour l'instant, il y a eu bien des mots, mais aucune action concrète n'a été faite, aucun signe de reconnaissance des employés de la fonction publique», déplore la présidente de l'AFPC.

Une déception qui n'a fait qu'amplifier avec le récent discours du trône. «Il y a seulement deux petits paragraphes à notre sujet», tient à souligner Mme Turmel. Huit lignes sur 27 pages qui relatent essentiellement la nécessité d'une «fonction publique professionnelle et non partisane» et qui soulignent que «les Canadiens méritent la meilleure fonction publique qui soit...». Rien qui pousse réellement le gouvernement canadien à s'engager à l'endroit de ses employés.

Par ailleurs, Nycole Turmel avoue qu'il serait temps de «réévaluer la façon dont la fonction publique offre ses services. Mais pas à n'importe quel prix. Surtout pas au prix de la privatisation. Il faut s'assurer que les Canadiens reçoivent les mêmes services, ce que le privé pourrait difficilement assurer étant donné ses objectifs principalement de nature

financière».

Cette situation est similaire à ce qui se déroule dans la province. Récemment, l'Institut économique de Montréal, un institut de recherche et d'éducation indépendant, rendait public un sondage qui concluait que les Québécois seraient en faveur d'un système de santé privé parallèle au système public actuel. La SCFP avait alors déclaré qu'une telle initiative serait désastreuse car elle pomperait de nombreuses ressources du réseau public. Une vision que partage entièrement la présidente de l'AFPC, qui n'hésite pas à qualifier cette perspective de privatisation d'«épeurante».